Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Tableau récapitulatif des arrestations et déportations de Bordeaux

Date du convoi

Nombre de déportés
(1)

Dont
Français
( 2)

Rafle
précédant le convoi

Noms sur les listes

Arrêtés

(3)

Maintenus

(4)

Dont
Français
(5)

Notes

Arrestations individuelles

?

?

   

9

+ ?

9

+ ?

0

 
18 juillet 1942

171

33

15 -16 juil.

105

70

70

0

 
26 août 1942

445

140

Non        

(6)

21 sept. 1942

71

31

Non          
26 oct. 1942

73

  19 - 20 oct.

400

41

27

1

(7)

2 fév. 1943

107

  Non          
7 juin 1943

34

17

Non          
25 nov. 1943

86

?

Non          
30 déc. 1943

134

79

20 -21 déc.

?

108

108

65

(8)

12 janv. 1944

317

?

10 janv.

473

228

202

202

 
13 mai 1944

57

57

4 au 5 fév.  

40

40

40

 
15 juin 1944

76

?

Non          
Total

16XX

     

496

454

308

(9)

 

Notes :

1 - Nombre de déportés au départ du train. Il diverge parfois de celui de la liste établie au camp de Mérignac car les Nazis intégraient parfois des prisonniers d’autres lieux de détention. Le nombre de déportés arrivés à Drancy dépendait du nombre d’évadés pendant le transfert.

2 - Nombre de juifs de nationalité française. Avant novembre 1943 ils étaient détenus pour avoir contrevenu à la loi allemande ; généralement, ils s’étaient fait prendre en tentant de passer la ligne de démarcation. Après septembre 1943, les Allemands ne respectèrent plus les accords Bousquet Oberg et arrêtent qui bon leur semble.

3 - Nombre total de personnes arrêtées.

4 - Nombre de personnes retenues prisonnières après l’examen contradictoire entre les services de la Préfecture et les Nazis.

5 - Jusqu’à novembre 1943, les personnes étaient libérées si elles étaient françaises. Après novembre 1943, n’étaient libérées que celles qui n’étaient pas juives.

6 - Aux 140 Français adultes du convoi, il faudrait ajouter une bonne part des 57 enfants qui étaient français de parents étrangers.

7 - En fait, 14 Français furent arrêtés et 13 relâchés. Un jeune garçon français cité dans la liste des femmes fut maintenu prisonnier.

8 - Les listes avaient été dressées par la SEC, et n’ont pas été retrouvées. Le nombre de Français indiqué sur le tableau correspond à 60 % des personnes arrêtées.

9 - D’après Michel Bergès, le total de juifs arrêtés en Gironde serait de 641 sur une population de 6500.

Remarques :

    Ce récapitulatif a été construit en prenant les informations dans le compte rendu du procès. Il comporte certainement des erreurs, mais moins que le livre de S. Klarsfeld. Dans certains cas, seul un ordre de grandeur est connu car on trouve des indications du type " presque tous français ".

    Les exemptions de déportation étaient souvent un simple gain de temps si les personnes restaient internées. Par contre les libérations obtenues en démontrant que les personnes n’étaient pas juives étaient définitives. Il était donc particulièrement important de faire rayer de la liste des juifs le plus grand nombre de personnes, ce à quoi M. Papon et le service des affaires juives de la Préfecture se sont employé avec détermination, souvent en luttant contre la police des questions juives et, plus tard, la SEC. Après le 13 mai 1943, vraisemblablement à cause de la SEC qui avait tenté de s’emparer du fichier, la GESTAPO contrôla elle-même le fichier, et M. Papon en fut réduit à faire des demandes de radiation qui ne furent pas toujours suivies d’effet.

Conclusions :

    Le total des personnes arrêtées dans les rafles ne représente qu’une faible part du total des personnes transférées sur Drancy au départ de Bordeaux : de 35 à 40 %. La majorité des personnes étaient arrêtées au passage de la ligne de démarcation, dans les gares qui étaient souvent de véritables souricières ou à cause du couvre feu.

    Le pourcentage de personnes arrêtées au cours de rafles est resté inférieur à 15 % de la population, très inférieur à la moyenne nationale, mais parmi elles, le taux de Français fut très supérieur au taux national et approcha les 65 %. Ce fort pourcentage est dû aux arrestations et déportations de décembre 1943 et de janvier 1944. Serge Klarsfeld a écrit que la GESTAPO a ordonné ces arrestations à Bordeaux parce que la Préfecture était collaborationniste. Ce fut sans doute l’inverse, et ces arrestations eurent lieu parce que Bordeaux était très en retard en matière de déportation des juifs, ce qui avait suscité la vindicte des Nazis. De plus, en faisant évacuer les quartiers proches de la base de Bacalan, le 3 janvier, la Préfecture avait montré qu'elle écoutait Radio Londres.

    Cette constatation, et l’exécution des 70 otages du 21 septembre 1942, montrèrent aux responsables de l’épuration à la Libération, que Bordeaux avait été un cas particulier. L’attitude courageuse de la Préfecture attira le respect de ceux qui s’y succédèrent alors. Maurice Papon acquit ainsi une aura auprès de ces dirigeants et auprès d’hommes politiques d’origine juive qui soutinrent sa carrière sous la quatrième République.