Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
Accueil  L'affaire   Qui est-il  Le Jury d'honneur Les raisons  Bordeaux   Le procès  Documents  Bibliographie  

 

La carrière préfectorale de Maurice Papon et les JUIFS

L’idée que les actes de Maurice Papon à Bordeaux auraient été ignorés de ceux qui ont soutenu sa carrière préfectorale est totalement fausse. La mise en synoptique de sa carrière et de celles d’anciens résistants qui eurent des responsabilités à Bordeaux avant et après la Libération, puis des responsabilités gouvernementales sous la Quatrième République, montre  que les brillantes promotions de Maurice Papon furent les conséquences de la haute estime où le tenaient tous ces résistants qui étaient juifs ou qui étaient très sensibilisés au sort des Juifs.

Gaston Cusin fut nommé Commissaire de la République à Bordeaux le 3 octobre 1943. Il vint prendre ses fonctions à Bordeaux le 6 juin 1944, et rencontra dans la gare de Périgueux, Roger-Samuel Bloch du réseau Kléber, qui assurait la liaison avec Maurice Papon[1][2] . R.-S. Bloch lui confirma que Maurice Papon était la plus sûre introduction au sein de la Préfecture. Gaston Cusin utilisa Maurice Papon pour réorganiser la Résistance de la région de Bordeaux[3], et le nomma Directeur de cabinet du Commissaire de la République, avec rang de Préfet, à la Libération.

Jacques Soustelle[4] remplace, à l'automne 44, Gaston Cusin, qui a été appelé comme secrétaire général de l'Economie nationale, et il garde Maurice Papon comme Directeur de cabinet.

 Au printemps 45, Maurice Bougès-Maunoury[5] remplace Jacques Soustelle qui devient ministre de l'Information. C'est à cette époque que l'on découvre avec horreur le sort funeste des Juifs, et que se déroulent à Bordeaux de nombreuses enquêtes sur les responsabilités des fonctionnaires. Bourgès-Maunoury maintient Maurice Papon à son poste. En octobre 45, Maurice Papon, doit être opéré de l'appendicite, puis est muté à Paris. 

D'autres personnalités sont passées à Bordeaux après la Libération, comme Jacques Chaban Delmas[6], pour organiser la mutation de la Résistance en une armée, et René Mayer, pour étudier les problèmes de communication dus au blocus de la Gironde. Ils y apprirent que Maurice Papon avait été un vrai résistant et s'était opposé aux déportations dans la mesure de ses moyens, au risque d'exaspérer la GESTAPO.

Gaston Cusin était un syndicaliste des douanes qui avait travaillé lors du premier gouvernement Léon Blum au soutien des Républicains espagnols, en faisant transiter par Bordeaux les armements expédiés d'U.R.S.S. par Mourmansk. Il travaillait alors sous les ordres de Jean Moulin. Il connaissait donc bien les milieux républicains et résistants de Bordeaux, et c'est à ce titre qu'il avait été nommé là. Il avait des liens avec les hommes politiques socialistes qui furent au pouvoir au début de la Quatrième, comme Vincent Auriol et Jules Moch.

Jacques Soustelle avait rejoint Londres dès 1940. Il eut sous la Quatrième des postes importants, et fut Gouverneur général en Algérie. Par la suite, il s'opposa à l'indépendance de l'Algérie et fut un des créateurs de l'OAS en 1961.

Jacques Chaban-Delmas, Maurice Bourgès-Maunoury et Félix Gaillard se connaissaient pendant leurs études à Paris, et avaient pris ensemble la décision d'entrer en Résistance en début 1943. Ils avaient beaucoup d'affection pour René Mayer qui était de la génération précédente et avait perdu son fils en 1944 sur le champ d'Honneur. Ils créèrent avec lui et Henri Queuille le parti républicain radical, et radical socialiste.

René Mayer, d'une famille d'origine Alsacienne et petit fils d'un Rabbin, était un produit typique de la haute bourgeoisie juive parisienne. Il avait commencé sa carrière au Conseil d'Etat où sa compétence dans les problèmes liés aux compagnies de chemin de fer fut remarquée. Il avait "pantouflé" dans la Banque Rothschild et avait été administrateur de la Compagnie des chemins de fer du Nord. Il avait contribué à l'organisation de la SNCF avec le gouvernement Léon Blum. En 1941, membre éminent de communauté israélite, il avait refusé la présidence de l'UGJF et avait rejoint l'Algérie en fin 1942. Son fils unique tomba au Champs d'honneur pendant la libération de la France en septembre 1944. En 1946, il se fit élire député radical de Constantine. Il devint par la suite Président du Conseil, et  président du Conseil régional de l'Est algérien.

Jules Moch était secrétaire d'Etat attaché à la Présidence du Conseil dans le gouvernement Léon Blum avant la guerre. Il présida un comité restreint  qui pilotait l'aide clandestine de la France aux républicains espagnols, qui comprenait Pierre Cot, Jean Moulin et Gaston Cusin qui représentait le ministre de finances Vincent Auriol. C'est Gaston Cusin qui assurait le transport vers la Catalogne des armes expédiées par l'Union Soviétique au départ de Mourmans, et qui transitaient au début par les petits ports de la Gironde. Il entra en Résistance dès sa sortie de prison où il était maintenu par Vichy, et rejoignit Londres. La famille de sa soeur fut anéantie à Auschwitz. Son fils aîné André fut fusillé par les Allemands en 1944 à Grenoble. Il soutint la carrière de Maurice Papon dès la libération et coneilla au général DE Gaulle de le maintenir à son poste en 1958.

La carrière de M Maurice Papon fut redevable à ces hommes politiques. Elle fut influencée aussi par la guerre d'Algérie et l'intérêt que René Mayer portait au département de Constantine  dont il était Député.

 

Synoptique de la carrière Préfectorale de Maurice Papon

 

Date de nomination

Fonction

Président du Conseil

Ministre de l'Intérieur

Notes

Août 44 à Septembre 1945

Préfet des Landes, puis Directeur de cabinet des trois Commissaires régionaux de la République

Aux fonctions de :
Général de Gaulle

Adrien Tixier

(Résistant) de la première heure)

Jean Morin était Directeur de cabinet d'Adrien Tixier.

Jeanjean présidait le commission d'épuration du corps préfectoral

26 octobre 1945

Chargé de la sous-direction de l'Algérie

Général de Gaulle

Adrien Tixier

Il est sous l'autorité du Directeur des affaires générales : Hass-Picard

26 janvier 1946

Chef de cabinet

Félix Gouin

du SSE à l'Interieur .Jean Biondi
(Résistant de la première heure)

M.P. est en charge de la rédaction de la loi d'amnistie après la rébellion de Sétif et Guelma

8 janv. 47

Préfet de Corse

Léon Blum

Edouard Depreux

 Des armes transitent par la Corse pour Israël

16/11/48

Chevalier de la L.H.

Henri Queille

Jules Moch

Décoré par le général De Gaulle (non au pouvoir)

17 sept. 49

Préfet de Constantine

Henri Queuille

Jules Moch

 M.P. doit gérer les suites des

Violences de Sétif et Guelma

2 juill. 54

S.G. du Protectorat du Maroc

Pierre Mendès- France[7]

François Mitterrand

Intervention de René Mayer

27 fév 56

Officier de la L.H.

Guy Mollet

Jean Gilbert-Jules

Maurice Bourgès- Maunoury[5] ministre des Armées [8] 

2 mai 56

IGAME à Constantine

Guy Mollet

Jean Gilbert-Jules

 René Mayer est président du conseil régional.

15 mars 58

Préfet de Police

Felix Gaillard

Maurice Bourgès- Maunoury

 Une violente manifestation de policiers provoquée par la droite a justifié son appel.

 Menaces de Putsch

a Alger

Conserve sa fonction

 

Pierre Pflimlin

Jules Moch

Maurice Papon refusa à Pierre Pflimlin d'être ministre Délégué général en Algérie.

mai 58

Conserve sa fonction

Général de Gaulle

 

Intervention de Jules Moch qui avait la confiance du Général

12/07/61

Commandeur de la L.H.

Président Général de Gaulle

Roger Frey

Michel Debré[9] 1er Ministre .


Maurice Papon est resté prés de 9 ans Préfet de Police, malgré qu'il ait plusieurs fois demandé d'en être relevé. Il n'obtint sa relève qu'après le dépeçage des départements de la Seine et de la Seine-et-Oise pour la création des nouveaux départements de la ceinture de Paris décidée en Juillet 64. Cette réorganisation entraînait à terme la disparition de la fonction de Préfet de police. Le préfet de Police de Paris, dont les fonctions sont beaucoup plus réduites que celles de l'ancien Préfet de police qui était sous les ordres du ministre de l'Intérieur, est maintenant sous les ordres du Directeur de la Police nationale.

Gaston Cusin, Jacques Soustelle et Maurice Bourgès-Maunoury ont été reçus en audience par le Président de la République, en juillet 88. Ils étaient accompagnés de Jean Morin, Directeur du Personnel du Ministère de l’Intérieur à la Libération et qui avait été responsable de l'Epuration de la préfectorale. Le président Mitterrand leur donna de bonnes paroles, mais se garda bien d'intervenir. On comprend pourquoi les accusateurs de Maurice Papon ont tout fait pour retarder le procès. Ils y réussirent, et aucun de ces importants témoins ne put témoigner au procès, sauf Jean Morin. Maurice Bourgès-Maunoury et Jacques Soustelle se sont succédés à la présidence de l'association Résistance-Vérité-Souvenir.

    Conclusion

Il est bien démontré que la brillante carrière préfectorale fut soutenue par la communauté juive.

Cette communauté a évolué au cours des années 80 et le parti des Shimon Pérez et Itzhak Rabin a été supplanté par le Likoud, et la communauté juive de France a suivi le mouvement. Des agents d'influence du Likoud n'ont eu de cesse de faire condamner Maurice Papon à finir ses jours en prison 54 ans après des faits qui lui ont été attribués. Bernard Lecache, président de la LICRA, était décédé depuis longtemps.


[1]           Compte rendu procès, Albin Michel, tome 2, page 611, Déposition de Gaston Cusin du 28 octobre 1988 lue au procès de Bordeaux. Il était très lié à Jules Moch.

[2]           Compte rendu procès, Albin Michel, tome 2, page 607, Déposition de R.S. Bloch reçue par le Conseiller Braud, lue au procès de Bordeaux. Son père a péri à Auschwitz.

[3]           La résistance de la région avait été très désorganisée, par la trahison de Grandclément.

[4]           Jacques Soustelle, Résistant de la première heure, a publié en 1968 : La longue marche d'Israël. Il soutint Maurice Papon malgré leur divergence d'opinion lors de la guerre d'Algérie.

[5]           Maurice Bourgès-Maunoury, résistant de la première heure avait été nommé Délégué Militaire de la zone Sud, puis de R1. Le 2 septembre 1944 il est pris dans une embuscade et laissé pour mort sur le terrain. Il est secouru le lendemain par l'équipe chargée d'enterrer les morts.

[6]           Compte rendu procès, Albin Michel, tome 2, page 614: lettre de Jacques Chaban-Delmas du 7 juillet 1989.

[7]           Les affaires du protectorat du Maroc relevaient du ministère des Affaires étrangères, dont Pierre Mendès-France s'était réservé le ministère. A cette époque, il suivait souvent les conseils de Jacques Soustelle.

[8]           Shimon Pérez, Combat pour la Paix, au chapitre 10, "La French Connection", cite Bourgès-Maunoury comme un grand ami d'Israël qui lui permit de devenir une puissance nucléaire.

[9]           Michel Debré était le fils du Professeur Robert Debré, L'honneur de vivre, qui était le fils d'un Rabbin et de la fille d'un Rabbin directeur de l'école judaïque du Boulevard Richard-Lenoir.