|
Le résistant
La démonstration la plus complète de
l'indigence de l'instruction, totalement à l'encontre de M. Maurice Papon, fut
la mise en évidence, au procès, de la réalité de ses actions de résistance
niées dans l'acte d'accusation. Le ministère public, les parties civiles et
leur avocats, n'ayant pas connu l'époque, croyaient que les témoins, tous
personnes âgées, ne seraient pas en mesure de venir témoigner ou ne seraient
pas assez déterminés. Comment pouvaient-ils penser que ceux qui avaient connu
ces épreuves et ces angoisses puissent oublier leur camarade de combat ?
M. Maurice Papon navait pas encore pris ses fonctions que des
résistants de Bordeaux pensaient déjà quil pourrait les aider. Sa position de
secrétaire général de la Préfecture était particulièrement favorable à des actions
de renseignement, car de nombreux fonctionnaires résistants pouvaient aller à la
Préfecture sans attirer lattention. Il était bien placé pour vérifier les
informations et faire des synthèses avant de les retransmettre aux résistants en charge
de les faire parvenir à Londres. Dès quil a été intégré dans divers réseaux,
ses amis lui ont conseillé de ne pas démissionner ni de se faire muter, car cela eut
interrompu la chaîne de transmission.
Sa position à la Préfecture obligeait à un cloisonnement très
strict, et le nombre de résistants à le connaître comme
agent, devait rester très réduit. Ce fait et la négligence de M. Maurice Papon à
faire homologuer rapidement sa résistance ont peut-être été la cause de la
méconnaissance de son rôle1.
Des Résistants des Landes protestèrent lorsque, à la Libération, Maurice
Papon fut nommé leur Préfet, mais leurs objections furent toutes rejetées, et
Maurice Papon fut nommé ensuite Directeur de cabinet du Commissaire de la
République Gaston Cusin. Il ne faut pas voir la fonction de Commissaire de la
République comme celle d'un préfet régional qui aurait eu à rapporter à un
ministre de l'Intérieur ; sa fonction était de représenter le général de
Gaulle, et il avait autorité sur toutes les organisations gouvernementales :
militaires, civiles et judiciaires. Il eut fort à faire pour régler les
conflits entre les différentes factions de la Résistance et il prit la
décision de se reporter sur son Directeur de Cabinet pour les questions
d'administration. Ainsi il donna autorité à Maurice Papon sur les préfets de
la région de Résistance, qui était plus large que la région définie par
Vichy. Il fallait donc que Maurice Papon ait pris rang dans la hiérarchie
préfectorale, ce qui fut fait par son passage par la préfecture des Landes. Il
ne faut pas parler de destitution mais de promotion. Ensuite, les trois
Commissaire de la République qui se succédèrent à Bordeaux soutinrent
toujours Maurice Papon dans sa carrière préfectorale et ensuite devant la
justice. Ils étaient décédés lors du procès.
Le réseau Jade-Amicol
Un de ses amis, Jean Poitevin, contacta M.
Maurice Papon dès le mois de juillet 1942, et le mis en contact avec Gustave Souillac qui
était lantenne bordelaise de ce réseau de renseignement qui travaillait pour
lIntelligence Service (MI 6) et pour le BCRA. De nombreux anciens2 du réseau ont
apporté au procès des témoignages irréfutables.
Le réseau Marco-Kléber
Courant 1943, un ami, M. Maisonneuve, qui
travaillait à Vichy avec Maurice Lévy dans ce réseau, vint le rencontrer à Bordeaux et
lui désigna M. Roger-Samuel Bloch comme contact ultérieur. Ce dernier viendra
trois
fois à Bordeaux et sera hébergé, une fois chez Maurice Papon et deux fois
dans les appartements de
la préfecture. R-S Bloch, le 7 juin 1944, rencontra Gaston Cusin qui allait à Bordeaux
où il avait été nommé commissaire de la République par le général de
Gaulle. Il lui
conseilla dutiliser Maurice Papon qui, à son avis, était le plus sûr3.
L es actions
organisées par la résistance intérieure
M. Maurice Papon fut amené à apporter son
aide à des actions de résistance organisées localement comme lévacuation sur
lEspagne daviateurs alliés abattus par le DCA allemande, ou pour
aider
des jeunes échapper au STO. Cela allait de la
fourniture de vêtements à celle de cartes
didentité. Ces actions sajoutaient à celles qui avaient pour objet de
permettre à des personnes inscrites sur le fichier des juifs davoir des cartes
didentité ne portant pas la mention " juif ".
Ces activités étaient les plus dangereuses car elles faisaient entrer
en contact avec de nombreuses personnes qui étaient certainement très
dévouées, mais
qui étaient parfois moins prudentes4.
Quand Roger Landes, officier du SEO, revint à Bordeaux en mars
1944, Maurice Papon laida à réactiver son réseau.
Cet exposé est simplifié, peut-être même simpliste, mais la
lecture des notes sténographiques du procès et celle des multiples
témoignages de Résistants de premier plan qui étaient bien placés pour
connaître la vérité, mais qui étaient souvent décédés lors du procès,
montre que M. Maurice Papon a été un vrai résistant.
Il est difficile de comprendre comment la magistrature a suivi sur
ce sujet les affirmations fantaisistes parues dans les livres de Gérard Boulanger ou de
Michel Slitinsky.
Notes :
- Mais jai connu danciens résistants qui, si tôt la France libérée, sont
retournés à leur travail sans se faire jamais inscrire comme Résistant
- En particulier M. Alain Perpezat, chef du réseau Jade-Amicol, M. Maurice Travers, qui
fut chargé en 1944 détablir les listes des membres du réseau en 1944, et M.
Christian Souillac, fils de Gustave.
- En une heure, le président a lu les témoignages, reçus par le conseiller
Braud, de
témoins catégoriques : Mme Geneviève Thieulieux, M. R.-S. Bloch, le chef direct
de Maurice Papon dans le réseau Marco-Kléber, M. Guy de Saint Hilaire, chef fondateur du NAP, et de
Gaston Cusin, commissaire de la République en 1944, tous décédés lors du procès. M.
Roger Lhombreaud, qui travaillait dans un autre réseau, a témoigné que son
père, qui
travaillait pour le NAP, rencontrait M. Papon à la préfecture en 1943.
- Dans le département de l'Orne, de telles actions ont entraîné la perte
du service de la Préfecture qui fournissait des cartes d'identité à la
Résistance. L'utilisation des cartes dont l'origine pouvait être établie,
par des aviateurs qui ne parlaient pas un mot de Français, et la
prolifération de cartes utilisées par les réfractaires au S.T.O.,
attirèrent l'attention de la Gestapo.
Partie : Lettre au journal Sud Ouest Lettre au garde des Sceaux
CV
Géné : Accueil Plaidoyer
La procédure Bordeaux
Octobre 61 Bibliographie
|