Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Monsieur Papon résume sa conclusion

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Le Président (Daniel Mayer): Nous ne sommes pas dans un tribunal, Monsieur le Préfet, nous sommes un jury d'honneur.

Monsieur Papon : Je sais….. Je sais…..Alors je vais résumer pour ma conclusion. Alors quatre observations, quatre observations aussi courtes que possibles !

        La première observation, c’est que les documents produits ont été, à mon sens, réfutés, ne fût-ce que par la voix Monsieur Bousquet, et même si de ma part il y aurait eu lieu parfois de mettre en doute certains de ces documents, sur l’authenticité desquelles d’ailleurs j'ai déjà eu l'occasion de faire des réserves. Ce n'est pas le cas aujourd'hui.

        La deuxième observation, et c’est difficile à exprimer devant des grands résistants que vous fûtes, moi je suis vraiment très humble et très modeste, mais j’ai couru, si vous voulez, un double risque pendant la lutte contre l'occupant, d'abord comme fonctionnaire, en sabotant au maximum les actions des Allemands ou celles de Vichy, en aidant activement les mouvements de résistance et, avec d’autant de plus de précautions, et en donnant d’autant plus le change, que l'équipe Sabatier, comme je vous l'expliquais tout à l'heure, succédait à une équipe Pierre-Alype, qui était pour tous les collaborationnistes effectivement un regret de ce changement. Risques comme fonctionnaire, mais risques également comme membre actif d’un réseau de résistance, qui était conduit à Bordeaux, vous le savez, par le Père Dieuzayde, et comme correspondant, actif également, du docteur Poinot, dont je rappelle qu'il était le chef du renseignement en région B, depuis novembre 43 jusqu’à la Libération. Les témoignages que j’ai produits sont, à mon sens, irréfutables, les témoins irrécusables, et je n'insiste pas davantage donc sur l'aspect de l'action que j'ai pu fournir à un niveau beaucoup plus humble que le vôtre.

        Alors en revanche, Monsieur le président, je suis effectivement obligé de révoquer le témoignage de Monsieur Klarsfeld, à mon grand regret, parce que je ne puis avoir que du respect pour les jeunes gens et les jeunes filles qui ont été orphelins à la suite de cette persécution, mais je suis obligé de récuser, d'abord son témoignage, parce que, comme je l’ai dit tout à l’heure, il n'a été ni acteur ni témoin. Je récuse également les interprétations auxquelles il procède en fonction d’une véritable théorie qui consiste à responsabiliser la France dans la persécution dont les juifs ont été l’objet dans tous les territoires occupés par les Allemands, et je récuse enfin l’objectif politique qu'il poursuit autant qu'on peut le dégager du contexte dans lequel il se meut, car, au-delà de l'idéologie politique qui l'inspire, qui est effectivement son affaire, son action tend, par ses conséquences, à menacer l'unité de la France, sans qu’il paraisse pour autant se préoccuper avec la même ardeur du sort des juifs en Russie par exemple. Alors, faut-il voir une relation entre ces deux faits ? Ce n’est pas naturellement à moi de le dire. Quels objectifs sont poursuivis ? Il y aurait sûrement d’ailleurs des réponses utiles à rechercher à cet égard. (piste 5)

        Quatrième observation, en ce qui concerne plus particulièrement les persécutions dont les juifs ont fait l’objet, le dossier prouve trois faits. Le premier fait, sur le plan de la compétence, je n’ai engagé – et je n’avais pas à engager – quelque initiative que ce soit, quelque participation active que ce soit, quelque responsabilité dans la déportation des juifs. Et cette seule pensée, d’ailleurs, est monstrueuse, pour ne pas dire autre chose, et on s’exprime toujours mal quand on a un cœur indigné. J’observe d’ailleurs, que sur le plan de l’action, je me suis employé, je le pense, à prévenir au maximum des opérations, à sauver le maximum de personnes, chaque fois, d'ailleurs, en coopération avec le rabbin Joseph Cohen, jusqu'au moment où il a été.., où il a obéi aux exhortations, si j'ose dire, dont il a fait l'objet, parce qu’il a tenu avec courage jusqu'à l’extrême bord du drame. Je l'ai dit tout à l'heure, et je ne peux pas le répéter, d'ailleurs non sans émotion, en pensant à lui. Le fait d’avoir sauvé des juifs et des non juifs, au lieu de les abandonner à leur triste sort, ne peut être à mon avis humainement opposable. C'est pas possible. C'est trop facile aujourd’hui, de faire le fier à bras, de prétendre donner des leçons de comportement. Je pense que déserter ce champ de bataille, sans oublier le contexte dans lequel nous nous battions, (piste 6) n'aurait sans doute pas permis à beaucoup de ceux que monsieur Klarsfeld réunit, peut-être même de vivre encore aujourd'hui. Et, en tout cas, cette action est en accord profond et intime avec la foi chrétienne. Et, sans doute, et ce sera le dernier mot, et comme beaucoup d'autres de mes collègues, c’est vrai que je me suis parfois interrogé sur les limites de ce devoir et, pas plus que les autres, je n'ai échappé aux problèmes de conscience. Et je me souviendrais longtemps, c'était, toutes les rafles étaient cruelles, mais celle du 23 décembre, à l’avant veille de Noël, a été particulièrement atroce. Je peux rappeler que ce qu’on appelle le réveillon de Noël avec beaucoup de dérision, en l'espèce, s’est passé chez moi en chagrin et en prière avec ma femme et ma fille. Alors la prise de conscience, bien sûr elle était quasi-permanente, il fallait savoir ce qu'on voulait. Car permanente aussi était la volonté de servir et, certains soirs de faiblesse, alors qu’on se confiait à l’un et à l’autre, on ne cessait de répéter : de tenir, j'ai reçu l'ordre, puisque j'étais sous ses ordres, de Gustave Souillac1, à cet égard, compte tenu des services que je rendais à la Résistance. J'ai reçu également le conseil du docteur Poinot, je dis le conseil, parce que je n’étais pas du tout situé xx,  je n'étais qu'un de ses correspondants, et l’un et l’autre m'ont demandé de tenir, ce qui d’ailleurs, au terme de cette dramatique époque, a permis le bon accomplissement de la mission qui avait été impartie à Monsieur Cusin, que j'ai connu, comme vous le savez, dans la clandestinité. Alors, comme je vous l’ai écrit, et quels que soient les déchirements de l'âme qui peuvent dicter des mots imparfaits, on l’a vu tout à l’heure, tout bien considéré, je crois que je referais ce que j’ai fait pendant la guerre. Quelle que soit l'injustice dont je suis présentement victime. Je crois qu'affronter l'injustice fait partie aussi des déboires terrestres, à laquelle d'ailleurs, je ne répondrai jamais ni par la haine, ni par quelque sentiment de ce genre. Alors, Monsieur Le Président, Madame, Mon Père2, Messieurs, je regretterais, au conditionnel, je regretterais de ne pas avoir pas poursuivi le Canard et d'autres journaux qui m'ont diffamé, et cela pour une raison que j'ai eu l’honneur de vous exposer, Monsieur Le Président, car après votre délibération, ce n’est plus la peine. C’est, par conséquent, dramatique. Et bien j’aurais regretté de n' avoir pas fait cela si je n’avais placé précisément toute ma confiance dans l’appréciation des membres du Comité d'Action de la Résistance, dont, ne peuvent être discutés, ni les titres qu'ils ont acquis dans la Résistance française, ni la haute probité intellectuelle et morale, qui leur sont unanimement reconnues. Monsieur Le Président, je vous remercie.

Le Président : Je vous remercie, Monsieur le Préfet.

Notes : Ce texte est extrait de la transcription du CD 2-3, fichiers 3 à 6.

        1 - Gustave Souillac était chef du réseau Marco-Kléber à Bordeaux, où était aussi Jean Philippe Lhombreaud, père de Roger-A Lombreaud qui a témoigné au procès et qui défend toujours Monsieur Papon..
        2 - Le R.P. Riquet.

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