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Chaîne histoire : Le procès Papon.
Nous présentons quelques
commentaires des diffusions d'extraits du procès par la chaîne Histoire.
Toutes les diffusions ne sont pas commentées, et le document sera complété
ultérieurement.
1/40
Début du procès. Libération de M. Papon, lecture de l'acte
d'accusation.
2/40 Interrogatoire de curriculum vitae, déposition
de Jean Luc Einaudi.
3/50 Octobre
1961 : Robert Chaix, Maurice Papon expose les faits ;
Pierre Mesmer ; Maurice Druon.
4/50 Robert
O. Paxton ; Jean Pierre Azéma.
5/40 L'avocat général Marc Robert
6/40
Marc-Olivier Baruch, Michel Zaoui.
8/40 Le procureur général Henri Desclaux
9/40 Léon Librach
10/40 La
rafle du 16 juillet et le convoi du 18 juillet 42 (1)
11/40 La rafle du 16 juillet et le convoi (2) ;
témoignages
13/40 Pierre
et Nicole Grunberg, Esther Fogiel
14/40et 15/40 Le convoi du 26/08/42 Interrogatoires par le Président
et par le procureur général
17/40 Marguerite Bonnecaze ; Troisième
convoi du 21/09/42
18/40 Rafles du 19/10/42, 4° Convoi du
26/10/42
19/40 Témoignage
de Michel Bergès
20/40 Interrogatoires de Michel Bergès
21/40 Déposition et interrogatoires de
Michel Slitinsky
22 et 23/40 Cinquième convoi du 25/11/43 :
l'affaire SCHINAZI
24/40 Cinquième
convoi, du 30/12/1943
25/40 Michel Cohen et Marie Madeleine
Pinhas
26/40 La rafle du 10 janvier 1944.
Interrogatoire du Président Castagnède.
27/40
Le convoi du 12 janvier 1944 ; Robert Lacoste ; Pierre Saufrignon.
28/40
Convoi
du 12 janvier, les avocats insultent Maurice Papon ; Solange Torrès ; René
Jacob.
1/40 Début du procès. Libération de M Papon,
lecture de l'acte d'accusation.
La première
retransmission du procès de Maurice Papon montre bien la difficulté de
l'exercice. Seuls de très courts extraits des trois premières auditions ont été
présentés, ce qui ne donne pas un aperçu réaliste du procès et des réactions
du public conditionné par les campagnes de diffamation à l'encontre de Maurice
Papon. Seule la première intervention de maître Varaut fait référence aux
cris "A mort Papon" dans la prison où il a dû se "mettre en état".
Le long développement
de Maître Varaut, qui déclare que ce procès est incompatible avec la
convention européenne des droits de l'homme, est totalement occulté. Il avait
pourtant l'avantage de bien démontrer que les retards dans le tenue de ce procès
étaient dus aux parties civiles et à la classe politique, et non à Maurice Papon comme toute la presse le soutient constamment.
En ce qui concerne la
mise en liberté de Maurice Papon, cet aperçu du procès aurait dû être complété
d'un commentaire qui aurait expliqué que Maurice Papon avait eu un très grave
malaise, et qu'il avait dû être hospitalisé de nuit entre la deuxième et la
troisième audition. Le président de la Cour n'a pas expliqué que les experts
avaient émis un avis très pessimiste sur la survie de Maurice Papon, si l'on
ne prenait les mesures nécessitées par son état de santé. On sait que cette
première indisposition était due à l'administration pénitentiaire qui avait
pris l'initiative d'enfermer Maurice Papon dans une cellule où une vitre
manquait. Maître Varaut fit une courte
allusion à une éventuelle action contre l'administration en cas de décès de Maurice
Papon. Comme l'avaient prévu les médecins, Maurice Papon fut réellement
malade après dix jours d'incubation, mais sa libération aurait dédouané
l'administration en cas d'issue fatale.
La longue lecture de
l'acte d'accusation par deux greffières permet d'en prendre la mesure et,
sachant maintenant que Maurice Papon a été condamné à 10 ans de prison,
alors que l'on sait que les jurys populaires sont féroces pour les criminels
reconnus coupables d'avoir porté la main sur des enfants, on se rend
compte de l'absurdité de cet acte d'accusation.
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2/40 Interrogatoire de curriculum vitae, déposition de
Jean Luc Einaudi.
L'interrogatoire de
curriculum vitae permet de saisir la personnalité de Maurice Papon, mais
rapidement le procès tourne à la polémique sur le rôle de Maurice Papon
lors des évènements d'Octobre 1961, quand de nombreux Algériens furent tués.
La déposition
grand-guignolesque du
camarade Jean Luc Einaudi, membre du Parti communiste marxiste-léniniste de
France, ami du Jacques Jurquet qui fut un grand admirateur de Pol-Pot et d'Enver
Hodja, et qui a écrit un livre sur ce sujet que des journalistes prennent pour
une référence, fit penser aux
discours du "Dictateur" de Charlie Chaplin.
Cette déposition provoqua, à l'époque du procès, un scandale : comment
pouvait-on porter de telles accusations alors qu'il aurait suffit de quelques
semaines d'étude des archives pour en démontrer l'insanité. A la suite de ce
scandale le gouvernement de Lionel Jospin rendit accessible les archives et
commanda un audit par un Conseiller d'Etat, Monsieur Mandelkern, qui fit une
première analyse qui faisait un état des archives disponibles, et une première
évaluation du nombre de morts de la manifestation du 17 octobre 1961. Mais le
gouvernement décida que ces archives ne seraient effectivement rendues
accessibles qu'après le procès, tant il est vrai que la connaissance de la vérité
aurait pu troubler le jury. Depuis, des historiens ont étudié ces archives et
on mit en pièces les élucubrations du camarade Einaudi.
3/50 Octobre
1961 : Robert Chaix, Maurice Papon expose les faits ; Pierre
Mesmer ; Maurice Druon.
La déposition de Robert
Chaix a été une véritable leçon d'histoire qui a rétabli la vérité. Puis Maurice
Papon, invité par le Président à prendre la parole, a fait un long
exposé sur l'époque et évoqué le travail de la Préfecture de Police qui fut
impliquée dans deux guerres civiles : celle des algériens, entre FLN et MNA,
et celles des Français, de l'OAS contre De Gaulle. Maurice Papon surprend par
la complétude et la précision de son exposé. Rappelons qu'il a écrit un
livre sur cette époque : "Les chevaux du pouvoir" et qu'il
avait donc déjà fait une synthèse du sujet. Les études faites depuis
l'ouverture des archives aux historiens ont démontré que Maurice Papon avait
toujours dit la vérité.
4/50 Robert O.
Paxton ; Jean Pierre Azéma.
La déposition de
Robert O. Paxton est intéressante en ce qui concerne
l'esprit de la révolution nationale. En ce qui concerne l'antisémitisme de
Vichy, sa déposition est plus dure que ce qu'il a écrit dans son livre. Ce que
ne supportait pas un Xavier Vallat
ou un Raphaël Alibert était que, dans leurs idées, la culture juive se
substitue progressivement à la culture chrétienne qui était pour eux la socle
du sentiment national. De là à vouloir exterminer les juifs, il y a un pas que
Xavier Vallat n'a pas franchi : il s'agissait pour lui d'exclure
les juifs de toutes les professions qui confèrent une influence sur la
culture du pays. L'antisémitisme de Darquier de Pellepoix était raciste et
meurtrier. Il exigea que l'on remplace l'usage du terme "israélite",
qui, pour lui laissait croire, qu'il s'agissait d'une religion, par le terme
"juif" qui, pour lui, désignait une race.
Il est faux de dire
que Pierre Laval était antisémite. Pierre Laval ne voulait pas se débarrasser
des juifs comme le prétend Paxton, mais pensait qu'il fallait d'abord préserver
les citoyens Français. Laval a, à plusieurs reprises, demandé à
l'ambassadeur des USA de délivrer des visas aux juifs, car il considérait
qu'ils étaient en danger en France, mais ceux-ci ne l'on pas fait : ils ont
proposé quelques visas pour les enfants uniquement en Août 42 dans un but de
propagande. On sait que les USA fut la nation qui aurait pu sauver le plus de
juifs mais que le souvenir de la grande crise et du chômage a porté le Sénat
américain à s'opposer à toute immigration. Ce sont les Allemands qui ont exigé
que des juifs leur soient livrés. La restitution récente des documents qui
avaient été volés dans la cellule de Laval pendant qu'on l'exécutait a
permis de rétablir la vérité : c'est Laval, et non Bousquet, qui a proposé
l'échange des juifs étrangers de la zone non occupée et la participation de
la police parisienne contre la préservation
des juifs français.
L'audition de la déposition
de Paxton prouve aussi que les "Notes sténographiques" du procès ont
censuré les dépositions. Pour l'estimation des troupes allemandes en France,
Paxton a parlé de "60 brigades d'environ 700 à 800 hommes, alors que les
notes ne mentionnent que les 40000 hommes cités en début de déposition.
Paxton voulait dire : 60 X 800 = 48000, mais il exprime son estimation en terme
de brigades de 7 à 800 homme alors que, dans la Wehrmacht, un
"BrigadenGeneral" commandait
un ensemble de régiments que l'on nomme "division" dans les armées
française et américaine. Ces divisions avaient un effectif moyen de 12000 à
16000 hommes, après une de remise en condition de combat. L'estimation serait
alors d'un million de combattants des armées allemandes (Luftwaffe,
Kriegsmarine, SS et Wehrmacht) en
France. Certaines troupes qui gardaient le mur de l'Atlantique étaient parfois
de qualité faible, car la Wehrmacht incorporait de nombreux "malgré
eux" d'origine de l'Est : Russes, Ukrainien, Cosaques, Georgiens et
nationalités musulmanes. Cette méconnaissance de la réalité de l'époque
discrédite la déposition de Robert Paxton. La question était de permettre une
appréciation de la marge de manoeuvre du gouvernement de Vichy, et la réponse
a discrédité le procès.
La déposition de
Jean Pierre Azéma a montré le caractère fantaisiste du procès : il n'a cessé
de parler de ce que Knochen avait dit ou avait fait, alors qu'il aurait été
plus judicieux, si l'on avait voulu savoir la vérité, de demander à Knochen
de témoigner lui-même. Il n'est décédé qu'en août 2003. Il faut rappeler
que Knochen avait déjà témoigné aux procès d'Adrien Marquet et de René
Bousquet.
5/40 Marc Robert
Marc Robert veut
faire croire que Maurice Papon a adhéré à l'idéologie de Vichy. La démonstration
est particulièrement fallacieuse comme l'est la présentation faite par Anne
Sinclair.
Marc Robert base sa démonstration
sur la présentation de documents qu'il a en main depuis deux jours. Maurice
Papon fait remarquer que l'instruction a duré 14 ans, et qu'il est étonnant
qu'on ne lui donne pas le temps de les lire.
Maurice Papon présente
le statut de Secrétaire général de
l'Administration qui était celui d'un haut fonctionnaire. Il n'y avait pas de
hiérarchie entre les secrétaires généraux mais le Secrétaire Général à
l'administration n'avait pas la gestion du personnel qui était assurée par le
directeur du personnel rattaché directement au ministre secrétaire d'Etat à
l'Intérieur.
Il veut faire croire
que, du fait que ce secrétariat général avait en charge l'Algérie, que
Maurice Papon aurait eu une responsabilité dans la rédaction des décrets afférant
à l'application des lois antisémites en Algérie.
6/40
Marc-Olivier Baruch, Michel Zaoui.
Marc-Olivier Baruch est assez clair
dans l'ensemble mais on relève des erreurs dans sa déposition. Sur l'accord
dit "Oberg Bousquet", il prétend que les allemands s'étaient engagés
à ne plus exécuter d'otages, alors que l'engagement d'Oberg était seulement
que les allemands n'utiliseraient plus comme otages des personnes arrêtées par
la police française. Il est vrai qu'Oberg n'a pas tenu ses engagements.
Il reconnaît que
l'administration a fait traîner les choses.
Il explique que les
fonctionnaires avaient le choix et qu'ils pouvaient démissionner. Pour
illustrer ses propos il prend un mauvais exemple avec François Bloch-Lainé, à qui
l'on avait proposé de créer un office de statistiques, en lui précisant qu'il
s'agissait de travailler pour les Allemands. En fait la majorité des
fonctionnaires qui travaillaient pour Vichy, comme François Mitterrand,
le faisaient en croyant travailler pour la France. Un exemple souvent cité
est celui de Paul Paillole qui travailla dans le service de renseignement de
l'armée de l'Armistice jusqu'à l'invasion du sud en Novembre 1942, et dont la
résistance n'a jamais été contestée (Cf. les mémoires d'Henri Frenay).
Marc-Olivier Baruch défend son étude,
mais convient que certains cartons d'archives lui sont restés fermés, en particulier ceux
qui concernaient la collaboration des polices, la résistance judiciaire, et les
informations religieuses. Cela limite l'intérêt de sa déposition dans le procès
de Maurice Papon.
Michel Zaoui essaie
de démontrer que Papon et Sabatier formait un tandem, et que les décisions de
Sabatier étaient aussi toujours celles de Papon. Or on sait que si Papon était
très lié à Sabatier en 1940, Sabatier, pour ce qui n'était pas d'ordre
administratif mais d'ordre policier, devait tenir compte de l'Indentant de
police. On sait aussi que, lorsque Maurice Papon entre dans une résistance
plus active, il n'en avertit pas Sabatier qui, de toute évidence, n'aurait pas
eu les nerfs assez solides pour jouer le double jeu. Michel Zaoui en déduit que
les 1600 déportés l'on été du fait de la Préfecture avec l'accord de Papon.
Maurice Papon proteste de façon véhémente, et on le comprend. Depuis le procès,
le livre de Maurice Papon : "La vérité n'intéressait personne"
a bien éclairci cette question, et montre la prise de distance entre Maurice
Papon et son Préfet qui chercha à le faire nommer ailleurs en janvier 1944.
Sabatier pensait que le comportement de ses deux adjoints : Jean Chapel et
Maurice Papon mettait sa sécurité en danger par leurs initiatives.
7/40 Analyse de rôle de bureau des questions juives.
L'idée de base des
parties civiles et du parquet est de faire croire que le Service des questions
juives de la Préfecture avait une autorité dans l'aryanisation des biens juifs
et dans les déportations. Pour présenter le rôle réel de ce service il faut
d'abord décrire l'organisation des secrétariats généraux du ministère de
l'Intérieur de Vichy. Les questions juives étaient de la responsabilité
exclusive du Commissariat Général aux Question Juives, le C.G.Q.J. dont les
archives ont été étudiées par Joseph Billig. Ce commissariat, dans l'esprit
du régime de Vichy, était sensé ne pas être permanent, et ses dirigeants étaient
des personnes politiques, souvent antisémites, et les exécutants étaient
pratiquement tous des contractuels. Dans ces conditions, il avait été décidé
que toutes les décisions à caractère civil de ce C.G.Q.J. devaient être
enregistrées par le Préfet pour leur donner une valeur juridique, et le rôle
du service des questions juives de la préfecture était d'assurer toutes les
taches administratives d'enregistrement des décisions du C.G.Q.J. C'est la
raison du très faible niveau hiérarchique des membres de ce service : il était
dirigé par Pierre Garat qui avait 23 ans et était composé de dactylos souvent
très jeunes. Ainsi, Marguerite Bonnecaze (voir l'émission 17/40) et Madeleine
Gorge, témoignèrent au procès que Pierre Garat recevait surtout des
administrateurs provisoires d'entreprises juives, alors que la préfecture
n'avait aucun pouvoir sur eux. Ainsi, les avocats et le parquet ont relevé une
multitude de documents issus de ce service, portant la signature de Maurice
Papon, et ils reprochent à Maurice Papon de ne pas les reconnaître. Le rôle
de Maurice Papon était de vérifier le respect de la procédure, ce qui a
permis les restitutions, mais il n'avait aucun pouvoir de décision sur
l'aryanisation elle-même.
Rappelons qu'il en était
de même pour les affaires de police : les agents de la police antijuive, la PQJ,
qui intégrèrent la SEC qui fut un service du CGQJ, n'avaient pas la qualification
d'officier de police judiciaire et ils ne
faisaient que des rapports qu'ils transmettaient à la police régulière sous
les ordres de l'Intendant de police, pour qu'un officier de police judiciaire
dresse un procès verbal de l'infraction, et que cette police procède à
l'arrestation du délinquant juif.
Dans ces conditions,
on conçoit qu'un moyen de défendre les juifs étaient de faire traîner les
choses : "pas de zèle !" ou en faisant la "grève du zèle",
c'est-à-dire en utilisant tous les décrets qui avaient pour objet d'éviter
des ventes fictives, c'est-à-dire faites au profit d'amis des juifs. Un autre
moyen était de rayer des juifs du fichier que le service des questions juives
devait tenir à jour sous l'autorité de la SEC.
Coté de l'intendance
de Police, c'était la même technique. Gagner du temps, et si possible prévenir
les personnes visées, ce qui n'était pas toujours possible si des
collaborationnistes étaient au courant de l'affaire.
L'étude des archives du
C.G.Q.J. porte sur son organisation, sur les lois et décrets, sur
l'aryanisation et sur les affaires de police. Une part très importante de ces
archives porte sur les notes adressées au Secrétaire général aux questions
juives. par des délégués régionaux
en protestation contre l'attitude des services des questions juives des préfectures
qui faisaient traîner les choses, et contre la police qui se contentait souvent
d'ouvrir des enquêtes qui n'aboutissaient pas et qui, de plus, prévenait les intéressés.
Cela était vrai pour plusieurs préfectures, Marseille, Rouen, mais celle de
Bordeaux est souvent citée comme le plus "résistante".
8/40 Le procureur général Henri Desclaux
Le procureur utilise
une affaire Haddad, juif tunisien qui a demandé, par une lettre justificative
de sa demande, l'autorisation de retourner en Tunisie. Sa demande a été
transmise par Maurice Papon aux autorités allemandes qui l'ont refusé. Maurice
Papon a averti M Haddad de ce refus. Le procureur reproche à Maurice Papon d'avoir transmis la demande aux autorités allemande sans y joindre un
plaidoyer en faveur de Monsieur Haddad.
Arno Klarsfeld
reprend exactement le même cas Haddad qu'il réexpose longuement et reproche à
Maurice Papon de ne pas avoir répondu à Monsieur Haddad, alors qu'il a lu la
lettre qui a été envoyée en réponse, en ironisant sur la courtoisie de cette
lettre.
Mais le plus significatif de ce réquisitoire est
l'affaire des Juifs hongrois requalifiés en polonais pour permettre leur déportation
dans le convoi de juillet 42. Plus loin, lors
de l'étude de ces arrestations, on pourra démontrer qu'aucun Hongrois ne
figurait sur les listes des personnes arrêtées remises par l'intendance de
police. On sait par ailleurs que la police allemande, souvent sur la demande de
la SEC, opérait elle-même des arrestations.
9/40 Léon Librach
Cette affaire a été
exploitée de façon outrageuse. Il est vrai que Maurice Papon s'est fait
avoir. Quand il arrive à Bordeaux, les choses ont été organisées par l'équipe
du préfet Pierre-Alype, collaborationniste notoire qui fut condamné après le
guerre, et par Herbert Hagen, l'Allemand le plus antisémite qui soit venu en
France et qui a imposé le port de l'étoile jaune. La demande des Allemands a
été transmise à Poinsot, commissaire de Police particulièrement
collaborationniste, qui fut exécuté après la guerre. La fonctionnaire
allemand a transmis une demande de transfert à Drancy qui précise que Léon
Librach est français, mais cette demande est transmise via Poinsot qui la répercute,
sans cette précision, sur la division 2 de la préfecture qui s'occupe des étrangers.
Maurice Papon, croyant que Librach était étranger, et le circuit d'expulsion
ayant été déjà mis en place à son arrivé, ne se méfit pas, et signe les
ordres de transfert sans vérifier. Il était en poste depuis 2 ou 3 jours.
Comment aurait-il pu imaginer une telle collusion ?
La présentation très
partisane de cette affaire est suivie d'un long témoignage du cousin de Léon
Librach, qui est émouvante, mais qui n'apporte rien sur la responsabilité de Maurice
Papon. Sa déposition apporte, par contre, une démonstration de
l'indigence de l'épuration : son jeune frère a été arrêté à Paris par un
commissaire farouchement antisémite qui n'a pratiquement pas été inquiété
après la guerre.
10/40 La rafle du
16 juillet et le convoi du 18 juillet 42 (1)
L'analyse des documents
précurseurs de la rafle du 16 juillet, qui a fait l'objet des 31 et 32ème
audience, par le président et Maurice Papon aurait due faire l'objet d'une mise
en parallèle avec ce qui s'est passé dans d'autre préfectures régionales
comme Angers, Rouen, Dijon ou Poitiers. C'est aussi là que la force de la
contrainte allemande n'a pas été assez évoquée.
11/40 La rafle
de juillet et
le convoi (2) ; témoignages
(De l'indigence de
l'instruction)
Georges Gheldmann
raconte comment sa mère a été arrêtée, mais la question importante de cette
déposition est que sa mère était Hongroise, et qu'elle a été déportée en
étant qualifiée de Polonaise, et que les parties civiles prétendent que Maurice
Papon a une responsabilité dans cette qualification. Pire, elles prétendent
que cela aurait été intentionnel.
Après un rabâchage
infini par le Président, Maître
Varaut démolit en une courte démonstration l'accusation : la note par laquelle
le commissaire Thechoueyres faisait part des arrestations au Préfet régional,
note lue par le Président, était en fait accompagnée des listes mises en
annexe, et ces annexes ne comportaient aucun Hongrois. Le Président reproche à
la défense de présenter si tardivement ces notes, alors que c'est le juge
d'instruction qui aurait dû les présenter s'il avait instruit correctement le
procès, c'est-à-dire en présentant les pièces à charge, mais aussi celles
à décharge : il a mis la note au dossier, mais pas les annexes. De plus la défense
présente une note qui démontre la responsabilité de la Délégation régionale
du C.G.Q.J dans ces arrestations.
13/40
Pierre et Nicole Grunberg, Esther Fogiel
(De l'instrumentalisation des victimes :
enfants à l'époque, elles étaient toutes bien persuadées que Maurice Papon
était responsable avant même la tenue du procès.)
Cet épisode est la
contraction de deux audiences, et il est particulièrement significatif de
l'instrumentalisation des victimes dans le but de faire condamner Maurice Papon. Les dépositions de Pierre et Nicole Grunberg ont montré leurs
souffrances, mais elles démontrent aussi comment ces deux parties civiles sont
absolument convaincues que Maurice Papon est responsable de leurs malheurs, ce
qui démontre leur conditionnement par les avocats des parties civiles. Par
contre elles ignorent encore qu'elles ont été déclarées pupilles de la
nation. L'intervention de Jakubovick est significative de la désinformation
portée par ce procès : il utilise l'information que leur mère a été déclarée
"morte pour la France" pour
présenter un pathos sur l'indifférence de la France au sort des juifs, alors
que c'était la conséquence d'une loi qui permettait de conférer aux orphelins
juifs français de déportés les avantages du statut de "Pupille de la
nation", statut que n'ont jamais obtenu les orphelins des bombardements
alliés sur les villes françaises, et qui leur a permis de recevoir une bonne
instruction.
La déposition
d'Esther Fogiel est aussi une
exploitation indigne que les avocats des parties civiles ont fait de sa
souffrance, car cette déposition ne donnait aucun indice de la culpabilité de Maurice
Papon.
Cet épisode du procès
est significatif de ce que la présomption d'innocence d'un inculpé tant qu'il
n'est pas reconnu coupable est une fumisterie. Maurice
Papon présente une démonstration rigoureuse que les juifs
Hongrois ajoutés au convoi du 18 juillet, avec la qualité de Polonais, n'ont
pas été arrêtés dans le cadre de la rafle car ils ne figurent ni sur les
listes du Bureau des question juives, ni sur celles établies sous la
responsabilité du commissaire Thechoueyres. Il émet l'hypothèse qu'ils ont été
arrêtés par la Feldgendarmerie avec l'aide de la SEC, et le président conteste cette hypothèse. Le livre de Joseph Billig sur le
C.G.Q.J. démontre
que Maurice Papon a raison.
14/40 et 15/40 Le convoi du 26/08/42. Interrogatoires par le Président
et par le procureur général.
Le président donne
la liste des avis de transfert à Mérignac de nombreux juifs arrêtés à la
ligne de démarcation. Cette liste est particulièrement impressionnante, et la
Préfecture se préoccupe du sort des enfants. Une note est envoyée au Chef du
KDS, et des entretiens téléphoniques sont tenus : le Préfet régional avec
Paris, Chapel avec Leguay et Papon obtient le commandant Sauts, chef de cabinet
de Leguay. Il fine, Maurice Papon reçoit une communication téléphonique du
commandant Sauts qui lui fait part de la décision du gouvernement qu'il y a lieu
d'obéir aux allemands. (C'est cette note manuscrite que Michel Slitinsky a
utilisée pour faire un faux : il a tronqué la note pour la publier en 1983, de
façon à faire croire que c'était Maurice Papon qui avait donné lui-même
cet ordre.)
En un très long
interrogatoire, Le Président essaie de faire dire à Maurice Papon qui a
demandé aux familles qui hébergeaient les enfants des personnes déportées en
juillet de les ramener à Bordeaux pour que l'on puisse, sur la demande des
allemands, les envoyer rejoindre les parents qui ont été déportés. On sait
maintenant qu'en fait ces parents étaient déjà morts, mais à l'époque les
Français et les SS de Bordeaux l'ignoraient. On sait que, pour dissimuler le
crime, Eichmann avait imaginé le subterfuge de faire croire que les juifs étaient
envoyés dans des camps de travail dans l'Est. L'interrogatoire du Président
est très orienté (il a pris dès facto le rôle de procureur, en plus efficace
que le procureur ne le sera dans la séance suivante). Il veut, par la répétition
des mêmes questions faire croire que Maurice Papon a donné des ordre en ce
sens, mais Maurice Papon est ferme : ce n'est pas la Préfecture qui a demandé
la restitution des enfants par les familles d'accueil, la préfecture a
seulement transmis la requête du gouvernement au Grand rabbin
Cohen et à Madame Ferreyra.
En fait, les réactions des familles furent très diversifiées. Le président
présente des factures de transport des enfants envoyées à la Préfecture,
mais cela ne prouve pas que la préfecture a donné un ordre, cela prouve que la
préfecture a laissé le choix.
On sait que le Rabbin
lui-même, dans son journal, a mentionné que l'on lui avait fait valoir que
certaines familles déportées auraient peut-être été désireuses de revoir
leurs enfants Il a rendu des enfants, alors que lui-même ne l'aurait pas fait
pour ses propres enfants, à cause des pressions de son entourage, et il a
conseillé de garder les enfants à ceux qui le pouvaient.
Dans une organisation
importante, une facture n'est payée par la comptabilité que si elle peut être
opposable à une commande spécifique, ou au moins générique. Dans le cas cité,
le Président lui-même constate que des factures portent des marques qui
prouvent que ces factures n'ont été payées qu'après avoir effectué un long
parcours dans les services, ce qui pourrait prouver que personne ne trouvait un
ordre générateur de cette facture. Il est plus vraisemblable que c'est
l'entourage du rabbin qui a demandé le restitution des enfants, et que les
transporteurs sollicités ont envoyé des factures à la préfecture ne sachant
pas où les envoyer ailleurs.
17/40 Marguerite Bonnecaze ; Troisième convoi du
21/09/42
Venir témoigner ainsi
fut certainement, pour Marguerite Bonnecaze, un acte de courage, et ce
fut une déposition des plus intéressantes. Le Président ne lui a pas fait prêter
serment, mais sa déposition fut certainement l'une des plus crédibles de ce procès.
Elle avait 23 ans à l'époque des faits, et un niveau culturel élevé, licenciée
en droit, ce qui lui a permis de comprendre ce qui se passait autour d'elle. Elle
travaillait comme rédactrice auxiliaire dans un bureau qui était l'antichambre
du bureau de Pierre Garat, ce qui lui permettait de savoir qui Pierre Garat
recevait. Son témoignage éclaire sur le rôle réel du service des questions
juives de la Préfecture, que le Président a été incapable de mettre en
évidence. Elle expliqua que, en dehors de la tenue du fichier des juifs qui se
faisait sous le contrôle de la SEC, le principal rôle de ce service était
d'assurer le suivis des décisions des administrateurs provisoires qui étaient,
rappelons le, nommés par la délégation régionale du C.G.Q.J.. Ce travail
d'enregistrement, que Maurice Papon se vante qu'il fut bien exécuté, et qui
permit les restitutions après la guerre, perdit de son importance en septembre 1943, et elle fut mutée dans un autre service. A ce sujet, le Président
explique que la délégation régionale du C.G.Q.J. a repris le travail, mais
cela prouve, une fois de plus l'indigence de l'instruction, car les études
portant sur l'aryanisation, et en particulier celle de Martine Soëte sur les
administrateurs provisoires, montrent que ces administrateurs, sentant le vent
tourner, démissionnaient, ce qui fit que l'aryanisation fut pratiquement
suspendue à mi 43, et cela faisait qu'il n'y avait plus de travail dans le service de
Pierre Garat.
(De la censure du
procès pour dissimuler la vérité aux Français)
L'examen du convoi du
convoi du 21 septembre commence par la lecture du seul document significatif de
ce convoi, exécuté en l'absence de Maurice Papon, faite par le Président.
Cette lecture nous permet de relever la censure de cette lecture dans les notes
sténographiques du procès, tome 2, page 12, en particulier la censure du
dernier paragraphe du brouillon établi par Pierre Garat :
"La précipitation
apportée à cette mesure, ajoutée au fait que les précédents transferts
n'avaient été effectués que pour un minimum de 200 juifs, me donne à penser
qu'il y a lieu d'établir un rapprochement avec les incidents survenus à Paris
ces derniers jours."
Rappelons que ces évènements
en question étaient une série d'attentats contre les troupes d'Occupation qui
ont entraîné l'exécution d'un total de 116 otages, dont 70 à Bordeaux le
jour même de ce convoi. Cette censure est dissimulée, car il n'y a aucune
indication de son existence et elle n'est pas anodine car elle a pour objet
d'occulter ce qu'était vraiment l'occupation,
et que Madame Bonnecaze a rappelé dans sa déposition, c'est-à-dire le
contraire de ce que Paxton ou les avocats des parties civiles ont soutenu
durant le procès. Encore que Pierre Garat ne pouvait savoir la fureur
d'Eichmann provoquée par le mauvais rendement de la déportation des juifs de
Bordeaux, comme Raul Hilberg l'expose dans son étude.
Maître Lévy, auquel
le Président a donné la parole pour qu'il pose des questions, se livre à un
long et fastidieux rabâche du refrain : Maurice Papon, du fait que le service
des question juives était sous son autorité, a été responsable de la déportation
des juifs, même lorsqu'il était absent.
18/40 Rafles du 19/10/42, 4° Convoi du 26/10/42
Maurice
Papon était
absent du 17 au 25 octobre. L'objectif est de faire croire qu'il aurait eu une
responsabilité du fait que Pierre Garat aurait opéré du fait de consignes
permanentes reçues de Maurice Papon. Or, il est évident que cette rafle a été
organisée par les Allemands qui accusaient, à l'époque, l'intendance de
police de provoquer des fuites, et de prévenir les intéressés (ce qui était
vrai). La préfecture est avertie le jour même pour une opération immédiate.
Les policiers sont convoqués à 20 heures, et c'est alors seulement que les
listes dressées par les allemands leur sont communiquées, assorties de menaces
en cas de nouvelles fuites. Les parties civiles cherchent à démontrer que
c'est Pierre Garat qui a apporté les listes, et certains témoignages tendent
à prouver que cela est vrai. Alors la question est alors d'évaluer la marge de
manœuvre de Pierre Garat, car il est établit que lors de la remise des listes,
les commissaires Bonhomme et Thechoueyres étaient présents et n'ont rien dit.
Est-ce que les policiers seraient entrés en action si un jeune homme, dont les policiers ignoraient la qualité, était
venu seul ?
19/40 Témoignage
de Michel Bergès
Son exposé présente
l'avantage d'être focalisé sur Bordeaux, contrairement aux exposés des autres
historiens, et d'être appuyé sur de nombreuses sources documentaires. Il décrit
le comportement des deux équipes successives de la Préfecture, celle de Pierre-Alype et celle
de Sabatier. Il décrit bien le KDS et l'ambiance qui pouvait régner à
Bordeaux entre un Préfet régional qui voulait reprendre en main l'administration
de la préfecture régionale, surtout en ce qui concerne les service nés de
l'Occupation, et Luther, chef du KDS qui voulait montrer que, sur les problèmes
de police, c'était lui qui commandait.
Il rappelle
l'importance oubliée d'Adrien Marquet, qui peu de temps avant avait été, en
tant que maire, chef de la police de Bordeaux et que Pierre-Alype aurait bien
voulu virer. Mais c'est Adrien Marquet qui a eu le dessus.
Pierre-Alype avait délégué
le contrôle de la police à son directeur de cabinet Reige.
Michel Bergès présente
les étapes de l'exclusion des juifs et de la déportation à Bordeaux : la
consignation au domicile en février 42 ; le port de l'étoile jaune ;
l'autocontrainte avec l'U.G.I.F. ; et enfin la déportation elle-même.
20/40 Interrogatoires de Michel Bergès
Etonnant ! Pour
prouver l'importance du KDS : 120 allemands, il mentionne un document du procès
Dehan qui était issu des informations reçus des agents du deuxième bureau de
Vichy qui espionnaient le KDS, et il cite le nom du commandant Paillole. On sait
que Paul Paillole, membre éminent du service de renseignement de l'armée de
Vichy aida beaucoup Henri Frenay si l'on en croit ses mémoires : La nuit
finira. Ce genre d'information contredit les idées largement répandues
dans l'exposé de Marc-Olivier Baruch.
21/40 Déposition et interrogatoires de Michel Slitinsky
Cette déposition
donne une idée du caractère incantatoire de ce procès. Après une description
très détaillée de ses exploits dans la résistance Michel Slitinsky n'aurait
même pas parlé de la rafle pour laquelle il est partie civile, et c'est le Président
qui doit lui poser des questions sur le sujet.
Il fait ensuite un très
long exposé sur ses recherches et sur ses livres. Le problème est que la défense
relève que, dans son denier livre, un montage est présenté comme un document
authentique. Maître Vuillemin relève que cette constatation laisse un doute
sur d'autres documents, présentés par les parties civiles, qui ne sont que des
photocopies tirées de ce même livre. Les avocats des parties civiles font
remarquer que la défense a souvent présenté des pièces qui étaient aussi
des photocopies non certifiées conformes, mais ils n'ont jamais trouvé un seul
faux parmi elles. Le plus curieux dans cette affaire est la position du Président
de la Cour qui, du fait que les deux pièces utilisées étaient des pièces
authentiques, en déduisit que le montage de Michel Slitinsky était quasi
authentique : où va la justice de France ?
22 et 23/40 Cinquième convoi du 25/11/43 : l'affaire
SCHINAZI
L'étude de ce convoi
et de la déportation du Docteur Sabatino Schinazi est significative de ce procès
sous tous ses aspects.
Les SS ordonne à la
police d'opérer, sous leur contrôle, un transfert de 86 juifs du camp de Mérignac
à Drancy. La préfecture n'apprend que vers 14 H la veille du départ qui a eu lieu le
matin. Au cours de ce transfert, il y eu 4 évasions lors d'un ralentissement du
train et une en gare d'Austerlitz. Le fait ainsi décrit, on se demanderait ce
qui pouvait être reproché à Maurice Papon, mais, dans ce convoi, fut transféré
le Docteur Schinazi qui n'était pas juif. Il avait été arrêté avant la
rafle du mois de juillet par des gendarmes agissant sur ordre des Allemands, et
on est sûr qu'il était détenu depuis le 10 juillet 1942 dans le camp de Mérignac.
Les témoignages de l'épouse du Docteur et celui de sa fille divergent sur l'année
mais concordent sur la date du 10 juin. Le support de l'accusation contre Maurice
Papon aurait été la négligence du service des questions juives placé sous sa
responsabilité, car tous les documents prouvent que la SEC et les services
allemands avaient admis qu'il n'était pas juif.
Le Président laisse
les fils de docteur Schinazi raconter longuement ce qu'ils ont vécu, mais
surtout se répandre à n'en plus finir sur leur conviction que Maurice Papon
est responsable de la mort de leur père. L'aîné raconte que sa mère a
toujours été renvoyée par les services de Maurice Papon, et Daniel, qui
avait 10 ans à l'époque évoque longuement le camp de Mérignac et porte sa création
à la charge de Maurice Papon. Le Président laisse faire, puis bâcle
rapidement la lecture des documents de la procédure Dehan pour laquelle l'épouse
du Docteur explique qu'elle était persécutée par Dehan et qu'elle avait essayé
d'avoir recours à la préfecture.
Or, on apprend que
lors de son arrestation, son fils avait déjà été arrêté pour son action dans la Résistance
en octobre 1941 et qu'il était alors à Mérignac à l'arrivée de son père.
On sait aussi que la Docteur n'est pas décédé à Auschwitz mais à Dachau. Le
témoignage de sa fille, déposé en 1947 pour le procès Dehan, précise qu'il
a été transféré à Drancy puis à Compiègne. Il est donc évident que le
docteur Schinazi a été pris comme otage pour le fait que son fils Samuel était
dans la Résistance. Il n'est pas mort parce qu'il était juif mais comme un
otage ordinaire.
Cette méthode
odieuse a été largement utilisée par les Allemands pendant la dernière
guerre. C'est avec cette méthode qu'ils ont obligé tant de jeunes Alsaciens à
accepter leur mobilisation dans l'armée allemande. On connaît de nombreux
exemples où les allemands ont présenté le marché : si un jeune acceptait de
s'engager dans l'armée allemande, le père était épargné, et inversement, si
le fils entrait en Résistance, le père était assujetti à la directive "Nach
und nebell". De très nombreux jeunes qui rechignaient à se rendre au STO
ont été conduits à la gendarmerie ou à la gare par les parents qui ne
voulaient pas avoir d'ennuis.
24/40 Cinquième
convoi, du 30/12/1943
Le président, à la
lecture des documents afférents à ce convoi, ne cesse de demander à Maurice Papon pourquoi l'Intendant de police n'a pas prévenu le Préfet régional. Il
est évident que la raison en est très simple : l'Intendant de police, lui-même,
n'a pas été averti.
A cette époque, il y
avait un durcissement de l'imperium SS, ce que l'on sait par un rapport, et les SS ne tenaient plus compte des accords avec Bousquet qu'ils
suspectaient de ne plus vouloir collaborer. Ils ne voulaient plus que la préfecture
intervienne dans leur affaires, et ils considéraient l'intendance de police comme
une partie de la préfecture. Rappelons que Heidrich
n'avait admis l'existence des intendants de police que du bout des lèvres et
qu'il les considérait que des relais administratifs, sans pouvoir de décision.
Dans cette affaire, les SS ont donné leurs ordres directement aux policiers, en
les accompagnant de menaces dont les comptes-rendus des policiers, qui tentent
de minimiser leur responsabilité pour les 5 évasions, donnent une idée.
25/40 Michel Cohen et Marie Madeleine Pinhas
On ne voit pas l'intérêt
de la si longue déposition de Michel Cohen sur son père. Le fait que ce
dernier était un saint homme n'a jamais été nié par personne. Michel Cohen a publié
un livre après le procès dans lequel il rend hommage à sa soeur de l'avoir
aider à rassembler les souvenirs de famille - il n'était pas à Bordeaux lors
de l'arrestation de son père - ce qui prouve qu'il a exposé, sous serment, les
souvenirs de sa soeur. Pour justifier son père qui avait incité ses coreligionnaires
à s'inscrire sur les listes de juifs, il cite, dans son livre, la lettre
pastorale du Grand rabbin de France qui
incitait tous les juifs à se faire inscrire sur ces listes.
26/40 La rafle du 10 janvier 1944. Interrogatoire du Président
Castagnède.
Ce très long
interrogatoire tourne au harcèlement. Le président veut faire dire à Maurice Papon pourquoi une rafle de 500 Français était considéré par la préfecture
comme un coup de force des Allemands particulièrement choquant. On se rend
compte que c'est pour cette rafle qu'il aurait fallu qu'un véritable historien
expliqua les changements intervenus dans les rapports entre Vichy et la SS.
Bousquet vient d'être démis de ses fonctions et a été remplacé, sur ordre de la SS, par
Darnand. En fait Darnand s'est engagé à faire collaborer les forces de police
françaises au maintien de l'ordre tel que les Allemands le conçoivent, et cet
ordre donné à la police de Bordeaux a été une mise à l'épreuve. Le
témoignage de l'Intendant de police Duchon après la guerre précise que le SS
Meyer lui a dit que Darnand était d'accord pour ces arrestations.
Le Président veut établir
que les listes utilisées pour les arrestations ont été fournies par le service
de la préfecture. La très longue discussion sur les listes ne tient absolument
pas compte de la liste que les Allemands ont trouvée dans la Synagogue et que
le grand Rabbin Cohen cite dans ses mémoires.
27/40 Le
convoi du 12 janvier 1944 ; Robert Lacoste ; Pierre Saufrignon.
Les dépositions de
Robert Lacoste et de Pierre Saufrignon furent de vrais témoignages révélateurs
des évènements de Bordeaux pendant la guerre. Ces deux témoignages démontrent
que la police était sous la contrainte allemande, contrainte accentuée par la
complicité de certains français, peu nombreux mais imposés par les SS, comme
le Commissaire Poinsot et Lucien Dehan qui fut membre de la SEC, et même un
temps délégué régional provisoire. Poinsot fit arrêter Pierre Saufrignon
qu'il accusa de saper la réputation de la police française auprès des
Allemands et Lucien Dehan prêta main forte dans les rafles à son ami Meyer, qui était un SS
particulièrement antisémite.
28/40 Convoi
du 12 janvier, les avocats insultent Maurice Papon ; Solange Torrès ; René
Jacob.
Cette diffusion est
à elle seule un condensé du procès : on y retrouve tous les ingrédients.
L'étude des pièces
démontre que Maurice Papon n'a eu aucune action dans la rafle qui a précédé
le convoi et le convoi lui-même, mais les interrogatoires par les avocats qui
se succèdent constituent un véritable harcèlement avec utilisation
d'insultes, tout cela sous le regard indifférent du président. Ce harcèlement
nous a soulevé le cœur.
La déposition de
Solange Torrès est un exemple de l'exploitation de la souffrance des victimes.
Rappelons que le document le plus significatif de la vérité sur ce qui s'est
passé à Bordeaux, et qui innocente la Préfecture, est justement le compte
rendu d'une confrontation d'André Torrès avec Dehan, qui a eu lieu, le 24
septembre 1947, devant le juge
d'instruction du procès de Dehan.
La très longue déposition
de René Jacob n'apporte aucune information sur la culpabilité de Maurice Papon, mais elle est significative de la campagne de diffamation menée par les
avocats promoteurs de ce procès : Monsieur René Jacob ne savait rien de
l'action de Maurice Papon pendant la guerre, mais il est absolument convaincu
que Maurice Papon est responsable de la déportation des
juifs partis de Bordeaux.
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