Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Le procès

N'ayant pas suivi les débats, nous reprenons  les descriptions faites par des participants3.

  • Pour Hubert de Beaufort, défendre Maurice Papon est  "Mission impossible
  • Pour Eric Conan, le procès est une cérémonie sacrificielle.
  • Pour les Klarsfeld, le procès est une bouffonnerie orchestrée par le CRIF, et tous les coups sont permis.

  Hubert de Beaufort, dans sa Contre enquête (page 24), raconte sa déposition au procès :

  " Lorsque je suis introduit, je tente rapidement de comprendre mon auditoire pour définir un mode de présentation de mon exposé. Pour ceux qui tentent de faire comprendre la réalité de l’époque et a fortiori pour ceux qui veulent défendre Maurice Papon, il faut s’inspirer de la série américaine: "Mission impossible ". Je saisis alors la justesse de la mise en garde d’Henri Amouroux sur le côté "chasse à courre " du procès. Je dirais même que l’hallali est sonné avant même que vous ayez prononcé la première phrase.
    Comment est constituée la Cour ?
- devant vous, le président, ses assesseurs, le procureur général, l’avocat général, les jurés. Légèrement à droite, Maurice Papon, derrière sa vitre;
- devant lui ses trois avocats ;
- à gauche, une partie des avocats des parties civiles et tout en haut (on ne sait pourquoi), Arno Klarsfeld ;
- derrière vous, les autres avocats des parties civiles et derrière ces avocats, un public partisan et trié sur le volet.
Ce public pratique plusieurs comportements:
    - Il écoute lorsqu’il lui semble que l’audition du témoin peut être défavorable à l’accusé ;
    - il quitte la salle lorsque le témoignage peut laisser place au doute ;
    - il proteste lorsque les témoignages sont favorables à Maurice Papon ;
    - il applaudit lorsque les accusations atteignent un niveau de violence suffisant.
    La disproportion des forces est palpable, écrasante. Vous êtes donc cerné de tous côtés, seul debout à la barre. La déposition se déroule en deux parties : d’abord l’exposé écouté en silence, puis les questions du président, de l’avocat général, du procureur général, des avocats. Non seulement tout droit à l’erreur est interdit, mais toute faille, toute omission sera impitoyablement repérée par l’un des trente examinateurs qui vous ont écouté.
    Par souci d’objectivité, n’ayant jamais demandé à Maître Varaut et à Maurice Papon une information ou un conseil d’orientation, je ne peux compter que sur ma connaissance du dossier. Dès le départ j’ai commis une double erreur.
    1) Je pensais d’abord que les dix-sept ans d’instruction avaient permis une analyse complète de l’affaire et une solide connaissance du contexte de la guerre et de l’occupation. C’était faux, car la dialectique du procès exigeait que la Cour soit focalisée sur des pièces secondaires impliquant Papon en gommant l’essentiel : d’un côté la présence allemande avec sa violence, de l’autre l’action de la Résistance.
    2) Je croyais ensuite qu’il existait une certaine parité entre l’accusation et la défense, ce qui n’est pas le cas. Vous ne parlez pas devant un président, une accusation, une défense, mais devant une vingtaine d’accusateurs, trois avocats et un accusé de 87 ans. Le combat est inégal et perdu d’avance pour celui qui tente de s’en tenir aux faits. "

    Éric Conan, qui a suivi intégralement le procès, a donné ses impressions.
Dans son
Journal d’audience " Page 157 :

    " Le grand rabbin Sitruk vient à la barre. Témoignage exorbitant du cours normal de la justice car, contrairement à la règle, il ne connaît ni les faits ni l’accusé, mais apporte sa contribution à la dimension cérémonielle du procès. Son message, a rebours de ce qui, prudemment, n’a cessé d’être rappelé — on ne juge ni un régime ni l’Histoire, mais un homme —, souligne la dimension collective du procès : "Le pays tout entier comprend que son avenir est en train de se construire ici […]. Vous n’êtes pas seulement des jurés ou des juges d’une cour ordinaire, vous êtes la cour par qui passe le devenir de notre pays." . "

    Il a résumé le caractère politique du procès et ses excès inexcusables:

    " Le procès Papon est bien le tombeau d’une geste résistante du gaullisme de guerre... Des trois acteurs principaux de cette époque ne semble demeurer aujourd’hui que le face-à-face entre bourreaux et victimes, au détriment des combattants, qui au mieux disparaissent de l’histoire, ou au pire en sortent souillés, comme après l’entretien de Serge Klarsfeld dans le Figaro évoquant ce nouveau chapitre à explorer, sur le fait que la Résistance a contribué à envoyer des juifs à la mort. "

 Pour les KLarsfeld, tous les coups sont permis

    Nous citons trois exemples d'actions 

    1  -  Arno Klarsfeld accuse le Président d'antisémitisme.    

Le 15 décembre, lorsque le président lui refuse de projeter les photos d’enfants déportés, Arno Klarsfeld l’accuse d'antisémitisme : " Est-ce que pour vous, Monsieur le Président, il y a des juifs intéressants et d’autres qui ne le sont pas ? "

    Le président suspend l’audience et le convoque. Le Président  exige qu’il retire ses propos, mais il refuse, tant que les photos ne seront pas projetées. Le président : " Dehors ! "

    " Le lendemain Mme Léotin1 m’appelle :
    Arno, il faut que vous présentiez des excuses au président.
     Madame Léotin prend le ton de la confidence :
    Un jour je vous raconterais toutes les pressions que j’ai subies sur ce procès…Il faut que vous teniez bon, vous êtes indispensable à ce procès…
    - Indispensable ? Vous voulez dire que le Président veut me virer ?
    - Rendez vous compte, c’est le président tout de même…
    Quelque chose dans sa voix m’incite à penser qu’elle n’est pas mécontente de l’incident "

    Plus tard, Arno Klarsfeld est dans le bureau de Madame Léotin, et le procureur général les rejoint. Il s’obstine :

    "…Il n’a qu’à montrer les photos !
     Assis sur ma chaise, têtu et les bras croisés, je dois ressembler à un sale gosse capricieux. Madame Léotin a ses mains sur mes épaules, le procureur général est agenouillé devant moi, les plis de sa robe tombant sur le parquet.
    - Arno, je vous parle comme une sorte de père…Mesurez les conséquences…Vous savez la sympathie que nous avons pour vous…Ce n’est qu’un geste…
    Pris en tenaille entre ces deux magistrats pour qui je ressens de l’affection, je n’en puis plus. J’écris rapidement quelques lignes et les tends au procureur… "

    Arno Klarsfeld conclut l’incident en ces termes :

   " Mes juifs intéressants n’étaient pas une gratuite insolence, mais une poussée stratégique pour contraindre le président à céder sur ce que j’estimais essentiel.
    Trois jours plus tard le président cédera et montrera les photos. Un procès est parfois une bataille, on ne peut la gagner avec des amabilités. "

    2  -  Les Klarsfeld affaiblissent le président

    Les Klarsfeld révèlent, le 28 janvier 1998, que le président Castagnède a une parenté avec une des victimes. Son oncle avait épousé une sœur de personnes déportées, ce qu’il ignorait totalement.
    Le président est déstabilisé. Maître Varaut choisit de le soutenir.
    C’est dans une réunion du CRIF1, présidée par son président Henri Hadjenberg, en présence du vice-président Maître Zaoui et du comité exécutif dont Serge Klarsfeld est membre, que la décision est prise de ne pas demander la récusation du président Castagnède. Le CRIF préfère garder un président de tribunal affaibli au lieu d’un nouveau qui serait prévenu des méthodes des Klarsfeld.2

    Arno Klarsfeld conclut :

    " Le procès avait changé de physionomie. Le président interrogeait Papon avec plus de fermeté, Varaut s’en plaignait… 
    Varaut avait commis la faute de voler au secours du président. "

    3  -  Arno Klarsfeld écrit sur le ministère public, page 234 :

    " Le procureur général a défendu avec méticulosité mais sans inspiration une position qui n’était pas la sienne quelques mois auparavant, lorsqu’il estimait insuffisantes les preuves pour retenir la responsabilité de Papon dans le rassemblement des enfants ; aujourd’hui il affirme haut et clair le contraire. Quand est-il sincère ?

    Hier Robert, l’avocat général, a requis durant cinq heures, usant de mots très durs pour Papon ; quelques années auparavant il rédigeait une note dans le but d’enterrer l’affaire Bousquet. Quand est-il sincère ?"

Notes :
1- CRIF : Conseil représentatif des institutions juives de France (à sa création : Conseil représentatif des Israélites de France)
2 - En cas d'indisposition d'un magistrat d'une cour d'assises, ou de sa récusation, il ne peut être remplacé que par un magistrat qui a suivi la totalité des débats. A cause de sa longueur prévue, le procès a été suivi par des magistrats de réserve.
Sur ces sujet : voir aussi l'analyse du livre d'Arno Klarsfeld par Hubert de Beaufort, et la déclaration de Serge Klarsfeld sur "radio Shalom".
Voir aussi "le recours" devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme
3 - Le temps passant, nous avons d'autres sources d'information, en particulier la diffusion du procès Papon par la chaîne Histoire, dont nous présentons :
Une analyse générale, des commentaires sur les émissions, et une critique du débat télévisé ordonné par le tribunal de grande instance de Paris qui avait autorisé cette diffusion.
4 - Depuis 2008 nous avons accès à la transmission du procès à la demande par l'INA (Institut national de l'audiovisuel)

Dans la partie : Analyse chronologique et politique   Analyse des raisons  Chronologie détaillée   Audience du Président  Lettre au Président  Les anomalies du procès  L'arnaque au génocide   Les Klarsfeld et Maurice Papon

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