Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Extraits de la lettre à Marylise Lebranchu, garde des Sceaux

24 février 2001

Madame le Ministre,

    La Croix du 21 février 2001 publie le texte d’un entretien que ce journal a eu avec vous. Le titre de cet article s’inspire d’une formule utilisée par la commission de l’Assemblée nationale : " Il n’est pas digne de mourir en prison. "
    Vous avez bien voulu consacrer quelques mots à mon sort personnel. Je retiens vos allusions au " regret " ou au "remords" que je me serais abstenu d’exprimer.
    Cette appréciation dépasse le cadre juridique dans lequel se situe le problème de la détention des vieillards.

    Je voudrais cependant, sur ce point, vous donner une information majeure : permettez-moi de vous adresser un extrait de mon ultime déposition devant la cour d’assisses de Bordeaux, le 1 er avril 1998. Vous constaterez que la compassion humaine ne n’est pas étrangère, contrairement aux calomnies complaisamment répandues à ce sujet.

    Sans doute observerez-vous qu’il ne s’agit ni de regrets ni de remords. Comment pourrais-je exprimer regrets et remords pour un crime que je n’ai pas commis et pour lequel je ne suis en rien complice ?

    En vérité, certains esprits insistent avec quelque impudence à ce sujet en vue d’obtenir en quelque sorte un " aveu " qui validerait un arrêt dépourvu de toute autorité de la chose jugée, après un procès préfabriqué, en toute absence de toute preuve et de toute imputation personnelle, émaillé d’irrégularités et d’illégalités déjà dénoncées. (…) Je pense que sous le bénéfice de ces précisions, le cours de la justice, si je puis dire, pourra se poursuivre dans l’objectivité et la dignité.

    C’est donc en toute confiance, Madame, qu’avant de mourir en prison, je vous prie de bien vouloir accepter, avec mes plus respectueux hommages, l’expression de mes sentiments de haute considération.

Maurice Papon

Nous présentons un extrait de la déclaration finale de Maurice Papon, recopiée des notes sténographiques du procès, sans avoir la certitude que c'est   bien l'extrait qu'il a transmis à Me le garde des Sceaux :

    "Me voici donc devant vous, Monsieur le président, Madame et Monsieur le conseiller, Monsieur le premier juré, Mesdames et Messieurs les jurés, me voici donc pour la dernière fois devant vous, après six mois de procès,  quinze années de procédure portant sur des évènements vieux de cinquante-six années, en l'absence de la plupart des témoins contemporains de ce temps qui figuraient parmi les premiers résistants de France, dans un procès baptisé historique par des responsables qui n'ont point vécu les malheurs de la Patrie. Le constat majeur c'est la compassion que porte dans le cœur tout être humain à l'égard des victimes du génocide. Quel homme en vérité pourrait résister sans larmes à la pitié qu'inspire et la commisération que dicte le meurtre prémédité et massif d'une population innocente éveillée tardivement à son malheur historique ? Les victimes et leur mémoire ne sauraient être compromises par les extravagances de ces poursuites bien tardives et par conséquent faussées. Restera, en tout état de cause, la pitié que nous devons porter à la communauté juive, loin d'ailleurs d'être unanime sur ce procès."

Partie : Lettre au journal Sud Ouest    Maurice Papon et la justice

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