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Maurice Papon est sorti de prison !
Cette décision a été conforme à une loi qui constitue une avancée
des Droits de l'Homme, et à la justice naturelle
: condamné à une peine limitée par des jurés qui n'ont pas cru qu'il avait
désiré la mort de quiconque, il eut été injuste qu'il décède en prison
comme un condamné à vie.
Surtout, il ne risque plus de mourir
des conséquences de la vindicte du personnel pénitentiaire ou de sa simple
négligence. Cette vindicte pouvait s'enflammer à tout instant au gré de ces
campagnes médiatiques payées par les parties civiles ( une page entière dans
Le Monde du 3 août 2002) ou à la télévision. Après sa libération, les
émissions de Bernard Tapie et celle de Thierry
Ardisson ont été des appels à la haine. Il faut penser que
le personnel pénitentiaire, parfois de faible niveau culturel,
pouvait prendre ces diffamations pour de véritables informations.
Quand, la
veille de son procès à Bordeaux, M Papon se présenta à la prison de Pessac, il fut
placé par malveillance dans la cellule la plus insalubre de la prison, avec
des excréments collés sur la chaise, et il dut mettre un journal pour
s'asseoir. Rappelons que les campagnes médiatiques avaient déjà convaincu 83%
des Français qu'il était coupable, comme le montre un sondage effectué avant
le procès et toujours accessible sur le site www.ifop.com. Cela n'aurait pas eu
de graves conséquences si, de plus, il n'y avait pas eu un carreau cassé juste
au-dessus de la paillasse. La troisième nuit, il prit froid et fut pris d'un
malaise ; le
médecin de l'établissement diagnostiqua un début de pneumonie, dangereuse compte tenu
de sa faiblesse cardiaque. L'information fut remontée jusqu'au
Directeur régional de l'administration pénitentiaire, et M Papon fut
transféré à l'hôpital. Le lendemain, quand Maître Varaut demanda que son
client comparaisse libre, le Président de la cour savait déjà que le prévenu
risquait de décéder avant la fin de son procès dans les locaux de
l'administration. La mise en liberté a été mal perçue par les médias mais
il était difficile d'expliquer que "l'exploit" du personnel de la prison
avait été la cause de cette décision.
Quand M Papon fut incarcéré à la Santé,
le livre de Mme Véronique Vasseur sur la santé des prisonniers faisait la une
des journaux. Il y eut un colloque sur ce problème à l'UNESCO, présidé par
Robert Badinter. Interpellé par M Lhombreaud, un ancien résistant de Bordeaux
qui défend M Papon, Robert Badinter admit que le maintien en prison d'un homme
de 90 ans n'avait pas de signification. M Papon fut alors bien surveillé par
des gardiens qui étaient courtois avec ses visiteurs.
En 2002, à la suite de nouvelles
campagnes médiatiques et d'un changement de l'équipe qui le gardait, la
situation se détériora. En juin, le jour où M Papon se plaignit d'un mal au ventre,
l'infirmerie fut prévenue tardivement et le
diagnostic fut : les violentes toux de M Papon avaient déclenché une
hémorragie interne. Il fut transféré à Cochin, et le médecin qui le soigna
fut catégorique : M Papon avait perdu 25% de son sang, et une demi-journée
d'attente supplémentaire aurait été fatale. En août, M Papon était remis
mais très affaibli de l'aventure. Elle n'a pas été diffusée aux médias,
mais cela a sans doute été pris en compte par les juges qui ont décidé sa
libération (les débats se sont déroulés à huis clos).
Par deux fois, les jours de M Papon ont
été mis en danger par des campagnes médiatiques qui, compte tenu de sa
présence en prison, se sont révélées être de véritables appels au meurtre
par gardiens de prison interposés. Sa consignation à son domicile a résolu le
problème.
Il faudra attendre que la Justice française
prenne en compte la décision de la Cour européenne des droits de l'Homme, pour
qu'il soit reconnu libre.
Autre sujet : Les autres prisonniers
très âgés.
De nombreuses personnalités pensent que d'autres
prisonniers très âgés devraient bénéficier de la même loi. Au colloque
déjà cité, alors que Robert Badinter disait que le maintien en prison d'un
homme de 90 ans était sans signification, le directeur de l'administration
pénitentiaire a expliqué, qu'en général, de tels prisonniers avaient été
condamnés à de très longues peines, ou condamnés à mort et graciés.
Ils ne recevaient plus de visites depuis de très nombreuses années, et la prison
étaient devenue le seul refuge qu'ils connaissaient.
Un homme dans l'état de M Papon, libéré sans personne pour
l'aider, mourrait sur le trottoir de la prison. Le libérer n'aurait
malheureusement aucune signification si aucune institution n'est là pour le
recueillir : une loi ne suffit pas. Dans 30 ou 40 ans, quelle femme se consacrera a aider
Francis Haulme ou Émile Louis ?
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