Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
Accueil    L'affaire   Qui est-il  Le Jury d'honneur Les raisons  Bordeaux   Le procès  Documents  Bibliographie  


Le "testament "de Gaston Cusin

Ce "testament" de Gaston Cusin est une lettre manuscrite de deux pages, d'une écriture très fine et parfois difficile à lire. Les parties soulignées le furent par Gaston Cusin.

Elle a été présentée par la défense devant la chambre d'accusation de la cour d'Appel de Bordeaux qui devait décider du renvoi de Maurice Papon devant la Cour d'Assise.

         St-Gingolphe, le 8 novembre 1987

                       Mon cher Maurice,

             Dans ma retraite savoyarde, où je respire "l'air pur de nos montagnes", loin de l'agitation parisienne, la T.V. vient me rappeler, à chaque émission, l'atmosphère préélectorale qui présidait, il y a maintenant six ans, lorsqu'a éclaté, dans le Canard enchaîné, pour proliférer très vite dans la Presse, une campagne systématique au sujet de votre carrière préfectorale pendant la dernière guerre.

            Bientôt, une opinion hostile, d'inspiration tendancieuse, sans vérifier les informations hasardeuses d'irresponsables ni les allégations de témoins contestables vite rétractées, s'est alors traduite par le dépôt concerté de plaintes visant les "crimes contre l'humanité", leurs auteurs et leurs complices. Tandis que pour respecter le secret de l'instruction ouverte, un amalgame historique original dépassait largement la période incriminée de votre carrière et, se poursuivait, en l'absence de débat contradictoire rigoureux entre des chercheurs confirmés.

            C'est, dans cette situation que vous avez demandé à être inculpé, pour avoir accès au dossier !

            J'ai témoigné qu'à l'époque de la Libération, dès que fut reconnu votre appartenance au réseau Kléber, attestée par les personnes qualifiées, le doute qui suscitait des réserves, un instant, sur votre qualité de "résistant" clandestin, s'est aussitôt dissipé. Ainsi, avec votre participation active à la reprise insurrectionnelle du pouvoir, votre vacation à la tête de l'administration préfectorale de la Région, où vous avez secondé, après moi, Soustelle et Bourgès Maunoury est-elle devenue incontestable.

            Mais, il reste longtemps quelque chose de la calomnie, et il a fallu, 40 ans après, que se rétracte par écrit, l'imprudent colporteur d'insinuations qui mettait en cause, à cette occasion, ma responsabilité, dans l'ignorance… ou la complicité suggérées – avec vos propres "carences supposées" – . On n'aurait pas pu penser que votre nomination de Préfet à titre définitif, sur la proposition du Ministère de l'Intérieur en vous confirmant au grade et dans les fonctions auxquels je vous avais appelé pouvait encore être contestée à la fin de vote carrière.
            Et maintenant, bien plus surprenant encore, est apparue à vos amis de toutes tendances politiques, votre implication criminelle dans les déportations d'Israélites de 1942 !

            Primo  Parce qu'aucune victimes survivantes, à leur retour, ni les familles des morts, témoins de leur arrestation, n'ont proféré de telles accusations, ni évoqué d'initiatives coupables à votre charge, que nous aurions pû recueillir au lendemain de la Libération et poursuivre -

            Secundo   Parce que, dans l'état actuel des études historiques poursuivies depuis lors en France, sans coordination rationnelle, les informations des médias n'ont pas encore l'objectivité souhaitable pour recueillir un crédit unanime -

            Tertio   Parce qu'au terme de l'instruction judiciaire, dont la Cour de Cassation vient d'annuler la procédure, ni l'analyse des archives de la Police allemande par des experts du tribunal où les informations spontanées ou suscitées, recueillies par le juge, n'ont, à notre connaissance  du dossier, établi contradictoirement des faits nouveaux, si ce n'est pour vous disculper d'une responsabilité administrative, au poste que vous occupiez - .

 

            Considérant mon grand âge, et les lenteurs de la justice, je croix nécessaire de dire, aujourd'hui, dans l'état de mon information, avant l'ouverture d'une nouvelle instruction, mon intime conviction de votre innocence et l'assurance que j'ai gardée de la partager avec tous vos amis.

            Mais, je n'ai pas l'autorité d'un parlementaire pour interpeller le Garde des Sceaux à votre sujet, ni l'expérience ministérielle de Bourgès-Maunoury ou de Soustelle pour apprécier l'opportunité d'une telle démarche.

            Enfin, il faut toujours craindre que de jeunes jurés, qui n'ont jamais vécu les conditions de la résistance à l'occupant, ne puissent jamais imaginer la limitation dramatique des initiatives personnelles que devaient prendre les militaires et les fonctionnaires d'autorité pour assurer le double jeu quotidien, l'efficacité d'une action continue, au vue de la situation.

            Le Général de Gaulle, et ses délégués en France, dans cette perspective, soucieux de reconstruire l'Etat, et de préserver des sabotages l'Economie, leur avait prescrit de rester à leur poste.

            Vos amis parisiens jugeront avec vous l'opportunité "d'ouvrir ce testament" et d'en choisir les lecteurs.

            Pour ma part, ainsi, "je persiste et signe"

                                                           Signature  de G. Cusin