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Nous publions de larges extraits d'un texte de Roger-A.
Lhombreaud. C'est un cri du cœur et une synthèse des sentiments que lui a inspirés "l'affaire Papon". Monsieur
Roger-A. Lhombreaud fut des premiers Résistants de l'OCM à Bordeaux. Il est membre du bureau du CAR, Comité d'Action de la Résistance.
L'obsession.
Pour la révision du procès de
Monsieur Maurice Papon,
bouc émissaire
Un règlement de comptes médiatique
Une réflexion nous
obsède : comment a-t-on pu aller si loin dans les accusations et la
condamnation d’un homme, et, surtout, dans les efforts accumulés pour
soulever, par la presse, les médias, ce degré de châtiment hystérique ?
Ceux qui ont suivi le long calvaire de Monsieur Papon, se sont rendu compte que,
tant d’années après les événements évoqués, il n’a été, dans le
fond, que question d’un " règlement de compte ", non pas
tant à l’égard de la personne de Monsieur Papon que la recherche d’une
mise en avant, à tout prix, d’un bouc émissaire pour
" payer " les souffrances abominables des Israélites
pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais le public n’a pas pu prendre la
dimension du contresens ainsi proclamé, pris qu’il a été dans l’accumulation
d’arguments fallacieux, de raisonnements falsifiés, d’émotions
entretenues.
M. Klarsfeld et tous ceux
qui ont réussi à fabriquer cette insoutenable subversion, appuyés par des
forces politiciennes où se sont entremêlées vieilles rancunes et imputations
électoralistes, et épaulés par une opinion dite publique, taraudée par sa
mauvaise conscience et les recettes de l’intoxication émotive, ont construit
cette terrible affaire pour exorciser les haïssables théories du nazisme –
et, peut-être aussi, pour épauler la pérennité de l’Etat d’Israël –.
Les justifications
Depuis le début, Monsieur
Maurice Papon n’a peut-être pas voulu prendre la mesure des réelles
intentions de ses adversaires, et peut-être que, en présence de ces
interminables et chaotiques instructions, ses Conseils ont-ils tenu à rester
fermes sur le plan strictement juridique et ont pris soin de reprendre une à
une les arguties des parties civiles et du Parquet, et n’ont pas, par
précaution, voulu trop stigmatiser les sous-entendus de l’Affaire, les
règlements de compte du passé et ses implications contemporaines ?
Les réexamens ?
La Cour de Cassation va se
prononcer sur la conclusion de la Cour européenne des Droits de l’Homme Je ne vois guère,
pour ma part, la Cour décider d’un nouveau procès : l’âge de
Monsieur Papon, la durée d’une nouvelle instruction et le renouvellement d’audiences
interminables font qu’une lâche facilité va être d’abord recherchée et
non, la Vérité, certainement pas la vérité des gestes accomplis ou non par
Monsieur Papon il y a soixante ans, ni la vérité historique tout court,
résultant des multiples attitudes contradictoires de l’autorité de fait sise
à Vichy et de ses rapports avec l’occupant, hic et tunc .
Des historiens
On peut redouter que les
accusations imaginées contre Monsieur Papon continuent à hanter les mémoires,
malgré les années qui passent : un exemple, entre autres : la
re-diffusion sur la chaîne de télévision Histoire, sur le
câble et par satellites, de débats qui avaient été organisés en 1997-98 en
marge du Procès de Bordeaux, et l’annonce sur cette même chaîne de la
programmation prochaine d’extraits des audiences de Bordeaux ( en
dépit de la règle des cinquante années) ; sous le prétexte d’une
" légitime " information, ces rabâchage représentent une
menace déstabilisatrice …
Je me
permets de contester dans ces émissions ( comme au moment du procès) les
interventions contradictoires des historiens, même s’ils sont renommés,
appelés, non comme " experts " mais comme
" témoins " : on n’y entend que des bribes de
vérités reconstituées de bric et de broc ; les documents ( surtout ceux
de l’Occupation) sont incertains, incomplets ; les témoins de l’époque
ont disparu, ou sont âgés ; les chroniqueurs d’aujourd’hui ne
semblent pas être à même de percevoir le climat d’alors, les situations de
l’époque : bref, à Bordeaux, comme dans les émissions citées, on a
bien trop souvent affaire à de véritables anachronismes, sans compter des
a-priori idéologiques : et, en cette occasion, des historiens portant un
nom à consonance israélite ont été hélas ! à même de parler des
faits de la période ni de ceux reprochés alors à Monsieur Papon, d’une
manière équitable ou objective !
Quoi ? des lois à
effet rétroactif en vue de la " complicité " d’un crime
non encore défini ?
Naturellement en abordant
ces questions il ne faut pas tomber dans des accusations d’antisémitisme :
non seulement nous tomberions nous-mêmes sous le coup de la Loi, et
commettrions l’erreur impardonnable de ne pas stigmatiser les actes atroces
des Nazis.
Mais il faut tenter de
revoir sereinement, par exemple, ce que l’on savait vraiment de " la
Solution finale " à l‘époque précise, en territoires occupés,
même si l’on travaillait dans une Préfecture : cette expression est
citée – y compris par les historiens des émissions mentionnées – comme
étant supposée avoir été connue alors dans ses horribles implications, ce
qui n’est pas, en fait, le cas !
Si l’on admet l’ignorance
des contemporains, des victimes elles-mêmes, et le silence des organisations
qui à Londres, à Alger, se devaient d’avertir les populations sous la botte
nazie, comment ces dernières auraient-elles pu vraiment participer aux horreurs
connues dans les dernières années de la guerre ?
Dans ces conditions,
comment peut-on être reconnu coupable d’une complicité d’un crime contre l’humanité,
crime dont on ne connaissait pas encore l’ampleur, et qui, chose étrange dans
des pays démocratiques, est sanctionnée, avec effet rétroactif, et d’une
manière imprescriptible, à partir de 1964 en France ?
Le Résistant
Enfin, le Tribunal de
Bordeaux n’a guère voulu tenir compte du fait que Monsieur Maurice Papon a
été un authentique Résistant – ce qui impliquait pour lui de très
graves risques. Plusieurs témoins l’ont confirmé à ce sujet, comme on avait
pu en retenir de ceux qui étaient encore en vie lors des auditions du Jury d’honneur
du CAR de 1981*.
J’ai
moi-même rapporté que mon Père, travaillant au sein du Réseau Marco Kléber,
et des NAP , travaillait avec M. Papon et je citais fin 1942 comme début de
cette coopération. Moi-même, ainsi que les Camarades qui ont témoigné dans
ce sens, avons l’impression d’avoir été traités d’imposteurs sous
serment !
Combat pour la Vérité et
la Réhabilitation
C’est un Procès en révision
qu’il importe de réclamer, comme en 1906, lorsque les jugements qui avaient
condamné Alfred Dreyfus furent cassés. Mais il faut que Monsieur Papon soit
encore parmi nous pour que cette rectification ait toute sa valeur.
Divers ouvrages depuis la Plaidoirie de
Jean-Marc Varaut ont été publiés : La Vérité n’intéressait
personne Entretiens de Maurice Papon avec Michel Bergès, L’Affaire
Papon ; la contre-enquête de M. Hubert de Beaufort (contenant le beau
texte de notre regretté Léon Boutbien, et celui de Jean-François
Steiner) ; d’autres sont, ou vont être disponibles ; un très utile
site Internet, a été réalisé, grâce aux efforts de M. Jacques Villette…
Il y a dix
ans qu’une association Résistance-Vérité-Souvenir a été
fondée, justement pour contribuer à servir la cause de Monsieur Papon. Il
conviendrait de lui redonner vie, et de réunir dans cette structure tous ceux
qui ne supportent pas les égarements de la justice, dans ce cas, comme dans des
événements similaires, dans lesquels on aurait fabriqué
des " procès chasse-aux-sorcières ". Il a été
suggéré que diverses personnalités puissent accepter, avec l’accord de
M.Morin, de reprendre le flambeau, associées à une équipe aussi diversifiée
que possible et désireuse de participer à un ré-examen objectif de l’Affaire,
de contribuer à faire réviser l’indigne procès : communiqués de
presse, articles, élargissement du site Internet, débats avec les parties
civiles et autres victimes des crimes raciaux nazis ; reprise des arguments
juridiques et judiciaires ; remise en question des différents travaux
historiques portant sur la période concernée, etc. ; autant de tâches que
l’Association pourrait encourager et faire entreprendre. Le lobbying ne
doit pas être l’apanage des plaignants !
Il s’agit d’aller
au-delà même de la personne de Monsieur Maurice Papon et de participer à une
plus saine analyse des situations historiques, des dérives judiciaires, et du
jeu malsain de forces politiques qui interviennent dans des domaines qui ne sont pas
de leur ressort.
Voilà certes l’expression
de faits et d’arguments qui ne sont pas inédits certes, mais qui méritent,
à mon sens, d’être repris et, peut-être, remis en perspective et utilisés
en vue d’une action collective et coordonnée ? Je reste persuadé qu’en
unissant nos forces et nos bonnes volontés il sera possible d’atteindre les
objectifs désirés.
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