Les hommes politiques ne parlent généralement pas des préfets dans leurs
mémoires. Maurice Papon est une exception.
La démission de Félix Gaillard provoqua une crise ministérielle que des
émeutes à Alger rendirent angoissante. Les républicains commencèrent à
craindre l’Armée. Le général Massu cria " vive de Gaulle "
à Alger. Le nouveau gouvernement Pflimlin, craignant un putsch des colonels, fit
le décompte des forces qui pourraient protéger la démocratie, et le
Préfet de police de la Seine apparut comme l’un des derniers remparts de la
République.
Le ministre de l’Intérieur Jules Moch a écrit dans ses mémoires :
"A Paris, le Préfet de police, Papon, en poste depuis deux mois, que
j'ai connu en Corse, est souriant, mais apte à prendre le vent. Il dispose de
40 C.R.S., mettant en ligne 5139 gardiens ; de 33 escadrons de garde
républicaine mobile, de G.R.M., soit 2475 hommes, de 18000 policiers parisiens,
dont 7000 environ utilisables pour le maintien de l'ordre. Au total 14500 hommes
pour une population de 9 millions d'habitants. …… "
Lorsque le général de Gaulle fut appelé par le Président René Coty,
Jules Moch prit le parti du Général et Maurice Papon le suivit. François
Mitterrand, qui était opposé au retour du Général, lui en garda une certaine
rancœur.
Les premières épreuves
En août suivant, le FLN entreprit une attaque en règle de la police
parisienne, et en septembre les Parisiens virent fleurir les guérites blindées
devant tous les commissariats, avec les canons de pistolets mitrailleurs qui
dépassaient. Mais le plus dur se produisit lorsque la fin de la guerre d’Algérie
fut en vue, après le référendum du 8 janvier 1961, qui donnait l’autorisation
au gouvernement de négocier l’indépendance de l’Algérie.
La lutte contre le FLN
Dans leur lutte contre la France, les Algériens avaient mis en veille leurs
divergences mais, l’indépendance en vue, le FLN exigea d’être le seul
interlocuteur pour les négociations. Devant le refus du général de Gaulle, il
entreprit d’exterminer tous ses concurrents. Le général de Gaulle ne
supporta pas que le FLN fit la loi à Paris et Maurice Papon eut la charge de
combattre le FLN. Quand on sait ce qui se passe de nos jours en Algérie, on
comprend mieux la férocité des combats menés par le FLN contre le MNA et
contre la police. Les Français ne le comprirent pas à l’époque car ils
avaient fait leur deuil de l’Algérie et ne s'intéressaient plus aux
Algériens.
Le paroxysme du combat contre la police fut atteint avec une manifestation de
provocation organisée par le FLN, en octobre 1961, qui entraîna un
déchaînement de haine de la part des policiers. La violence de la réaction de
la police fut exploitée par les opposants du général, et déclencha une
cabale contre Maurice Papon. Celle-ci fut soigneusement entretenue et fut
encore exploitée avant et pendant son procès. Nous avons dédié des pages
spécifiques à ces sujets.
La lutte contre L’OAS
Les opposants à l’indépendance de l’Algérie, qui avaient déjà commis
de nombreux crimes en Algérie, créèrent l’Organisation armée secrète, l’OAS,
qui étendit son action à Paris et commit de nombreux attentats et meurtres de
militaires et de fonctionnaires qui soutenaient l’action du général de
Gaulle. L’OAS entrepris même, à plusieurs reprise, d’assassiner le chef de
l’Etat.
Nous ne présentons pas de texte dédié à l’OAS, car faire une synthèse
sortirait de notre sujet. Les livres portant sur ce sujet sont de deux
types : ceux écrits par des anciens de l’OAS, qui ne sont que des
tentatives de justification de leur action, et ceux qui sont présentés comme
des histoires de l’OAS, mais qui, souvent, ne sont que des inventaires de
crimes et d'attentats.
Encore de nos jours, les plus féroces adversaires de Maurice Papon sont des
juifs qui ont souffert de leur expulsion d’Algérie, et qui ne lui ont pas
pardonné sa détermination dans la lutte qu’il mena contre l’OAS.
Le serviteur de l’Etat
Maurice Papon fut le quatrième Préfet de police de la Seine par ordre de
longévité, derrière Lépine sous la 3 ième République, Delessert
sous Louis Philippe et Dubois sous le Consulat et l’Empire. Il fut le seul à
le rester dans des circonstances aussi dramatiques. Il a laissé le souvenir d’un grand serviteur de l’Etat. La
création des nouveaux départements périphériques en 1964 a entraîné la disparition
du poste, et son successeur, Maurice Grimaud, qui fut le dernier Préfet a avoir un
poste équivalent, eut pour tache de réorganiser la police de la Seine pour l'intégrer dans la Police Générale.
Nous présentons cinq documents sur le Préfet
de police
-
La guerre d’Algérie. Il ne s’agit que d’une
présentation chronologique qui a pour objet de permettre aux jeunes lecteurs de
replacer les faits dans leur contexte.
-
La lutte FLN-MNA. Ce document rappelle la fureur
de cette lutte qui atteignit son paroxysme à Paris, alors que l’indépendance
de l’Algérie était déjà acquise.
-
La cabale anti Papon. Ce document rappelle l’ampleur
de la campagne de presse contre Papon à la suite des évènements
douloureux de la fin de la guerre d’Algérie.
-
Les victimes d'octobre 1961. Il s'agit d'une
analyse du bilan des décès consécutifs aux manifestations d'octobre,
présenté par J. P. Brunet.
-
Jean Paul Brunet. Présentation de son livre
"Police contre FLN". Rappelons que J. P. Brunet fut l'un des trois
historiens admis à analyser les archives de la préfecture de police. Il
avait autrefois participé à la cabale anti Papon, et l'étude des archives
a été pour lui une découverte.
Nous présentons d'autres pages qui permettent de mieux comprendre la personnalité de
Maurice Papon, sur la guerre d'Algérie et sur la cabale contre lui :