Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Composition du Jury d'Honneur

    Le jury d'honneur était formé d'un Président, Daniel Mayer, et de 4 membres : Jean Pierre-Bloch, le Révérend Père Michel Riquet, sj., Marie Madeleine Fourcade et Charles Verny qui faisait aussi office de secrétaire et de rapporteur. Serge Klarsfeld s'était investi du rôle d'accusateur, et Maître François Sarda assistait Maurice Papon.

   Daniel Mayer (1909-1996)
   Ses mémoires : Les Socialistes dans la Résistance (Paris, PUF, 1968); Il a publié de nombreux livres pour la promotion du socialisme.
   Sur lui, par Claude Juin : Daniel Mayer, l'homme qui aurait pu tout changer.

    Il décida de militer dans le Parti Socialiste, et de s'inscrire à la Ligue des Droits de l'Homme à l'âge de 18 ans (1927) quand il apprit l'exécution de Sacco et Vanzetti qui avaient été condamnés à mort en 1920. Elu député en 1936, il fut un fervent soutien de Léon Blum. Il fut un anti-munichois convaincu et, plus tard, refusa de voter les pleins pouvoirs au Maréchal. Il entreprit immédiatement après la défaite de reconstituer un Parti socialiste clandestin en zone libre. Il se rendit 16 fois à Riom pour recevoir des consignes de Léon Blum et le vit personnellement 7 fois, dont le 28 février 1943. Il demanda à Jean Moulin d'assurer la liaison avec le général de Gaulle, et la Résistance lui accorda un passage par avion en Angleterre le 13 avril 1943. Il accepta de représenter le Parti socialiste clandestin au Conseil National de la Résistance, mais il garda toujours une vindicte contre le général de Gaulle qu'il accusait d'avoir annexé la Résistance. Il n'a pratiquement pas connu l'Occupation, et sa résistance fut de nature politique et orientée contre Vichy. D'autre part, il n'avait pas lu l'étude de Billig sur le CGQJ.

    Le 14 octobre 1944, il déclara :
    "...C'est librement aussi que les Français écoute les Français. Cette reconquête de la Liberté, nous la devons, certes, à nos grands alliés ; mais d'abord à nous même."
(NDR : Chacun son avis !)

    Il fut remplacé par Guy Mollet en 1946 au poste de Secrétaire général de la SFIO.    

    Sous la 4ième République, il participa à 7 gouvernements : Léon Blum, 2 Ramadier, 2 Robert Schumann, Jules Moch et Max Lejeune. Il rompit avec Guy Mollet pour cause de politique algérienne. Il démissionna de son mandat de député pour protester contre le retour du général de Gaulle au pouvoir. 

    Il fut élu Président de la ligue des Droits de l'Homme le 9 mars 1958 et le resta 17 ans. 

    Après le jury d'honneur, il fut nommé Président de Conseil constitutionnel le 4 mars 1983 ; il démissionna le 18 février 1986, mais resta membre du Conseil jusqu'au 25 février 1995.

    Il a laissé le souvenir d'un homme intègre et particulièrement exigeant.

    Il était très prévenu contre Maurice Papon, Préfet emblématique du général de Gaulle, et à cause de la "cabale anti-Papon" qui s'était développée à la fin de la guerre d'Algérie. 

   Jean Pierre-Bloch (1905-1999)
   Ses mémoires : Jusqu'au dernier jour (Albin Michel 1983)

    Né  Bloch d'un père descendant d'un juif alsacien qui choisit la France en 1871, et d'une mère native de Sétif, il perdit son père à trois mois et sa mère l'éleva seule. Il  souffrit certainement de l'antisémitisme primaire pendant son service militaire en Tunisie. Il milita très jeune dans le parti socialiste se fit appeler Pierre-Bloch pour ne pas être confondu avec un autre Bloch de droite. Il devint membre de la  CAP, commission administrative du parti, avec Jean Ziromsky (voir la note signée Papon). Député de l'Aisne en 1936, il fut antimunichois comme Zyromsky et comme Maurice Papon qui milita avec lui à la LAURS (Ligue d'Action Universitaire et Socialiste). Il demanda à être incorporé dans une unité de combat (la 3ième DIC) et fut fait prisonnier. Il fut détenu au camp d'Essey-lès-Nancy  d'où il s'évada le 17 octobre 1940, et rejoignit la ZNO. Il se rendit à Vichy en janvier 41 et alla voir Léon Blum dans sa prison près de Riom, le 22 février 1941. Reçu par Xavier Valat, il lui demanda une faveur pour R.-R. Lambert. En Mars 41, il prit contact avec la Résistance mais fut arrêté à sa première mission en ZNO, et fut retenu à la prison de Périgueux, puis au camp de Mauzac. Il s'évada et passa en Espagne où il resta de longs mois à la prison de Miranda. Il se fit passer pour anglais et fut délivré sur la requête du consulat anglais. Il arriva à Londres début 43 où il pris la suite de Wybot à la direction de contre espionnage, et passa à Alger où il fut commissaire adjoint à l'Intérieur.

    JPB succéda à Bernard Lecache à la présidence de la LICA que ce dernier avait créé. La grande affaire de sa vie fut, certainement la lutte contre l'antisémitisme.  En 1963 il prit ses distances avec le parti socialiste. Il rencontra Beate Klarsfeld, en 1967.

    Le ton de ses interventions pendant les auditions de Maurice Papon montre qu'il avait une prévention contre lui. Ses réflexions prouvent qu'il avait une notion fausse de ce qu'avait été l'Occupation qu'il n'avait pas connue. Il fut le seul membre du jury d'honneur à pouvoir témoigner au procès de Maurice Papon, mais il était très diminué. Il se contenta de dire que Monsieur Papon n'avait pas été Résistant parce qu'il n'avait jamais été connu à Londres, alors que la sentence du Jury d'Honneur expose clairement la position inverse.

   R. P.  Michel Riquet (1898- 1993)

    Membre de la Société de Jésus, il était l'aîné du jury. Il a écrit pour témoigner de sa foi religieuse, et non de son passé de Résistant ou de déporté. Il a préfacé  un livre écrit par un prêtre, René Fraysse, qui était allé comme volontaire en Allemagne pour aider les victimes du STO, et qui fut détenu avec lui à Dachau.
    Une première fois arrêté par les Allemand puis relâché, il fut contacté par Dohse, chef de la Gestapo de Bordeaux, qui désirait un contact avec la Résistance, mais refusa de poursuivre ce contact car Dohse était incapable de préciser le sort des juifs transférés de Drancy vers l'Est. Une deuxième fois arrêté, il fut interné à Mauthausen puis à Dachau. 
    Il se rendit célèbre après le Guerre par ses homélies de Carêmes données à Notre Dame.

   Marie Madeleine Fourcade (1909-1989)

    Ses Mémoires : L'arche de Noé ( les membres de son réseau de Résistance portaient des noms d'animaux comme pseudos), Fayard 1968.

    "Femme d'une intelligence exceptionnelle, organisatrice de premier ordre" elle entreprit immédiatement après la Défaite de 1940 , de seconder le commandant Loustaunau-Lacau, avec qui elle travaillait avant la guerre et qui était directeur d'un groupe de presse, dans la création d'un réseau de Résistance. Le Commandant, "Navarre " était son nom de plume, était un spécialiste des questions de renseignement, qui était très critique de la politique militaire avant la guerre. Navarre et le beau frère de M. M. Fourcade avaient été camarades de promotion du général de Gaulle à l'Ecole de Guerre, et elle connaissait le Général. Elle fut donc chef d'état major du réseau Alliance, et quand Navarre fut arrêté (il avait entrepris de convertir des officiers de l'armée d'Algérie et avait été dénoncé), elle fut le chef du réseau Alliance. Ce réseau opéra d'abord en zone non occupée, mais rapidement étendit son action sur toute la France, en prenant une très grande envergure du fait des relations de Navarre et de M.M. Fourcade. 

    Après la guerre, elle fit le tour des prisons allemandes pour connaître le sort des agents du réseau arrêtés par les Allemands et découvrit qu'ils avaient tous péri sous la torture ou d'une balle dans le nuque. Près de 440 membres du réseau Alliance sont morts pour la France.

    Son expérience du régime de Vichy lui a permis de saisir l'ambiguïté de l'époque, peut-être mieux que les autres membres du Jury. Elle fut arrêtée deux fois par le police de Vichy. La première fois, elle fut relâchée par le Commandant Rollin que connaissait son beau frère, sous condition que son action soit plus discrète et ne gène pas Vichy. Le commandant Rollin lui fournit alors une fausse carte d'identité. Elle fut arrêtée une deuxième fois le 8 novembre 1942, le lendemain de l'exfiltration, par sous marin, du Général Giraud. Les policiers qui l'ont arrêtée étaient encadrés par un policier allemand. Dès que ce dernier sortit de la pièce où elle était, elle entreprit de faire disparaître des papiers très importants en les mangeant. Le policier français qui la gardait accepta de partager la collation. Ensuite, elle expliqua aux policiers français que les Allemands allaient envahir le Sud, et que s'il la gardait prisonnière, elle tomberait dans leur mains. Elle réussit à les convaincre de l'aider à fuir, et cinq policiers la suivirent dans la Résistance.

    Pour elle, l'année 1943 fut l'"Année terrible". En fait, de nombreux membres du réseau Alliance de la zone Sud n'avaient pas compris que l'Abwehr et la Gestapo allaient être beaucoup plus dangereuses que la police française qui était restée partagée. Les plus dangereux étaient les Français qui avaient pris le parti de trahir.

   Après le jury d'Honneur, surprise par l'acharnement de Serge Klarsfeld qui voulait un procès, Marie-Madeleine Fourcade commanda une enquête sur les contacts de Serge Klarsfeld aux USA. Se voyant très affaiblie, elle transmit son dossier à Maurice Papon pour l'aider à se défendre : le rapport Golstein et les enregistrements des auditions. Ce qu'a écrit Michèle Cointet sur la fin de vie de M.-M. Fourcade, et sur sa relation avec l'affaire Papon, est faux.

   Charles Verny

   Il fut Lieutenant-colonel dans les F.F.I. et fut déporté. 

   François Sarda ( 1929 ..)
   
Il a écrit : le Droit de vivre et de Mourir.

    Avocat qui fit parti de la Résistance. Il travailla beaucoup en Algérie après la guerre.  Il ne connaissait pas personnellement Maurice Papon lorsque celui-ci lui demanda d'assurer sa défense devant le jury d'Honneur.

Présentation   - La sentence   - Analyse de la sentence   - Particularités des transcriptions   - Maurice Papon répond au Canard    - Maurice Papon répond à deux questions fondamentales   - Conclusion de Maurice Papon