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Lorganisation des polices à Bordeaux.
Déjà pendant la guerre, les Français étaient
déconcertés par la multiplication des polices, et par le comportement très diversifié
de policiers dune même police ou celui des gendarmes. Des parties civiles
déposèrent souvent que leurs parents furent arrêtés par des policiers français, mais
elles étaient bien incapables de préciser de quels policiers il sagissait, car
leurs parents eux-mêmes en auraient été incapables : ils savaient seulement que
ces policiers parlaient français. Mais ces policiers dits français étaient-ils :
des policiers engagés par la GESTAPO (environ 150 en Gironde), des policiers de la police
des questions juives ou des policiers de la police générale ? Et dans ce dernier
cas, étaient-ils de ceux qui rapportaient à la GESTAPO, comme les procès daprès
guerre lont démontré, ou de ceux qui, prenant le risque dêtre eux-mêmes
arrêtés, puis déportés ou fusillés, nhésitaient pas à prévenir ceux
quils devaient arrêter au petit matin ?
La GESTAPO
Cette police, comme son nom lindique,
était secrète et donc réduite en effectifs, moins de 1500, secrétaires comprises, pour
toute la France, mais était dotée de tous les pouvoir et surtout de moyens financiers
quasi-illimités. Elle travaillait en recrutant des auxiliaires dans tous les milieux,
aussi bien dans la police française que parmi les truands qui pratiquaient la délation
et étaient payés en fonction des prises.
La police anti juive.
Au début de loccupation, pour répondre
aux exigences allemandes formulées par le MBF, le gouvernement de Vichy créa un
Commissariat général aux questions juives, véritable ministère, en charge de
lapplication de la politique antisémite imposée par les Nazis. En concordance avec
ce Secrétariat général, il fut créé une Police des questions juives, rattachée à la
police générale, en charge denquêter sur les origines juives des suspects. Avec
larrivée de Laval au pouvoir, cette police aux questions juives a été
transformée en une Section dEnquête et de Contrôle, la SEC, qui avait la même
fonction et qui fut détachée de la police générale. Elle rapportait directement au
Secrétaire général aux questions juives, Darquier de Pellepoix. Le temps passant, la
SEC devint le repère dantisémites qui collaboraient avec les Nazis dans leur
chasse des juifs.
Beaucoup confondaient la police aux questions
juives, qui devint la SEC, avec le service des questions juives de la Préfecture qui
avait une fonction essentiellement administrative. Pendant la guerre, on conseillait aux
juifs de sadresser à ce dernier service car il était plus favorable aux juifs que
la SEC. La SEC de Bordeaux remonta linformation à Paris pour protester contre
lentrave apportée par le service des questions juives de la Préfecture. La GESTAPO
finit par semparer du fichier juif.
Lattitude de policiers de la police générale
française.
La France vivait une véritable guerre civile. On
pourrait classer les policiers ainsi :
- Ceux qui avaient pris le parti de la Résistance et du général De
Gaulle.
- Ceux qui nosaient pas prendre parti mais qui, à
loccasion, aidaient la Résistance.
- Ceux qui obéissaient à Vichy en pensant quils travaillaient
pour la France car de nombreux Français, dont le nombre diminua avec le temps, pensaient
que le Maréchal faisait ce quil pouvait pour protéger la France et les Français.
Ils collaboraient sans enthousiasme et tournèrent leur veste au début de 1943. Ce fut la
grande masse des attentistes, dont François Mitterrand.
- Et les collaborationnistes qui, par anticommuniste viscéral ou par
fascisme ordinaire, souhaitaient la victoire de lAllemagne et collaboraient
totalement. Ils étaient une menace pour tous les fonctionnaires qui ne partageaient pas
leurs opinions. A Bordeaux, le commissaire Poinsot en faisait partie. La Préfecture le
savait mais ne pouvait rien faire car la GESTAPO limposait. Il fut condamné à mort
après la guerre et exécuté.
On comprend que, lorsque des responsables ou des
exécutants de la police recevaient des ordres parfaitement connus de la GESTAPO qui en
était à lorigine, ils ne pouvaient faire autrement que dobtempérer
officiellement, car la GESTAPO était immédiatement mise au courant de leurs actions. Ils
ne pouvaient quessayer de saboter les opérations " en douce ",
mais cela finissaient souvent par leur arrestation.
Ce fut le cas de Pierre
Saufrignon, jeune
policier en 1942-44, qui a témoigné au Procès. Pour lui, il y avait environ 10 % de
résistants, 10 % qui aidaient la Résistance à loccasion, une grande masse
dindécis qui choisirent tardivement la Résistance, et 10 % de collaborationnistes
convaincus. Près de 100 policiers firent lobjet de poursuites pour gaullisme, mais
les arrestations étaient souvent précédées de mises en garde, et beaucoup
nattendaient pas pour prendre le large. Mais 40 furent déportés comme Pierre
Saufrignon.
La chaîne de commandement.
La chaîne de commandement, que pour le Procès
laccusation supposa être celle quelle est de nos jours, était totalement
différente du fait de la convention dArmistice. Larticle 3 stipulait que la
police française devait répondre aux réquisitions des autorités allemandes
doccupation. Pour mettre en uvre cette article, le gouvernement de Vichy dut
créer un secrétariat général de la police qui était linterlocuteur des
autorités allemandes, dabord du MBF puis, après juin 1942, du HSS-PF,
Oberg.
Les autorités allemandes ne voulaient pas
dintermédiaires dans les régions entre le KDS et les commissaires de police, mais
finirent par accepter lexistence dun Intendant de police par région, sous
réserve quil nait quun rôle purement administratif. Suivant les
régions, le caractère des Kommandeurs des KDS et lépoque, car dans le temps
lattitude des nazis sest durcie, les Kommandeurs ou leurs subordonnés
donnaient leurs ordres au Préfet régional, à lIntendant de police ou directement
aux commissaires ou aux gendarmes, en les assortissant de menaces précises en cas de
désobéissance. A Bordeaux, le Kommandeur Luther donnait ses ordres à lIntendant
de police Duchon qui en informait le Préfet régional dans les cas importants, mais son
successeur Machule sadressait directement aux commissaires de police, ce qui fait
que dans certain cas, la Préfecture na été avertie quaprès le départ de
certains convois de déportation.
© Jacques Villette, Paris 2001
Partie : Le Génocide
Les rafles et les déportations
Récapitulatif Représailles allemandes Otages Voir
aussi : La note de service de Hitler et La
collaboration forcée
Géné : Accueil
Le Procès Bordeaux
Lui même Bibliographie
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