Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Témoignage d’un ancien président du tribunal militaire de Bordeaux.

Du lendemain de la Libération jusqu’en 1952 j’ai eu pendant six années, le redoutable honneur de présider le tribunal militaire de Bordeaux. J'ai donc eu à connaître de toutes les affaires nées de l’occupation. C’est ainsi que j’ai eu à juger le responsable de la rafle et de la déportation des familles juives de la région bordelaise.

Un juge d’instruction militaire et un commissaire du gouvernement avaient étudié avec soin tous les aspects de ce dossier monstrueux. Il en était ressorti à l’évidence qu’à Bordeaux, un nommé Dehan, qui était alors chef de rayon dans un grand magasin de la rue Sainte-Catherine, ardent partisan de la collaboration avec les Allemands, s’était mis au service de la Gestapo, notamment pour détecter et faire arrêter les juifs, même les plus jeunes, encore nourrissons. Il avait fait preuve d’un zèle extraordinaire.

En 1944, il s’était replié avec les colonnes allemandes. Au cours d’une halte à Poitiers, il avait, avec d’autres miliciens, torturé et assassiné, au château du Porto, plusieurs personnes, au motif qu’elles manifestaient des sentiments en faveur de la Résistance.

Arrêté par la suite, il comparut devant le tribunal militaire de Bordeaux que je présidais. Il fut condamné à mort et exécuté.

Ce que je peux affirmer, c’est qu’à l’époque où le dossier était entre les mains de la justice militaire –où il était étudié avec un soin particulier – jamais il n’est venu à l’idée de personne, pas même des familles des victimes, d’incriminer l’attitude de M. Papon, secrétaire général de la préfecture au moment des faits.

Je ne connais pas l’actuel dossier instruit par un juge d’instruction contre M. Papon. Il m’est donc difficile d’en parler. Peut-être a-t-il donné quelque signature administrative ? En tout cas, ce que je sais, c’est qu’après la Libération il n’y a eu aucune plainte contre lui devant le tribunal militaire, saisi alors de l’arrestation et de la déportation des familles juives de Bordeaux.

P. GUYONNET-DUPERAT

conseiller honoraire à la Cour d’appel de Paris,

ancien président du tribunal militaire de Bordeaux.

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