Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Les rafles et les déportations

    Pour mettre en lumière l'action de la Préfecture de la Gironde lors des déportations, nous rappelons dans quelles circonstances les rafles ont eu lieu et comment les convois ont été formés. Nous les comparons avec ce qui s'est passé dans d'autres régions.

    Les premières déportations en juillet et août 1942.

    Contexte historique

    En février 1942, Otto von Stülpnagel, général commandant le BdF, c'est à dire l'administration de l'occupation de la France, se fait porter pâle car il désapprouve  la répression aveugle, avec les exécutions massives d’otages. Il est remplacé par son cousin, le général Carl Heinrich von Stülpnagel qui présidait la commission d'Armistice à Weisbaden, qui refuse de prendre en charge ces problèmes. Hitler réorganise l'occupation de la France sur le même schéma que dans les autres pays occupés. Tous les aspects de sécurité du Reich et de contrôle des populations et des représailles dans les territoires occupés, sont alors attribués à la SS. Le général Oberg est intronisé par Heydrich, comme représentant de Himmler en France. Il dispose du BdS, qui est la représentation en France du RSHA, office central de sécurité SS du Reich,  et de l'OrdnungsPolizei, qui est l'équivalent de notre gendarmerie mobile. Le BdS a 11 délégations régionales en zone occupée, une par région, dites KDS (Kommando der Sicherheits), et certaines régions sont également gardées par un KDO, (Kommando der Ordnungspolizei).

    Bordeaux héberge un kommando de chaque type. Le KDS est commandé par le Capitaine Hans Luther jusqu'en novembre 1943, et ensuite par le commandant Machule jusqu'à la Libération. 

    La "solution finale ", l’extermination systématique des juifs, a été décidée par Hitler, mais seuls les Nazis qui y sont directement impliqués, le savent. (en France seul Oberg le sait, et des antisémites fanatiques la souhaite)

    Sous la pression des Allemands, le Maréchal Pétain a accepté de nommer Pierre Laval chef du gouvernement, en remplacement de l’Amiral Darlan dont la collaboration a été jugée trop tiède par les Nazis. En particulier, il s’est opposé au port de l’étoile jaune. Le gouvernement est totalement remanié. Louis Darquier de Pellepoix, partisan de l'extermination des juifs, est nommé Secrétaire général aux questions juives à la place de Xavier Vallat qui ne souhaitait que l'élimination de leur influence. Maurice Sabatier, Secrétaire général à l’administration, est limogé… à Bordeaux, où il prend ses fonctions de préfet régional le 16 mai 1942. Maurice Papon, déjà dans son équipe à Vichy, accepte de le suivre et est nommé Secrétaire général de la Préfecture en date du 1 juin. A la suite de la maladie et du décès de son père, il ne prend ses fonctions que le 19 ou le 20 juin.

    Bilan global des premières déportations

    Lorsque les Nazis font part de la décision de déporter tous les juifs dans des camps situés à l'est, René Bousquet, secrétaire général de la Police du gouvernement de Vichy, est contraint de définir avec Oberg la participation de la police française, dans le cadre de la convention d’Armistice. Il s’agit, prétendent les SS, de déporter en un premier temps les personnes en âge de travailler dans un Etat juif créé en Pologne. René Bousquet, avec l'accord de Laval et du Maréchal, accepte qu’en échange de la livraison de Juifs étrangers résidants en zone non occupée, soient épargnés les juifs français et ceux des nations qui ont une représentation diplomatique à Vichy, et qui le demandent. Ainsi, les juifs Italiens, Roumains, Hongrois, Bulgares, Grecs et Turcs seront protégés, qu'ils résident ou non en zone occupée. Les ressortissants juifs des pays qui détiennent des prisonniers allemands, l’Angleterre et les USA, sont également épargnés.

    La première vague de déportations a fait l'objet de négociations entre Dannecker, responsable de ces déportations au sein de la Gestapo à Paris, et qui est en liaison directe avec Eichmann, et le Reichsbahn pour obtenir des trains à destination d'Auschwitz. Ce Reichsbahn est l’organisme qui gère les transports stratégiques du Reich, et lui seul peut organiser des trains complets pouvant entrer en territoire allemand. Ces négociations ont été laborieuses : la Wehrmacht est alors en pleine offensive sur Bakou et les responsables du Reichsbahn ne comprennent pas l'intérêt de ces déportations. Eichmann a du en rapporter à très haut niveau pour obtenir satisfaction.

    Ces trains complets sont formés avec du matériel français réquisitionné. Ils comportent généralement des wagons légers, destinés au transport des bestiaux en temps de paix, et utilisés en temps de guerre pour le transport de troupes, sur la base de 40 hommes ou 8 chevaux par wagon. Les Allemands chargent ces wagons à 50 ou 60 hommes, parfois même jusqu'à 100. Chaque train peut transporter 1000 déportés.

    Après de nombreuses tractations, le programme arrêté prévoit 36 trains. Raul Hilberg écrit :

" Le premier convoi quitterait Bordeaux le 13 juillet 1942. Les transports suivants partiraient à 2 jours d'intervalle, Bordeaux encore, Angers, Rouen, Chalon sur Marne, Nancy et Orléans. Suivrait ensuite Paris.

Note : Mémorandum de Dannecker du 1ier juillet 1942 RF-1223. "

    Les choses ne se passèrent pas du tout comme prévu, spécialement à Bordeaux. La Préfecture de Bordeaux opéra un filtrage très rigoureux en interprétant en faveur des juifs la réglementation établie par les accords Bousquet-Oberg. Aucun train complet de déportation de juifs n'est parti de Bordeaux pour Auschwitz

    Les deux trains prévus pour Auschwitz furent remplacés par des wagons de voyageurs requis par la préfecture et accrochés à 2 trains réguliers pour Paris. Résultat, au lieu de 2000 juifs expédiés à Auschwitz, 616 juifs furent transférés à Drancy via Paris, 171 par le convoi du 18 juillet et 445 par le convoi du 26 août.

    Le premier train complet a purement été annulé, et le second train complet a été dirigé sur Pithiviers.(Cf S. Klarsfeld)

    En comparaison, nous pouvons citer le cas d’Angers : le train de 1000 déportés pour Auschwitz, prévu le 17 juillet, partit le 20 juillet avec 824 juifs dont 201 Français. Le seul document français concernant ce train a été une lettre de transmission de la liste des déportés dressée par les autorités allemandes. Cela prouve que la préfecture d’Angers ne s'est pas du tout impliquée dans l’opération. 

    Aucun train ne partit de Rouen, Nancy ou Orléans pour Auschwitz : les trains réservés furent utilisés au départ de Drancy vers Auschwitz. A leur place, des convois furent organisés vers Drancy ou Pithiviers, avec des " rendements " intermédiaires entre celui de Bordeaux et celui d’Angers.

    Analyse détaillée

    Rafles du 15 au 17 juillet et le convoi de 18 juillet 1942.

    Le 2 juillet, Doberschutz, le SS responsable à Bordeaux du contrôle des juifs convoque Pierre Garat, responsable des affaires juives depuis un an, et sous les ordres de Maurice Papon depuis 6 jours. Garat se rend, de sa propre initiative, à cette convocation et il est averti que la Préfecture doit préparer les déportations. Il rédige un compte rendu de cet entretien. M Papon reprend ce compte rendu, en supprime une phrase qui était une appréciation personnelle, et l’adresse au Préfet le 3 juillet. 

    Au procès, ce compte rendu sera présenté par comme une preuve de la culpabilité de Maurice Papon.

    Le préfet régional demande des explications au gouvernement, et il est convoqué à une réunion d’information à Paris avec tous les préfets de régions. A son retour, il désigne le commissaire Techoueyres pour superviser les arrestations et encadrer le convoi. Maurice Papon, en poste depuis quelques jours, est pratiquement court-circuité, et Pierre Garat travaille avec le commissaire.

    A la demande du grand rabbin Joseph Cohen, la police et la gendarmerie sont requises, et opèrent sous la surveillance de la police militaire allemande (Feldgendarmeri). Beaucoup de juifs ont été prévenus, souvent par ceux qui devaient les arrêter, et 70 personnes sont arrêtées pour 105 portées sur les listes. Le convoi du 18 juillet est alors complété par des juifs étrangers arrêtés dans les autres départements de la région, et par des Français israélites arrêtés par les Allemands pour avoir contrevenu aux lois allemandes, souvent en tentant de passer la ligne de démarcation. Garat argumente ensuite dans le cadre des accords Bousquet-Oberg et obtient l’exemption pour 24 personnes. Les enfants des déportés sont confiés à des familles, juives si possible, avec le concours du Rabbin et de son entourage.

    Le convoi comprend 171 personnes dont 38 Français.

    Convoi du 26 août 1942.

    Ce convoi est formé avec des prisonniers déjà détenus et de 15 enfants de déportés du convoi précédent, sans arrestation. Le total est de 444 personnes dont 57 enfants et environ 140 Français adultes.

    Les Klarsfeld font porter une responsabilité sur Maurice Papon dans la déportation des enfants. L’ordre venu de Paris était d’expédier tous les enfants dont les parents avaient été déportés, mais la Préfecture a décidé de ne regrouper que les enfants qui n’avaient pas de famille en Gironde pour les garder. La préfecture en a avisé le grand rabbin Joseph Cohen.

Dans cette affaire de " regroupement familial ", l’aveuglement fut partagé à tous les niveaux :

Au niveau international

    Le chargé d’affaires des USA, Tuck, qui a remplacé l’Amiral Leahy, ambassadeur rappelé à la suite du retour de Laval, intervient auprès de celui-ci pour que les enfants soient déportés avec les parents. Vichy ne peut rien refuser au gouvernement américain, le seul qui aide la France en ces temps d’extrême détresse.

 Au niveau national

    Les préfets rapportent tous que les Français sont choqués que l’on sépare les enfants des parents. Les évêques de la zone non occupée protestent également contre cette séparation. Laval, qui a gobé la fable de la création d'un état juif en Pologne que lui a servie Oberg, trouve là des arguments pour demander aux Allemands de regrouper les familles.

A Bordeaux

    L’ordre du gouvernement de regroupement des familles est transmis atténué au Rabbin, en lui laissant la décision. Le Rabbin est personnellement opposé à ce regroupement familial tant que le sort des parents n’est pas connu, mais son entourage y est favorable. Des témoignages prouvent qu’en déconseillant la remise d’enfants, il en a sauvé certains, mais qu’il a donné son accord pour d’autres. Germaine Ferreyra, qui était en charge du placement des enfants, a communiqué les adresses des familles qui hébergeaient un total de 40 enfants.

    La communauté juive a mal évalué la situation, car elle en était encore "au stade des grandes illusions ". Ce ne fut pas des gendarmes ou des policiers qui allèrent chercher les enfants, mais des dames de l’Assistance sociale, voire le garde champêtre qui avertissait les familles en charge des enfants. Le Rabbin lui-même rendit les enfants dont il avait la charge.

    Pierre Garat obtient également de nombreuses exemptions pour ce convoi.

    Maurice Papon est accusé d’avoir signé une réquisition de gendarmes 2 jours après le départ du convoi.

    La vengeance des Nazis : l’exécution des otages et le convoi de septembre

    On sait que les Nazis en charge des déportations furent, à tous les niveaux hiérarchiques, furieux des piètres résultats de ces opérations, et spécialement à Bordeaux.

Au niveau RSHA, à Berlin

Raul Hilberg rapporte :

" Le compromis qui conférait une immunité à tous les juifs de nationalité française perturbait la stratégie de déportation allemande. Un convoi qui devait quitter Bordeaux le 15 juillet dût être annulé parce qu'on ne trouva pas 150 juifs apatrides en tout et pour tout dans la ville. Ce contre temps contraria particulièrement l'Oberstrumbannfûhrer Eichmann. Rappelant à Berlin son expert Röthke, il réclama des explications. Le RHSA avait longuement négocié avec le ministre des Transports du Reich pour obtenir des wagons, et voilà que Paris annulait un train. Cela ne lui était encore jamais arrivé. Il ne pouvait même pas en référer au chef de la Gestapo Muller, de peur qu'on l'accuse de négligence. Ecœuré, Eichmann menaça de ne plus s'occuper des évacuations de France.

Note : Mémorandum de Röthke relatif à un entretien téléphonique avec Eichmann du 15 juillet 1942. RF-1226. Eichmann avait appelé à 19 h, le 14 juillet.

Voir aussi : Dannecker à Röthke, 21 juillet 1942, Police Israélienne 65. Témoignage devant la cour d'Eichmann, transcription du procès Eichmann, 12 juillet 1961, séance 94. "

Il faut noter que la menace d’Eichmann de ne plus s’occuper des évacuations n’était pas anodine : mise à exécution, elle aurait eu de très graves conséquences pour ceux qui auraient été ainsi accusés d’incompétence et de négligence.

Raul Hilberg continu :

" Lors d'une conférence du RSHA réunissant les experts des questions juives le 28 août 1942 à Berlin, on fait remarquer que la France s'était laisser distancer par rapport aux autres pays en matière de "solution finale" et que le secteur français devait rattraper son retard 148. Quelques jours plus tard, L'Unterstrumfûhrer Ahnert envoyait à Oberg des statiques montrant que jusqu'au 2 septembre 18000 juifs avaient été déportés de zone occupée et 9000 de zone libre, soit 27000 juifs au total. Il était prévu que les opérations s'intensifieraient en septembre, déclarait Ahnert, mais les Allemands se heurteraient à une difficulté évidente, à savoir l'insistance des Français à vouloir effectuer une distinction entre les juifs français et les Juifs étrangers. Il serait sans doute nécessaire que la France annule au moins les naturalisations accordées aux Juifs après 1933 149.

Note 148 : Rötke à Knochen et Lischka, 1 septembre 1942, RF-1228.

Note 149 : Ahnert à Oberg par l'entremise de Hagen, 3 septembre 1942, RF-1227. "

A Bordeaux

    L’extrait suivant du témoignage du 24 novembre 1947, de l’Intendant de Police Duchon, est explicite :

" Lors des premières opérations, les listes des personnes à appréhender avaient été transmises à l’avance aux services de la Sécurité Publique. De nombreux fonctionnaires s’étaient ingéniés pour avertir à l’avance les intéressés.

Sabotée au départ, l’opération était donc vouée à un échec certain, ce dont les allemands se montraient vivement mécontents. Ce mécontentement s’était traduit par de violentes observations.

Aussi, en ce qui concerne l’opération d’Octobre 1942, il est venu à ma connaissance que ce n’est qu’au moment de l’exécution même que les listes étaient communiquées directement aux services de police par les services de la Préfecture accompagnés par des feldgendarmes. "

    Le retard à la suite de ces opérations se chiffre pour la France de Vichy à 27000 déportés sur 36000 prévus, mais pour Bordeaux à 616 sur 2000. Nous allons examiner comment les nazis vont essayer de rattraper ce retard en septembre, ainsi qu’Ahnert s’y est engagé, et se venger de la Préfecture de Bordeaux.

    Les Nazis avisent la Préfecture, le dimanche 20 septembre vers midi, que 70 otages seront fusillés à Bordeaux le lendemain pour des attentats commis à Paris, et dans l’après midi qu’un convoi supplémentaire de déportation sera formé ce même lendemain 21.

Le convoi du 21 septembre 1942

    Le 21 septembre, 71 juifs incarcérés au fort de Hâ sont transférés à Drancy. Là encore, Garat obtient l’exemption de 8 personnes malgré les délais très courts.

    Au cours du procès, les parties civiles et le ministère public ont accusé Maurice Papon de complicité, alors qu’il était absent de Bordeaux du 19 au 28 septembre. La lecture des interrogatoires de Maurice Papon par le ministère public, portant sur ce convoi et sur son emploi du temps pendant son absence de Bordeaux, est particulièrement édifiante.

L’exécution des 70 otages le même jour

    Pendant que les responsables Nazis rongent leur frein, début septembre, une vague d’attentats se développe en Région parisienne. Oberg demande que l’on exerce des représailles sur la base de 2 otages fusillés pour un Allemand tué ou blessé. Après l’attentat contre le REX à Paris, le nombre d’otages à fusilier s’élève à 116. La décision finale de Oberg est que 46 otages seront fusillés à Paris et 70 à Bordeaux.

Serge Klarsfeld affirme, dans son " Livre des otages ", que

1) - C’est le hasard s’il y avait plus de "fusillables" à Bordeaux qu’à Paris.

2) - Si les otages ont été fusillés à Bordeaux, c’est qu’il n’y avait pas de personnel pour surveiller leur transport ( alors qu’il y avait tout le personnel nécessaire pour les fusiller).

Ces affirmations ont été présentées aux jurés comme des vérités établies, alors que l'on sait , par le livre de Béate Klarsfeld, que le SS Hagen, antisémite fanatique, qui avait organisé les déportations au départ de Bordeaux avant que Maurice Papon n'y arrive, est devenu le chef de l'état-major de Oberg, et qu'il est devenu responsable des exécutions d'otages. Il suffit d’analyser les documents reproduits dans le " Livre des otages " de Serge pour constater que le chef de la GESTAPO de Bordeaux a été interrogé par Paris pour pour savoir s'il y avait des otages à fusiller à Bordeaux et la réponse a été positive. Cette exécution avait bien pour but de faire payer par la Préfecture l'échec relatif des déportations, et de l’intimider. 

La rafle de la nuit du 19 au 20 octobre 1942, et le convoi du 26

    La Gestapo requière l’intervention de la police française le matin même par peur des fuites, comme indiqué dans le témoignage de Duchon. La Préfecture tente de faire reporter les arrestations, mais sans succès. Les listes de personnes à arrêter, composées par les nazis eux même pour éviter les fuites, comportent 400 noms mais seulement 40 personnes le sont effectivement. Ces listes comportaient des noms de personnes déjà arrêtées, et beaucoup de juifs avaient déménagé. Sur les 40 personnes arrêtées, 12 sont hospitalisées, 5 sont déclarée non juives après examen, et 4 sont considérées comme des cas à vérifier. Après de nombreuses discussions entre la Gestapo et Garat, 7 personnes sont libérées le 21 octobre, et 3 le 23 octobre.

    Parmi les personnes libérables car françaises, mais que les nazis refusent de libérer sur le champ, figure Alice Slitinski, la sœur de Michel, le meneur des parties civiles. Elle sera libérée plus tard sur demande expresse de Maurice Papon1. On sait comment Michel Slitinski a remercié Maurice Papon.

    Les exemptés de la rafle sont remplacés par des prisonniers détenus au fort de Hâ pour former le convoi du 26 octobre vers Drancy, avec 73 déportés.

Les convois de 1943

Contexte

    Le 8 novembre 1942, les Américains ont débarqué en Algérie, et la Wehrmacht a envahi la zone non occupée, sauf la zone à l’est du Rhône qui est occupée par l’armée italienne. La Gestapo s’active principalement pour arrêter les juifs de l’ex zone non occupée. Des commandos sont envoyés dans le Sud pour créer 6 nouveaux KDS, mais de nombreux juifs se réfugient dans la zone italienne où l’armée italienne les protège.

    Début 1943 marque le grand tournant de la guerre : Rommel est enfoncé à El Alamein, Von Paulus capitule à Stalingrad en février, et les alliés débarquent en Sicile puis en Italie. Beaucoup de fonctionnaires passent du coté du général De Gaulle.

    A Bordeaux, il n’y a pas de rafles, mais deux convois pour déporter les juifs souvent capturés dans les gares ou arrêtés pour diverses raisons. Signalons l’arrestation de 4 Grecs en novembre 1942 et de 4 Hongrois en mars 1943, sur la demande expresse des Nazis.
    Monsieur Papon a été accusé (hors du procès) d'avoir ordonné l'arrestation des 4 Hongrois alors que les documents prouvent que ces Hongrois étaient déjà arrêtés lors qu'il a signé un pseudo ordre qui n'était qu'une régularisation administrative.

Convoi du 2 février 1943

    Sur la demande expresse du KDS, des gendarmes sont requis pour assurer le transfert de 107 personnes détenues au camp de Mérignac. Ce convoi n’a pas été étudié durant le procès.

Convoi du 7 juin 1943

    Sur la demande expresse du KDS, des gendarmes sont requis pour assurer le transfert de 34 personnes dont 17 Français. Ce convoi n’a pas été étudié durant le procès.

Les Rafles et convois de fin 1943 et de 1944

Contexte

    En septembre 1943, l’Italie capitule, et la GESTAPO se précipite dans l’ancienne zone italienne pour capturer les juifs. Les Nazis harcèlent le gouvernement français pour obtenir la dénaturalisation de juifs naturalisés français depuis la loi de 1933. Mi-novembre, le Maréchal entre dans une sorte de grève et refuse de signer tout décret. Il refuse de désigner Laval comme son dauphin s’il venait à disparaître. La position des Nazis se durcit et ils exigent le remplacement de René Bousquet, qui s’obstine à obéir au Maréchal, par Darnand, le SS d’honneur.

    A Bordeaux, Luther, chef du KDS démissionnaire, est remplacé par Machule qui est un Nazi. Suivant son humeur, ou les ordres reçus, il commande directement la police et la gendarmerie ou s’adresse à l’Intendant de police. Dans l’ensemble, les juifs de nationalité étrangère ont pris le large, et les Nazis se rabattent sur les Français trop confiants ou trop âgés pour fuir. Les libérations ne sont obtenues qu’en prouvant que les personnes arrêtées ne sont pas juives.

Le convoi du 25 novembre 1943

    Ce convoi est formé uniquement de 86 personnes déjà arrêtées dont certaines ont plus de 70 ans. Dubarry, remplaçant de Garat depuis septembre, en est averti alors que le convoi est déjà parti vers Paris. Il y a 5 évasions pendant ce transfert. Des inspecteurs de police ont accompagné ce convoi sans que la Préfecture en ait été avertie. La préfecture alerte le gouvernement, mais sans résultat.

La rafle de 20 et le convoi du 30 décembre

La rafle du 20 au 22 décembre 1943

    Cette rafle est précédée le, 17 décembre, d’une tentative d’arrestation du Rabbin par la Gestapo aidée de Dehan, chef de la SEC, qui échoue car le Rabbin a été prévenu par les services de M. Papon. Une tentative avait déjà eu lieu le 18 novembre, et avait déjà échoué. Il est certain que ces échecs ont rendu les Nazis furieux.

    Comme le convoi de novembre, cette rafle est effectuée sans que la Préfecture en soit informée. La Feldgendarmeri arrête avec le concours de la SEC, 132 juifs dont 60 % de Français. Parmi eux, Armand Brunchwig, 84 ans, et Aimée Daniel 73 ans.

    Le Préfet proteste auprès des autorités allemandes et de Vichy mais sans succès. Le KDS se contente de répondre qu’il avait reçu un ordre de Paris. Il apparaît comme établi que cette rafle, effectuée par la KDS sans ordre reçu de Paris, a été une vengeance des Nazis de Bordeaux.

Le convoi du 30 décembre 1943

    Ce convoi est formé principalement avec les personnes arrêtées la semaine précédente. Il comporte 134 déportés dont 79 Français. Au procès, alors que le sujet était de savoir dans quelles circonstances les déportés avaient été menottés pour le transfert, le Président de la Cour déclara : " M Papon va nous répondre ". Hors, il était prouvé que la Préfecture n’avait pas été avisée de la formation du convoi.

La rafle du 10 janvier 1944, et le convoi du 12 janvier.

Contexte.

    Le 1 janvier 1944, Darnand est entré en fonction, et l’ordre du 10 janvier d’arrêter les Français israélites est peut être un test Nazi de sa volonté de coopérer.

    L’ordre du 10 janvier est peut-être aussi donné en représailles à l’encontre de la Préfecture qui a fourni aux Allemands la preuve qu’elle écoutait Londres : elle a fait évacuer, le lundi 3 janvier, les quartiers de Bordeaux proches de la base sous-marine sur l’avis diffusé par Londres d’un bombardement de cette base, bombardement qui n’a pas eu lieu.

    A la Préfecture, comme partout où l’on suit les déportations de juifs, tout porte à la plus forte crainte sur leur sort. Depuis les premières déportations, personne n’a reçu le moindre courrier, alors que les familles des prisonniers de guerre en reçoivent régulièrement, et les Nazis ne se donnent plus la peine de donner le change de déportations vers des camps de travail : des vieillards incapables de travailler sont déportés. La nourriture se fait déjà rare à Bordeaux : comment pourraient subsister tous ces vieillards dans des camps en Pologne ? Pour la Préfecture, il s’agit d’une prise d’otages.

La rafle du 10 janvier 1944

    Le 10 janvier, à 13 h 30, les SS ordonnent à l’Intendant de police Duchon, de procéder à l’arrestation de " tous les juifs ", et " sans considération d’âge ". Les ordres précisent qu’il faut rechercher le Rabbin. L’Intendant de police Duchon en informe la Préfecture. Les heures qui suivent sont utilisées par la Préfecture et par Duchon pour protester auprès du KDS de Bordeaux, et pour en rapporter à Laval. A la fin du jour, l’ordre est confirmé par Darnand qui précise que les arrestations seront effectuées de toute façon. La Préfecture n’a réussi qu’à gagner une heure. Lorsque tout a été tenté, le Préfet, entouré de tout son état major, dicte une note récapitulative des actions entreprises, et la fait contresigner par tous les présents : Papon, Duchon, Chapel et Fredou.

    Les arrestations se sont poursuivies le 11 janvier, et au total 228 Français israélites ont été arrêtés en Gironde, alors que les listes communiquées par la SEC portaient 473 noms.

    La Préfecture effectue un contrôle et obtient la libération de 26 personnes non juives.

Le convoi du 12 janvier

    Le convoi est formé avec les personnes arrêtées et détenues dans la synagogue, et de détenus du camp de Mérignac. Au total 317 personnes dont de nombreux enfants sont transférés à Drancy dans des wagons à bestiaux.

La rafle du 4 février et le convoi du 13 mai 1944

    La police allemande arrête dans la nuit du 4 au 5 février 40 juifs, presque tous français, et pour la plupart des vieillards, qui sont internés à Mérignac.

    Un convoi est formé de 57 juifs internés à Mérignac, presque tous français.

    La Préfecture ne peut que constater les faits. Elle tente d’obtenir des exemptions mais sans succès. Notons que le 10 mai un convoi de 800 résistants, dont 14 policiers, est parti pour Compiègne.

Le convoi du 15 juin 1944

    Ce convoi déporte 76 juifs du camp de l’organisation Todt-Lindenmann. La préfecture n’est pas impliquée.

Conclusions

    Maurice Papon a signé un certain nombre de documents de réquisition de gendarmes ou de moyens de transport, mais il ressort du compte rendu du procès que ce fut toujours les Allemands qui ont donné les ordres à l'Intendant de Police. Que Maurice Papon ait signé un document de réquisition avant le transport, après le transport ou ait été totalement étranger à l’événement, n’a rigoureusement rien changé. Tous les autres documents trouvés étaient des comptes rendus de réception d'ordre, ou des protestations ayant pour objet d’épargner la déportation dans les cas à la marge. Maurice Papon s’est efforcé de faire rayer du fichier le plus possible de personnes, quitte à entrer dans une illégalité dangereuse pour lui.

    L’étude du livre de S. Klarsfeld montre qu’il n’y a aucun exemple que la résistance ou l’administration française ait réussi à s’opposer au départ d’un convoi de déportation de juifs. Il en fut de même pour les départs dix fois plus nombreux de résistants et pour le STO. Les parties civiles ont constamment soutenu la faiblesse des effectifs allemands, alors que la densité de troupes allemandes était en France en 1943, du même ordre de grandeur que celle des troupes françaises en Algérie au plus fort de la guerre d’indépendance.

    Les informations sur les rafles et les déportations sont présentées dans un récapitulatif qui présente également la conclusion générale.

Notes :
1 - Libération d'Alice Slitinski : voir la lettre à Luther, et celle au commandant du camp de Mérignac.

Dans cette partie :    Le génocide     Récapitulatif     Les représailles      Les exécutions d'otages      Les polices  

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