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Lettre de Maurice Papon adressée au Journal Sud Ouest, le 18 octobre
1999.
Lettre de Maurice Papon adressée au Journal Sud Ouest, le 18 octobre
1999.
(les intertitres sont ceux de la rédaction du journal)
Depuis dix-huit ans, jai loyalement répondu aux questions sur les dramatiques
événements des déportations juives survenues à Bordeaux de juillet 1942 à la
Libération en août 1944.
Au nom de tous les hommes de bonne volonté, au nom des fonctionnaires honnêtes et
fidèles de la République, au nom de la Résistance, jai
témoigné de nos angoisses, de nos incertitudes, mais aussi de nos efforts, de nos
espoirs et des risques pris face à la violence à laquelle nous avons été confrontés
à mains nues. Dans ces circonstances terribles, jai la
conviction intime davoir tenté tout le possible en restant à mon poste comme le
gouvernement de Londres le demandait.
UN ACTE DACCUSATION PARTIAL
Qui peut dire aujourdhui, sans vantardise ou sans forfaiture, quil aurait
fait mieux?
A trois reprises, les magistrats instructeurs ont, en conscience, estimé quil
ny avait pas lieu de me renvoyer en cour dassises, me jugeant innocent (sur la
base dun collège dexperts) des faits que lon voulait mettre à ma
charge.
Cependant, il sest trouvé des instances judiciaires "sous influence"
pour dessaisir chaque fois ces magistrats intègres afin dobtenir, après quinze ans
de manoeuvres, un acte daccusation partial, fondé sur une analyse caricaturale de
documents sélectionnés, voire même manipulés et excluant volontairement les archives
et les pièces qui auraient fait éclater mon innocence.
Mais ce nétait pas suffisant: il fallait une Cour pour construire une
jurisprudence sur mesure bafouant les grands principes immémoriaux du droit, afin de
créer un concept nouveau et arbitraire de "complicité matérielle sans connaissance
de la solution finale".
Après dix-sept ans de manoeuvres, tant de laccusation que des parties civiles,
mon procès devenait enfin possible. Il fut alors submergé par la mauvaise foi, les
amalgames entre bourreaux et résistants, avec une chasse à lhomme médiatique sans
précédent qui balaya toute recherche de la vérité. Plus de cinquante ans après les
faits, lémotion à lévocation des victimes, la difficulté de reconstituer
lhistoire nexcusent pas liniquité dun dispositif judiciaire qui a
renoncé délibérément à la recherche de la vérité.
Jusquau bout, jai espéré, contre toutes les apparences, que cette
vérité pourrait être honnêtement recherchée, présentée, entendue. Les dernières
décisions des instances bordelaises (la chambre daccusation) mont convaincu
de limpossibilité de faire entendre ma défense avec les garanties élémentaires
du droit.
En ce qui me concerne, jai envisagé toutes les hypothèses jai finalement
pris la décision de ne pas participer davantage à cette nouvelle mise en scène et à
une quelconque reconnaissance dune culpabilité "prétendue", que je
contesterai jusquà mon dernier souffle. Cest pourquoi je refuse par avance
ces médiocres accommodements auxquels on espérait sans doute que, de guerre lasse. je
finirais par me soumettre : je nai pas résisté à la violence nazie pour
mendier une liberté auprès des instances judiciaires. Il y a aussi le sursaut de
lhomme libre, et je refuserai une fois encore de courber la tête."
LINACCEPTABLE CULPABILITE DE LA FRANCE
Il ne faut pas sy tromper : au-delà de ma personne, et à travers elle, ma
condamnation est bien lauthentification judiciaire dune inacceptable
culpabilité de la France. Jajouterai que, depuis que les Klarsfeld parlent au nom
du président de la République, il y a peu despoir dobtenir justice...
Ce nest pas sans un serrement de coeur que lon est amené,
à
89 ans, à prendre de si graves décisions. Ce nest pas sans dégoût
que lon considère la lâcheté des plus hautes instances de son pays, quand on a eu
lhonneur de servir auprès du général de Gaulle. Ce nest pas sans honte et
sans révolte quon assiste à linstrumentalisation du drame de la Shoah qui
fait partie de lhéritage moral et spirituel de lOccident.
Je ne doute pas que lHistoire me rendra la justice qui a toujours été au coeur
de ma conscience. Au terme de ce long calvaire, jai payé mon tribut pour ce que
lon doit aux hommes. Je prends la liberté désormais de me rapprocher en paix de
léternité et de ma compagne dans la vie, elle qui fut tuée par le réquisitoire
du procureur général de Bordeaux en mars 1998. Je veux mécarter de ce torrent de
haine que jai affronté avec elle pendant tant dannées..."
DES CONFESSIONS A MICHEL BERGES
Sur un autre plan, je veux mopposer au dévoiement des plus hautes valeurs de la
République et servir la France en continuant à défendre la vérité. Je pense que cette
vérité sera rétablie par la Cour européenne des droits de lhomme à Strasbourg et demande à mes avocats dintenter sans délai un
recours auprès de cette institution.
Quant à la vérité, au-delà des maquillages et des partis pris, vous la trouverez
sans ambages dans louvrage dHubert de Beaufort, "la Contre-
Enquête", ainsi que dans son complément à paraître, "Les vrais témoins
parlent".
Cette vérité, vous la trouverez aussi, du moins je lespère, dans les
confessions sans fard que jai livrées moi-même à Michel Bergès, "La
Vérité nintéressait personne".
Le 19 octobre 1999."
MAURICE PAPON
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