Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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L’organisation des polices à Bordeaux.

    Déjà pendant la guerre, les Français étaient déconcertés par la multiplication des polices, et par le comportement très diversifié de policiers d’une même police ou celui des gendarmes. Des parties civiles déposèrent souvent que leurs parents furent arrêtés par des policiers français, mais elles étaient bien incapables de préciser de quels policiers il s’agissait, car leurs parents eux-mêmes en auraient été incapables : ils savaient seulement que ces policiers parlaient français. Mais ces policiers dits français étaient-ils : des policiers engagés par la GESTAPO (environ 150 en Gironde), des policiers de la police des questions juives ou des policiers de la police générale ? Et dans ce dernier cas, étaient-ils de ceux qui rapportaient à la GESTAPO, comme les procès d’après guerre l’ont démontré, ou de ceux qui, prenant le risque d’être eux-mêmes arrêtés, puis déportés ou fusillés, n’hésitaient pas à prévenir ceux qu’ils devaient arrêter au petit matin ?

La GESTAPO

    Cette police, comme son nom l’indique, était secrète et donc réduite en effectifs, moins de 1500, secrétaires comprises, pour toute la France, mais était dotée de tous les pouvoir et surtout de moyens financiers quasi-illimités. Elle travaillait en recrutant des auxiliaires dans tous les milieux, aussi bien dans la police française que parmi les truands qui pratiquaient la délation et étaient payés en fonction des prises.

La police anti juive.

    Au début de l’occupation, pour répondre aux exigences allemandes formulées par le MBF, le gouvernement de Vichy créa un Commissariat général aux questions juives, véritable ministère, en charge de l’application de la politique antisémite imposée par les Nazis. En concordance avec ce Secrétariat général, il fut créé une Police des questions juives, rattachée à la police générale, en charge d’enquêter sur les origines juives des suspects. Avec l’arrivée de Laval au pouvoir, cette police aux questions juives a été transformée en une Section d’Enquête et de Contrôle, la SEC, qui avait la même fonction et qui fut détachée de la police générale. Elle rapportait directement au Secrétaire général aux questions juives, Darquier de Pellepoix. Le temps passant, la SEC devint le repère d’antisémites qui collaboraient avec les Nazis dans leur chasse des juifs.

    Beaucoup confondaient la police aux questions juives, qui devint la SEC, avec le service des questions juives de la Préfecture qui avait une fonction essentiellement administrative. Pendant la guerre, on conseillait aux juifs de s’adresser à ce dernier service car il était plus favorable aux juifs que la SEC. La SEC de Bordeaux remonta l’information à Paris pour protester contre l’entrave apportée par le service des questions juives de la Préfecture. La GESTAPO finit par s’emparer du fichier juif.

L’attitude de policiers de la police générale française.

    La France vivait une véritable guerre civile. On pourrait classer les policiers ainsi :

  • Ceux qui avaient pris le parti de la Résistance et du général De Gaulle.
  • Ceux qui n’osaient pas prendre parti mais qui, à l’occasion, aidaient la Résistance.
  • Ceux qui obéissaient à Vichy en pensant qu’ils travaillaient pour la France car de nombreux Français, dont le nombre diminua avec le temps, pensaient que le Maréchal faisait ce qu’il pouvait pour protéger la France et les Français. Ils collaboraient sans enthousiasme et tournèrent leur veste au début de 1943. Ce fut la grande masse des attentistes, dont François Mitterrand.
  • Et les collaborationnistes qui, par anticommuniste viscéral ou par fascisme ordinaire, souhaitaient la victoire de l’Allemagne et collaboraient totalement. Ils étaient une menace pour tous les fonctionnaires qui ne partageaient pas leurs opinions. A Bordeaux, le commissaire Poinsot en faisait partie. La Préfecture le savait mais ne pouvait rien faire car la GESTAPO l’imposait. Il fut condamné à mort après la guerre et exécuté.

    On comprend que, lorsque des responsables ou des exécutants de la police recevaient des ordres parfaitement connus de la GESTAPO qui en était à l’origine, ils ne pouvaient faire autrement que d’obtempérer officiellement, car la GESTAPO était immédiatement mise au courant de leurs actions. Ils ne pouvaient qu’essayer de saboter les opérations " en douce ", mais cela finissaient souvent par leur arrestation.

    Ce fut le cas de Pierre Saufrignon, jeune policier en 1942-44, qui a témoigné au Procès. Pour lui, il y avait environ 10 % de résistants, 10 % qui aidaient la Résistance à l’occasion, une grande masse d’indécis qui choisirent tardivement la Résistance, et 10 % de collaborationnistes convaincus. Près de 100 policiers firent l’objet de poursuites pour gaullisme, mais les arrestations étaient souvent précédées de mises en garde, et beaucoup n’attendaient pas pour prendre le large. Mais 40 furent déportés comme Pierre Saufrignon.

La chaîne de commandement.

    La chaîne de commandement, que pour le Procès l’accusation supposa être celle qu’elle est de nos jours, était totalement différente du fait de la convention d’Armistice. L’article 3 stipulait que la police française devait répondre aux réquisitions des autorités allemandes d’occupation. Pour mettre en œuvre cette article, le gouvernement de Vichy dut créer un secrétariat général de la police qui était l’interlocuteur des autorités allemandes, d’abord du MBF puis, après juin 1942, du HSS-PF, Oberg.

    Les autorités allemandes ne voulaient pas d’intermédiaires dans les régions entre le KDS et les commissaires de police, mais finirent par accepter l’existence d’un Intendant de police par région, sous réserve qu’il n’ait qu’un rôle purement administratif. Suivant les régions, le caractère des Kommandeurs des KDS et l’époque, car dans le temps l’attitude des nazis s’est durcie, les Kommandeurs ou leurs subordonnés donnaient leurs ordres au Préfet régional, à l’Intendant de police ou directement aux commissaires ou aux gendarmes, en les assortissant de menaces précises en cas de désobéissance. A Bordeaux, le Kommandeur Luther donnait ses ordres à l’Intendant de police Duchon qui en informait le Préfet régional dans les cas importants, mais son successeur Machule s’adressait directement aux commissaires de police, ce qui fait que dans certain cas, la Préfecture n’a été avertie qu’après le départ de certains convois de déportation.

© Jacques Villette, Paris 2001

Partie :  Le Génocide     Les rafles et les déportations     Récapitulatif     Représailles allemandes    Otages   Voir aussi : La note de service de Hitler et La collaboration forcée

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