Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Analyse de la sentence du Jury d'Honneur

    1° )  Méthode de travail du jury d'honneur

    Le jury d'honneur a entendu les témoins cités par l'accusation et par Monsieur Papon hors la présence de celui-ci et de Maître Sarda, mais le président rapportait à Monsieur Papon le contenu des déclarations des témoins. Monsieur Papon a été entendu a deux reprises.  

    L'étude des deux auditions de Monsieur Papon montrent que Daniel Mayer et Jean Pierre-Bloch étaient restés très prévenus contre Monsieur Papon et faisaient également office d'accusateurs. 

   La première audition eut lieu le 28 juillet 1981, et porta exclusivement sur les documents remis par le Canard enchaîné, les documents présentés par Serge Klarsfeld comme étant à charge contre Monsieur Papon n'ayant été transmis que la veille de cette audition. Le deuxième audition eut lieu le vendredi 2 octobre 1981, et permit à Monsieur Papon de reprendre certaines explications  de la première audition, de donner ses explications sur les documents transmis par Serge Klarsfeld et de présenter sa défense. Maître Sarda présenta une défense de monsieur Papon au cours des deux auditions.

   La transmission au jury d'honneur par Roland Dumas, alors avocat "Canard enchaîné", de la liasse des documents détenus par le "Canard" a grandement aidé Monsieur Papon a se défendre, car il n'avait gardé personnellement aucun document de l'époque. Monsieur Papon fut également aidé par Monsieur Dubarry, son secrétaire à Bordeaux, qui avait gardé des copies de documents car il avait témoigné au procès de Lucien Dehan en 1947.

    2° )  Evolution des membres du jury

   Les membres de jury d'honneur ont fourni quelques informations sur leurs sentiments et sur ceux des autres membres du jury. Les témoins entendus, par les questions posées, ont pu comprendre ces sentiments.

   Au début, tous les membres du jury, sous l'influence des médias et de la cabale contre Monsieur Papon, étaient plus ou moins convaincus que Monsieur Papon avait effectivement aidé les Allemands. Après les premières auditions de témoins, Marie Madeleine Fourcade fut la première à soutenir Monsieur Papon. Son expérience particulièrement étendue de l'époque l'aida sans doute  à saisir le problème de la position d'un fonctionnaire français après que les députés aient donné tous les pouvoirs à un gouvernement collaborationniste.

   Ensuite ce fut le R. P. Riquet qui, après l'audition de Monsieur Jean Morin, passa dans le camp de Monsieur Papon.

   Charles Verny ne passa dans le camp de Monsieur Papon que tardivement, mais aux auditions de Monsieur Papon, il n'était pas agressif. Il semble qu'il était alors en cour de mutation.

   Jean Pierre-Bloc et Daniel Mayer restèrent partisans de condamner Monsieur Papon sur le plan moral. En particulier, ils lui reprochaient d'avoir distingué les juifs français des juifs étrangers, alors que Monsieur Papon a toujours soutenu que c'était pour pouvoir sauver des personnes qu'il avait utilisé cette sélection, et que cela ne l'avait pas empêché de sauver des juifs étrangers lorsque cela lui avait été possible, le plus souvent en les faisant prévenir du danger. C'est pour pouvoir écrire que la sentence avait été votée à l'unanimité que la sentence fut modifiée et que les derniers paragraphes furent ajoutés, sachant que, dans les attendus, il est bien précisé que tous les membres du jury étaient convaincus que les poursuites judiciaires n'avaient pas lieu d'être. Il est précisé que seul Serge Klarsfeld était d'avis de faire des poursuites judiciaires.

   3° )  Analyse de la sentence finale.

    On saisit bien le clivage entre les trois Résistants que l'on pourrait qualifier de "combattants", et qui connurent l'Occupation - et pour deux d'entre eux la déportation - et les deux Résistants "politiques" qui sont partis rapidement à Londres et qui l'ont peu connue. De plus, Daniel Mayer et Jean Pierre-Bloch étaient juifs, et avant tout des politiques, c'est à dire attachés plus à des principes qu'au destin des individus.
   De plus, ils étaient restés sur l'idée fausse qu'un Secrétaire général de Préfecture aurait pu s'opposer aux déportations en faisant usage d'une autorité qu'en fait il n'avait pas.

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