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Les rafles et les déportations
Pour mettre en lumière l'action de la Préfecture de la Gironde lors des
déportations, nous rappelons dans quelles circonstances les rafles ont eu lieu et comment
les convois ont été formés. Nous les comparons avec ce qui s'est passé dans d'autres
régions.
Les premières déportations en juillet et août 1942.
Contexte historique
En février 1942, Otto von
Stülpnagel, général commandant le Bdf, c'est à dire l'administration de
l'occupation de la France, se fait porter pâle car il
désapprouve la répression aveugle, avec les exécutions massives
dotages. Il
est remplacé par son cousin, le général Carl Heinrich von Stülpnagel qui
présidait la commission d'Armistice à Weisbaden, qui refuse de prendre en
charge ces problèmes. Hitler réorganise l'occupation de la France. Tous les aspects de sécurité du
Reich et de contrôle des
populations des territoires occupés par le Reich sont alors attribués au RSHA,
office central de sécurité SS du Reich, qui a une délégation dans chaque nation occupée,
dite BdS. Le général Oberg est intronisé par Heydrich, comme représentant de
Himmler en France. Il est le chef de tous les SS, du BdS et de l'Ordnung
polizei,
qui est l'équivalent de notre gendarmerie mobile. Le BdS a 11 délégations régionales en zone
occupée, dites KDS, et le "komando" de Bordeaux est alors commandé par le Capitaine Hans Luther.
La "solution finale ", lextermination systématique des
juifs, a été décidée par Hitler, mais seuls les Nazis qui y sont directement
impliqués, le savent. (en France seul Oberg le sait, et des antisémites
fanatiques la souhaite)
Sous la pression des Allemands, le Maréchal Pétain a fini par accepter de nommer
Pierre Laval chef du gouvernement, en remplacement de lAmiral Darlan dont la
collaboration a été jugée trop tiède par les Nazis. En particulier, il sest
opposé au port de létoile jaune. Le gouvernement est totalement remanié. Louis Darquier de
Pellepoix,
partisan de l'axtermination des juifs, est nommé Secrétaire général aux
questions juives à la place de Xavier Vallat qui ne souhaitait que
l'élimination de leur influence. Maurice Sabatier, Secrétaire général à
ladministration, est limogé
à Bordeaux, où il prend ses fonctions de
préfet régional le 16 mai 1942. Maurice Papon, déjà dans son équipe à Vichy, accepte
de le suivre et est nommé Secrétaire général de la Préfecture en date du 1 juin. A la
suite de la maladie et du décès de son père, il ne prend ses fonctions que le 19 ou le
20 juin.
Bilan global des premières déportations
Lorsque les Nazis font part de la décision de déporter tous
les juifs dans des camps situés à l'est, René Bousquet, secrétaire général de la
Police du gouvernement de Vichy, est contraint de définir avec Oberg la participation de
la police française, dans le cadre de la convention dArmistice. Il sagit,
prétendent les SS, de déporter en un premier temps les personnes en âge de travailler
dans un Etat juif créé en Pologne. René Bousquet, avec l'accord de Laval et
du Maréchal, accepte quen échange de la
livraison de Juifs étrangers résidants en zone non occupée, soient épargnés les juifs
français et ceux des nations qui ont une représentation diplomatique à Vichy, et qui le
demandent. Ainsi, les juifs Italiens, Roumains, Hongrois, Bulgares, Grecs et Turcs seront
protégés, qu'ils résident ou non en zone occupée. Les ressortissants juifs des pays
qui détiennent des prisonniers allemands, lAngleterre et les USA, sont également
épargnés.
La première vague de déportations a fait l'objet de négociations entre
Dannecker,
responsable de ces déportations au sein de la Gestapo à Paris, et qui est en liaison directe avec
Eichmann, et le Reichsbahn pour obtenir des trains à destination d'Auschwitz. Ce
Reichsbahn est lorganisme qui gère les transports stratégiques du Reich, et lui
seul peut organiser des trains complets pouvant entrer en territoire allemand. Ces
négociations ont été laborieuses : la Wehrmacht est alors en pleine offensive sur
Bakou et les responsables du Reichsbahn ne comprennent pas l'intérêt de ces
déportations. Eichmann a du en rapporter à très haut niveau pour obtenir satisfaction.
Ces trains complets sont formés avec du matériel français réquisitionné. Ils comportent généralement des wagons légers, destinés au
transport des bestiaux en temps de paix, et utilisés en temps de guerre pour le transport
de troupes, sur la base de 40 hommes ou 8 chevaux par wagon. Les Allemands chargent ces wagons
jusquà 50 ou 60 hommes. Chaque train peut transporter 1000 déportés.
Après de nombreuses tractations, le programme arrêté prévoit 36 trains. Raul
Hilberg écrit :
" Le premier convoi quitterait Bordeaux le 13 juillet 1942. Les transports
suivants partiraient à 2 jours d'intervalle, Bordeaux encore, Angers, Rouen, Chalon sur
Marne, Nancy et Orléans. Suivrait ensuite Paris.
Note : Mémorandum de Dannecker du 1ier juillet 1942 RF-1223. "
Les choses ne se passèrent pas du tout comme prévu, spécialement à Bordeaux. La
Préfecture de Bordeaux opéra un filtrage très rigoureux en interprétant en faveur
des juifs la réglementation établie par les accords Bousquet-Oberg. Aucun train
complet de déportation de juifs n'est parti de Bordeaux pour Auschwitz
Les deux trains prévus pour Auschwitz
furent remplacés par des wagons de
voyageurs requis par la préfecture et accrochés à 2 trains réguliers pour Paris.
Résultat, au lieu de 2000 juifs expédiés à Auschwitz, 616 juifs
furent transférés à Drancy via Paris, 171 par le convoi du 18 juillet et 445 par le
convoi du 26 août.
Le premier train complet a purement été annulé, et le
second train complet a été dirigé sur Pithiviers.(Cf S. Klarsfeld)
En comparaison, nous pouvons citer le cas dAngers : le train de 1000
déportés pour Auschwitz, prévu le 17 juillet, partit le 20 juillet avec 824 juifs dont
201 Français. Le seul document français concernant ce train a été une lettre de
transmission de la liste des déportés dressée par les autorités allemandes. Cela
prouve que la préfecture dAngers ne s'est pas du tout impliquée dans
lopération.
Aucun train ne partit de Rouen, Nancy ou Orléans pour Auschwitz : les trains
réservés furent utilisés au départ de Drancy vers Auschwitz. A leur place, des convois
furent organisés vers Drancy ou Pithiviers, avec des " rendements "
intermédiaires entre celui de Bordeaux et celui dAngers.
Analyse détaillée
Rafles du 15 au 17 juillet et le convoi de 18 juillet 1942.
Le 2 juillet, Doberschutz, le SS responsable à Bordeaux du contrôle des
juifs convoque Pierre Garat, responsable des affaires juives
depuis un an, et sous les ordres de Maurice Papon depuis 6 jours. Garat se rend, de sa propre initiative, à cette
convocation et il est averti que la Préfecture doit préparer les déportations. Il
rédige un compte rendu de cet entretien. M Papon reprend ce compte rendu, en supprime une phrase qui était une appréciation personnelle, et
ladresse au Préfet le 3 juillet.
Au procès, ce compte rendu sera présenté par comme une preuve de la culpabilité de
Maurice Papon.
Le préfet régional demande des explications au gouvernement, et il est convoqué à une
réunion dinformation à Paris avec tous les préfets de régions. A son retour, il
désigne le commissaire Techoueyres pour superviser les arrestations et encadrer le
convoi. Maurice Papon, en poste depuis quelques jours, est pratiquement court-circuité, et
Pierre Garat travaille avec le commissaire.
A la demande du grand rabbin Joseph Cohen, la police et la gendarmerie sont requises,
et opèrent sous la surveillance de la police militaire allemande (Feldgendameri).
Beaucoup de juifs ont été prévenus, souvent par ceux qui devaient les arrêter, et
70 personnes sont arrêtées pour 105 portées sur les listes. Le convoi du 18 juillet est
alors complété par des juifs étrangers arrêtés dans les autres départements de la
région, et par des Français israélites arrêtés par les Allemands pour avoir
contrevenu aux lois allemandes, souvent en tentant de passer la ligne de démarcation.
Garat argumente ensuite dans le cadre des accords Bousquet-Oberg et obtient
lexemption pour 24 personnes. Les enfants des déportés sont confiés à des
familles, juives si possible, avec le concours du Rabbin et de son entourage.
Le convoi comprend 171 personnes dont 38 Français.
Convoi du 26 août 1942.
Ce convoi est formé avec des prisonniers déjà détenus et de 15 enfants de
déportés du convoi précédent, sans arrestation. Le total est de 444 personnes dont 57
enfants et environ 140 Français adultes.
Les Klarsfeld font porter une responsabilité sur Maurice Papon dans la déportation
des enfants. Lordre venu de Paris était dexpédier tous les enfants dont les
parents avaient été déportés, mais la Préfecture a décidé de ne regrouper que les
enfants qui navaient pas de famille en Gironde pour les garder. La préfecture en a
avisé le grand rabbin Joseph Cohen.
Dans cette affaire de " regroupement familial ", laveuglement
fut partagé à tous les niveaux :
Au niveau international
Le chargé daffaires des USA, Tuck, qui a remplacé lAmiral Leahy,
ambassadeur rappelé à la suite du retour de Laval, intervient auprès de celui-ci pour
que les enfants soient déportés avec les parents. Vichy ne peut rien refuser au
gouvernement américain, le seul qui aide la France en ces temps dextrême
détresse.
Au niveau national
Les préfets rapportent tous que les Français sont choqués que lon sépare les
enfants des parents. Les évêques de la zone non occupée protestent également contre cette séparation. Laval,
qui a gobé la fable de la création d'un état juif en Pologne que lui a servie
Oberg, trouve là des arguments pour demander aux Allemands de regrouper les familles.
A Bordeaux
Lordre du gouvernement de
regroupement des familles est transmis atténué au Rabbin, en lui laissant la
décision. Le Rabbin est personnellement opposé à ce regroupement familial tant que le
sort des parents nest pas connu, mais son entourage y est favorable. Des
témoignages prouvent quen déconseillant la remise denfants, il en a sauvé
certains, mais quil a donné son accord pour dautres. Germaine
Ferreyra, qui
était en charge du placement des enfants, a communiqué les adresses des familles qui
hébergeaient un total de 40 enfants.
La communauté juive a mal évalué la situation, car elle en était encore "au
stade des grandes illusions ". Ce ne fut pas des gendarmes ou des policiers qui
allèrent chercher les enfants, mais des dames de lAssistance sociale, voire le
garde champêtre qui avertissait les familles en charge des enfants. Le Rabbin lui-même
rendit les enfants dont il avait la charge.
Pierre Garat obtient également de nombreuses exemptions pour ce convoi.
Maurice Papon est accusé davoir signé une réquisition de gendarmes 2 jours
après le départ du convoi.
La vengeance des Nazis : lexécution des otages et le convoi de septembre
On sait que les Nazis en charge des déportations
furent, à tous les niveaux
hiérarchiques, furieux des piètres résultats de ces opérations, et spécialement à
Bordeaux.
Au niveau RSHA, à Berlin
Raul Hilberg rapporte :
" Le compromis qui conférait une immunité à tous les juifs de
nationalité française perturbait la stratégie de déportation allemande. Un convoi qui
devait quitter Bordeaux le 15 juillet dût être annulé parce qu'on ne trouva pas 150
juifs apatrides en tout et pour tout dans la ville. Ce contre temps contraria
particulièrement l'Oberstrumbannfûhrer Eichmann. Rappelant à Berlin son expert
Röthke,
il réclama des explications. Le RHSA avait longuement négocié avec le ministre des
Transports du Reich pour obtenir des wagons, et voilà que Paris annulait un train. Cela
ne lui était encore jamais arrivé. Il ne pouvait même pas en référer au chef de la
Gestapo Muller, de peur qu'on l'accuse de négligence. Ecuré, Eichmann menaça de
ne plus s'occuper des évacuations de France.
Note : Mémorandum de Röthke relatif à un entretien téléphonique avec Eichmann du
15 juillet 1942. RF-1226. Eichmann avait appelé à 19 h, le 14 juillet.
Voir aussi : Dannecker à Röthke, 21 juillet 1942, Police Israélienne 65. Témoignage
devant la cour d'Eichmann, transcription du procès Eichmann, 12 juillet 1961, séance
94. "
Il faut noter que la menace dEichmann de ne plus soccuper des évacuations
nétait pas anodine : mise à exécution, elle aurait eu de très graves
conséquences pour ceux qui auraient été ainsi accusés dincompétence et de
négligence.
Raul Hilberg continu :
" Lors d'une conférence du RSHA réunissant les experts des questions
juives le 28 août 1942 à Berlin, on fait remarquer que la France s'était laisser
distancer par rapport aux autres pays en matière de "solution finale" et que le
secteur français devait rattraper son retard 148. Quelques jours plus tard,
L'Unterstrumfûhrer Ahnert envoyait à Oberg des statiques montrant que jusqu'au 2
septembre 18000 juifs avaient été déportés de zone occupée et 9000 de zone libre,
soit 27000 juifs au total. Il était prévu que les opérations s'intensifieraient en
septembre, déclarait Ahnert, mais les Allemands se heurteraient à une difficulté
évidente, à savoir l'insistance des Français à vouloir effectuer une distinction entre
les juifs français et les Juifs étrangers. Il serait sans doute nécessaire que la
France annule au moins les naturalisations accordées aux Juifs après 1933 149.
Note 148 : Rötke à Knochen et Lischka, 1 septembre 1942, RF-1228.
Note 149 : Ahnert à Oberg par l'entremise de Hagen, 3 septembre 1942,
RF-1227. "
A Bordeaux
Lextrait suivant du témoignage du 24 novembre 1947, de lIntendant de
Police Duchon, est explicite :
" Lors des premières opérations, les listes des personnes à
appréhender avaient été transmises à lavance aux services de la Sécurité
Publique. De nombreux fonctionnaires sétaient ingéniés pour avertir à
lavance les intéressés.
Sabotée au départ, lopération était donc vouée à un échec certain, ce dont
les allemands se montraient vivement mécontents. Ce mécontentement sétait traduit
par de violentes observations.
Aussi, en ce qui concerne lopération dOctobre 1942, il est venu à ma
connaissance que ce nest quau moment de lexécution même que les listes
étaient communiquées directement aux services de police par les services de la
Préfecture accompagnés par des feldgendarmes. "
Le retard à la suite de ces opérations se chiffre pour la France de Vichy à 27000
déportés sur 36000 prévus, mais pour Bordeaux à 616 sur 2000. Nous allons examiner
comment les nazis vont essayer de rattraper ce retard en septembre, ainsi quAhnert
sy est engagé, et se venger de la Préfecture de Bordeaux.
Les Nazis avisent la Préfecture, le dimanche 20 septembre vers midi, que 70 otages
seront fusillés à Bordeaux le lendemain pour des attentats commis à Paris, et dans
laprès midi quun convoi supplémentaire de déportation sera formé ce même
lendemain 21.
Le convoi du 21 septembre 1942
Le 21 septembre, 71 juifs incarcérés au fort de Hâ sont transférés à Drancy. Là
encore, Garat obtient lexemption de 8 personnes malgré les délais très courts.
Au cours du procès, les parties civiles et le ministère public ont accusé Maurice
Papon de complicité, alors quil était absent de Bordeaux du 19 au 28 septembre. La
lecture des interrogatoires de Maurice Papon par le ministère public, portant sur ce
convoi et sur son emploi du temps pendant son absence de Bordeaux, est particulièrement
édifiante.
Lexécution des 70 otages le même jour
Pendant que les responsables Nazis rongent leur frein, début septembre, une vague
dattentats se développe en Région parisienne. Oberg demande que lon exerce
des représailles sur la base de 2 otages fusillés pour un Allemand tué ou blessé.
Après lattentat contre le REX à Paris, le nombre dotages à fusilier
sélève à 116. La décision finale de Oberg est que 46 otages seront fusillés à
Paris et 70 à Bordeaux.
Serge Klarsfeld affirme, dans son " Livre des otages ", que
1) - Cest le hasard sil y avait plus de "fusillables" à Bordeaux quà
Paris.
2) - Si les otages ont été fusillés à Bordeaux, cest quil ny
avait pas de personnel pour surveiller leur transport ( alors quil y avait tout le
personnel nécessaire pour les fusiller).
Ces affirmations ont été présentées aux jurés comme des vérités établies, alors
quil suffit danalyser les documents reproduits dans son " Livre des
otages " pour constater que cest le chef de la GESTAPO de Bordeaux qui a
téléphoné à Paris pour suggérer de fusiller des otages de Bordeaux, en vue
dintimider la Préfecture.
La rafle de la nuit du 19 au 20 octobre 1942, et le convoi du 26
La Gestapo requière lintervention de la police française le matin même par
peur des fuites, comme indiqué dans le témoignage de Duchon. La Préfecture tente de
faire reporter les arrestations, mais sans succès. Les listes de personnes à arrêter,
composées par les nazis eux même pour éviter les fuites, comportent 400 noms mais
seulement 40 personnes le sont effectivement. Ces listes comportaient des noms de
personnes déjà arrêtées, et beaucoup de juifs avaient déménagé. Sur les 40
personnes arrêtées, 12 sont hospitalisées, 5 sont déclarée non juives après examen,
et 4 sont considérées comme des cas à vérifier. Après de nombreuses discussions entre
la Gestapo et Garat, 7 personnes sont libérées le 21 octobre, et 3 le 23 octobre.
Parmi les personnes libérables car françaises, mais que les nazis refusent de
libérer sur le champ, figure Alice Slitinski, la sur de Michel, le meneur des
parties civiles. Elle sera libérée plus tard sur demande expresse de Maurice Papon1.
On sait comment Michel Slitinski a remercié Maurice Papon.
Les exemptés de la rafle sont remplacés par des prisonniers détenus au fort de Hâ
pour former le convoi du 26 octobre vers Drancy, avec 73 déportés.
Les convois de 1943
Contexte
Le 8 novembre 1942, les Américains ont débarqué en Algérie, et la Wehrmacht a
envahi la zone non occupée, sauf la zone à lest du Rhône qui est occupée par
larmée italienne. La Gestapo sactive principalement pour arrêter les juifs
de lex zone non occupée. Des commandos sont envoyés dans le Sud pour créer 6 nouveaux
KDS, mais de nombreux juifs se réfugient dans la zone italienne où larmée
italienne les protège.
Début 1943 marque le grand tournant de la guerre : Rommel est enfoncé à El
Alamein, Von Paulus capitule à Stalingrad en février, et les alliés débarquent en
Sicile puis en Italie. Beaucoup de fonctionnaires passent du coté du général De
Gaulle.
A Bordeaux, il ny a pas de rafles, mais deux convois pour déporter les juifs
souvent capturés dans les gares ou arrêtés pour diverses raisons. Signalons
larrestation de 4 Grecs en novembre 1942 et de 4 Hongrois en mars 1943, sur la
demande expresse des Nazis.
Monsieur Papon a été accusé (hors du procès) d'avoir ordonné l'arrestation des 4 Hongrois alors que les documents prouvent que ces Hongrois étaient déjà
arrêtés lors qu'il a signé un pseudo ordre qui n'était qu'une
régularisation administrative.
Convoi du 2 février 1943
Sur la demande expresse du KDS, des gendarmes sont requis pour assurer le transfert de
107 personnes détenues au camp de Mérignac. Ce convoi na pas été étudié durant
le procès.
Convoi du 7 juin 1943
Sur la demande expresse du KDS, des gendarmes sont requis pour assurer le transfert de
34 personnes dont 17 Français. Ce convoi na pas été étudié durant le procès.
Les Rafles et convois de fin 1943 et de 1944
Contexte
En septembre 1943, lItalie capitule, et la GESTAPO se précipite dans
lancienne zone italienne pour capturer les juifs. Les Nazis harcèlent le
gouvernement français pour obtenir la dénaturalisation de juifs naturalisés français
depuis la loi de 1933. Mi-novembre, le Maréchal entre dans une sorte de grève et refuse
de signer tout décret. Il refuse de désigner Laval comme son dauphin sil venait à
disparaître. La position des Nazis se durcit et ils exigent le remplacement de René
Bousquet, qui sobstine à obéir au Maréchal, par Darnand, le SS dhonneur.
A Bordeaux, Luther, chef du KDS démissionnaire, est remplacé par Machule qui est un Nazi.
Suivant son humeur, ou les ordres reçus, il commande directement la police et la gendarmerie ou sadresse
à lIntendant de police. Dans lensemble, les juifs de nationalité étrangère
ont pris le large, et les Nazis se rabattent sur les Français trop confiants ou trop
âgés pour fuir. Les libérations ne sont obtenues quen prouvant que les personnes
arrêtées ne sont pas juives.
Le convoi du 25 novembre 1943
Ce convoi est formé uniquement de 86 personnes déjà arrêtées dont certaines ont
plus de 70 ans. Dubarry, remplaçant de Garat depuis septembre, en est averti alors que le
convoi est déjà parti vers Paris. Il y a 5 évasions pendant ce transfert. Des
inspecteurs de police ont accompagné ce convoi sans que la Préfecture en ait été
avertie. La préfecture alerte le gouvernement, mais sans résultat.
La rafle de 20 et le convoi du 30 décembre
La rafle du 20 au 22 décembre 1943
Cette rafle est précédée le, 17 décembre, dune tentative darrestation
du Rabbin par la Gestapo aidée de Dehan, chef de la SEC, qui échoue car le Rabbin a
été prévenu par les services de M. Papon. Une tentative avait déjà eu lieu le 18
novembre, et avait déjà échoué. Il est certain que ces échecs ont rendu les Nazis
furieux.
Comme le convoi de novembre, cette rafle est effectuée sans que la Préfecture en soit
informée. La Feldgendarmeri arrête avec le concours de la SEC, 132 juifs dont 60 % de
Français. Parmi eux, Armand Brunchwig, 84 ans, et Aimée Daniel 73 ans.
Le Préfet proteste auprès des autorités allemandes et de Vichy mais sans succès. Le
KDS se contente de répondre quil avait reçu un ordre de Paris. Il apparaît comme
établi que cette rafle, effectuée par la KDS sans ordre reçu de Paris, a été une
vengeance des Nazis de Bordeaux.
Le convoi du 30 décembre 1943
Ce convoi est formé principalement avec les personnes arrêtées la semaine
précédente. Il comporte 134 déportés dont 79 Français. Au procès, alors que le sujet
était de savoir dans quelles circonstances les déportés avaient été menottés pour le
transfert, le Président de la Cour déclara : " M Papon va nous
répondre ". Hors, il était prouvé que la Préfecture navait pas été
avisée de la formation du convoi.
La rafle du 10 janvier 1944, et le convoi du 12 janvier.
Contexte.
Le 1 janvier 1944, Darnand est entré en fonction, et lordre du 10 janvier
darrêter les Français israélites est peut être un test Nazi de sa volonté de
coopérer.
Lordre du 10 janvier est peut-être aussi donné en représailles à
lencontre de la Préfecture qui a fourni aux Allemands la preuve quelle
écoutait Londres : elle a fait évacuer, le lundi 3 janvier, les quartiers de
Bordeaux proches de la base sous-marine sur lavis diffusé par Londres dun
bombardement de cette base, bombardement qui na pas eu lieu.
A la Préfecture, comme partout où lon suit les déportations de juifs, tout
porte à la plus forte crainte sur leur sort. Depuis les premières déportations,
personne na reçu le moindre courrier, alors que les familles des prisonniers de
guerre en reçoivent régulièrement, et les Nazis ne se donnent plus la peine de donner
le change de déportations vers des camps de travail : des vieillards incapables de
travailler sont déportés. La nourriture se fait déjà rare à Bordeaux : comment
pourraient subsister tous ces vieillards dans des camps en Pologne ? Pour la
Préfecture, il sagit dune prise dotages.
La rafle du 10 janvier 1944
Le 10 janvier, à 13 h 30, les SS ordonnent à lIntendant de police
Duchon, de procéder à larrestation de " tous les juifs ", et
" sans considération dâge ". Les ordres précisent quil
faut rechercher le Rabbin. LIntendant de police Duchon en informe la Préfecture.
Les heures qui suivent sont utilisées par la Préfecture et par Duchon pour protester
auprès du KDS de Bordeaux, et pour en rapporter à Laval. A la fin du jour, lordre
est confirmé par Darnand qui précise que les arrestations seront effectuées de toute
façon. La Préfecture na réussi quà gagner une heure. Lorsque tout a été
tenté, le Préfet, entouré de tout son état major, dicte une note récapitulative des
actions entreprises, et la fait contresigner par tous les présents : Papon,
Duchon,
Chapel et Fredou.
Les arrestations se sont poursuivies le 11 janvier, et au total 228 Français
israélites ont été arrêtés en Gironde, alors que les listes communiquées par la SEC
portaient 473 noms.
La Préfecture effectue un contrôle et obtient la libération de 26 personnes non
juives.
Le convoi du 12 janvier
Le convoi est formé avec les personnes arrêtées et détenues dans la synagogue, et
de détenus du camp de Mérignac. Au total 317 personnes dont de nombreux enfants sont
transférés à Drancy dans des wagons à bestiaux.
La rafle du 4 février et le convoi du 13 mai 1944
La police allemande arrête dans la nuit du 4 au 5 février 40 juifs, presque tous
français, et pour la plupart des vieillards, qui sont internés à Mérignac.
Un convoi est formé de 57 juifs internés à Mérignac, presque tous français.
La Préfecture ne peut que constater les faits. Elle tente dobtenir des
exemptions mais sans succès. Notons que le 10 mai un convoi de 800 résistants, dont 14
policiers, est parti pour Compiègne.
Le convoi du 15 juin 1944
Ce convoi déporte 76 juifs du camp de lorganisation
Todt-Lindenmann. La
préfecture nest pas impliquée.
Conclusions
Maurice Papon a signé un certain nombre de documents de réquisition de gendarmes ou
de moyens de transport, mais il ressort du compte rendu du procès que ce fut toujours les
Allemands qui ont donné les ordres à l'Intendant de Police. Que Maurice Papon ait signé un document de
réquisition avant le transport, après le transport ou ait été totalement étranger à
lévénement, na rigoureusement rien changé. Tous les autres documents
trouvés étaient des comptes rendus de réception d'ordre, ou des protestations ayant pour objet dépargner la déportation
dans les cas à la marge. Maurice Papon sest efforcé de faire rayer du fichier le
plus possible de personnes, quitte à entrer dans une illégalité dangereuse pour lui.
Létude du livre de S. Klarsfeld montre quil ny a aucun exemple que
la résistance ou ladministration française ait réussi à sopposer au
départ dun convoi de déportation de juifs. Il en fut de même pour les départs
dix fois plus nombreux de résistants et pour le STO. Les parties civiles ont constamment
soutenu la faiblesse des effectifs allemands, alors que la densité de troupes allemandes
était en France en 1943, du même ordre de grandeur que celle des troupes françaises en
Algérie au plus fort de la guerre dindépendance.
Les informations sur les rafles et les déportations sont présentées dans un
récapitulatif qui présente également la conclusion générale.
Notes :
1 - Libération d'Alice Slitinski : voir la lettre à Luther, et celle au commandant du camp de Mérignac.
Dans cette partie : Le
génocide Récapitulatif
Les représailles
Les exécutions d'otages
Les polices
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Le procès Qui est-il ? Bibliographie Documents |