Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Chaîne histoire
: Le procès Papon.  

Nous présentons quelques commentaires des diffusions d'extraits du procès par la chaîne Histoire. Toutes les diffusions ne sont pas commentées, et le document sera complété ultérieurement.

1/40  Début du procès. Libération de M. Papon, lecture de l'acte d'accusation.

2/40  Interrogatoire de curriculum vitae, déposition de Jean Luc Einaudi.

3/50  Octobre 1961 : Robert Chaix, Maurice Papon expose les faits ;  Pierre Mesmer ; Maurice Druon.

4/50  Robert O. Paxton ; Jean Pierre Azéma.

5/40  L'avocat général Marc Robert

6/40  Marc-Olivier Baruch, Michel Zaoui.

8/40  Le procureur général Henri Desclaux

9/40  Léon Librach

10/40  La rafle du 16 juillet et le convoi du 18 juillet 42 (1)

11/40  La rafle du 16 juillet et le convoi (2) ; témoignages

13/40  Pierre et Nicole Grunberg, Esther Fogiel

14/40et 15/40  Le convoi du 26/08/42 Interrogatoires par le Président et par le procureur général

17/40  Marguerite Bonnecaze ; Troisième convoi du 21/09/42

18/40  Rafles du 19/10/42, 4° Convoi du 26/10/42

19/40  Témoignage de Michel Bergès

20/40  Interrogatoires de Michel Bergès

21/40  Déposition et interrogatoires de Michel Slitinsky

22 et 23/40 Cinquième convoi du 25/11/43 : l'affaire SCHINAZI

24/40  Cinquième convoi, du 30/12/1943

25/40   Michel Cohen et Marie Madeleine Pinhas

26/40   La rafle du 10 janvier 1944. Interrogatoire du Président Castagnède.

27/40   Le convoi du 12 janvier 1944 ; Robert Lacoste ; Pierre Saufrignon.

28/40   Convoi du 12 janvier, les avocats insultent Maurice Papon ; Solange Torrès ; René Jacob.

 1/40  Début du procès. Libération de M Papon, lecture de l'acte d'accusation.

         La première retransmission du procès de Maurice Papon montre bien la difficulté de l'exercice. Seuls de très courts extraits des trois premières auditions ont été présentés, ce qui ne donne pas un aperçu réaliste du procès et des réactions du public conditionné par les campagnes de diffamation à l'encontre de Maurice Papon. Seule la première intervention de maître Varaut fait référence aux cris "A mort Papon" dans la prison où il a dû se "mettre en état".

         Le long développement de Maître Varaut, qui déclare que ce procès est incompatible avec la convention européenne des droits de l'homme, est totalement occulté. Il avait pourtant l'avantage de bien démontrer que les retards dans le tenue de ce procès étaient dus aux parties civiles et à la classe politique, et non à Maurice Papon comme toute la presse le soutient constamment.

         En ce qui concerne la mise en liberté de Maurice Papon, cet aperçu du procès aurait dû être complété d'un commentaire qui aurait expliqué que Maurice Papon avait eu un très grave malaise, et qu'il avait dû être hospitalisé de nuit entre la deuxième et la troisième audition. Le président de la Cour n'a pas expliqué que les experts avaient émis un avis très pessimiste sur la survie de Maurice Papon, si l'on ne prenait les mesures nécessitées par son état de santé. On sait que cette première indisposition était due à l'administration pénitentiaire qui avait pris l'initiative d'enfermer Maurice Papon dans une cellule où une vitre manquait. Maître Varaut fit une courte allusion à une éventuelle action contre l'administration en cas de décès de Maurice Papon. Comme l'avaient prévu les médecins, Maurice Papon fut réellement malade après dix jours d'incubation, mais sa libération aurait dédouané l'administration en cas d'issue fatale.

         La longue lecture de l'acte d'accusation par deux greffières permet d'en prendre la mesure et, sachant maintenant que Maurice Papon a été condamné à 10 ans de prison, alors que l'on sait que les jurys populaires sont féroces pour les criminels  reconnus coupables d'avoir porté la main sur des enfants, on se rend compte de l'absurdité de cet acte d'accusation.   Haut de page

2/40 Interrogatoire de curriculum vitae, déposition de Jean Luc Einaudi.

          L'interrogatoire de curriculum vitae permet de saisir la personnalité de Maurice Papon, mais rapidement le procès tourne à la polémique sur le rôle de Maurice Papon lors des évènements d'Octobre 1961, quand de nombreux Algériens furent tués.

         La déposition grand-guignolesque du camarade Jean Luc Einaudi, membre du Parti communiste marxiste-léniniste de France, ami du Jacques Jurquet qui fut un grand admirateur de Pol-Pot et d'Enver Hodja, et qui a écrit un livre sur ce sujet que des journalistes prennent pour une référence, fit penser aux discours du "Dictateur" de Charlie Chaplin. Cette déposition provoqua, à l'époque du procès, un scandale : comment pouvait-on porter de telles accusations alors qu'il aurait suffit de quelques semaines d'étude des archives pour en démontrer l'insanité. A la suite de ce scandale le gouvernement de Lionel Jospin rendit accessible les archives et commanda un audit par un Conseiller d'Etat, Monsieur Mandelkern, qui fit une première analyse qui faisait un état des archives disponibles, et une première évaluation du nombre de morts de la manifestation du 17 octobre 1961. Mais le gouvernement décida que ces archives ne seraient effectivement rendues accessibles qu'après le procès, tant il est vrai que la connaissance de la vérité aurait pu troubler le jury. Depuis, des historiens ont étudié ces archives et on mit en pièces les élucubrations du camarade Einaudi.

3/50  Octobre 1961 : Robert Chaix, Maurice Papon expose les faits ;  Pierre Mesmer ; Maurice Druon.

          La déposition de  Robert Chaix a été une véritable leçon d'histoire qui a rétabli la vérité. Puis Maurice Papon, invité par le Président à prendre la parole, a fait un long exposé sur l'époque et évoqué le travail de la Préfecture de Police qui fut impliquée dans deux guerres civiles : celle des algériens, entre FLN et MNA, et celles des Français, de l'OAS contre De Gaulle. Maurice Papon surprend par la complétude et la précision de son exposé. Rappelons qu'il a écrit un livre sur cette époque : "Les chevaux du pouvoir" et qu'il avait donc déjà fait une synthèse du sujet. Les études faites depuis l'ouverture des archives aux historiens ont démontré que Maurice Papon avait toujours dit la vérité.  

4/50  Robert O. Paxton ; Jean Pierre Azéma.

          La déposition de Robert O. Paxton est intéressante en ce qui concerne l'esprit de la révolution nationale. En ce qui concerne l'antisémitisme de Vichy, sa déposition est plus dure que ce qu'il a écrit dans son livre. Ce que ne supportait pas  un Xavier Vallat ou un Raphaël Alibert était que, dans leurs idées, la culture juive se substitue progressivement à la culture chrétienne qui était pour eux la socle du sentiment national. De là à vouloir exterminer les juifs, il y a un pas que Xavier Vallat n'a pas franchi : il s'agissait pour lui d'exclure  les juifs de toutes les professions qui confèrent une influence sur la culture du pays. L'antisémitisme de Darquier de Pellepoix était raciste et meurtrier. Il exigea que l'on remplace l'usage du terme "israélite", qui, pour lui laissait croire, qu'il s'agissait d'une religion, par le terme "juif" qui, pour lui, désignait une race.

         Il est faux de dire que Pierre Laval était antisémite. Pierre Laval ne voulait pas se débarrasser des juifs comme le prétend Paxton, mais pensait qu'il fallait d'abord préserver les citoyens Français. Laval a, à plusieurs reprises, demandé à l'ambassadeur des USA de délivrer des visas aux juifs, car il considérait qu'ils étaient en danger en France, mais ceux-ci ne l'on pas fait : ils ont proposé quelques visas pour les enfants uniquement en Août 42 dans un but de propagande. On sait que les USA fut la nation qui aurait pu sauver le plus de juifs mais que le souvenir de la grande crise et du chômage a porté le Sénat américain à s'opposer à toute immigration. Ce sont les Allemands qui ont exigé que des juifs leur soient livrés. La restitution récente des documents qui avaient été volés dans la cellule de Laval pendant qu'on l'exécutait a permis de rétablir la vérité : c'est Laval, et non Bousquet, qui a proposé l'échange des juifs étrangers de la zone non occupée et la participation de la police parisienne  contre la préservation des juifs français.

         L'audition de la déposition de Paxton prouve aussi que les "Notes sténographiques" du procès ont censuré les dépositions. Pour l'estimation des troupes allemandes en France, Paxton a parlé de "60 brigades d'environ 700 à 800 hommes, alors que les notes ne mentionnent que les 40000 hommes cités en début de déposition. Paxton voulait dire : 60 X 800 = 48000, mais il exprime son estimation en terme de brigades de 7 à 800 homme alors que, dans la Wehrmacht,  un "BrigadenGeneral"  commandait un ensemble de régiments que l'on nomme "division" dans les armées française et américaine. Ces divisions avaient un effectif moyen de 12000 à 16000 hommes, après une de remise en condition de combat. L'estimation serait alors d'un million de combattants des armées allemandes (Luftwaffe, Kriegsmarine, SS et  Wehrmacht) en France. Certaines troupes qui gardaient le mur de l'Atlantique étaient parfois de qualité faible, car la Wehrmacht incorporait de nombreux "malgré eux" d'origine de l'Est : Russes, Ukrainien, Cosaques, Georgiens et nationalités musulmanes. Cette méconnaissance de la réalité de l'époque discrédite la déposition de Robert Paxton. La question était de permettre une appréciation de la marge de manoeuvre du gouvernement de Vichy, et la réponse a discrédité le procès.

          La déposition de Jean Pierre Azéma a montré le caractère fantaisiste du procès : il n'a cessé de parler de ce que Knochen avait dit ou avait fait, alors qu'il aurait été plus judicieux, si l'on avait voulu savoir la vérité, de demander à Knochen de témoigner lui-même. Il n'est décédé qu'en août 2003. Il faut rappeler que Knochen avait déjà témoigné aux procès d'Adrien Marquet et de René Bousquet.

5/40 Marc Robert

         Marc Robert veut faire croire que Maurice Papon a adhéré à l'idéologie de Vichy. La démonstration est particulièrement fallacieuse comme l'est la présentation faite par Anne Sinclair.

         Marc Robert base sa démonstration sur la présentation de documents qu'il a en main depuis deux jours. Maurice Papon fait remarquer que l'instruction a duré 14 ans, et qu'il est étonnant qu'on ne lui donne pas le temps de les lire.

         Maurice Papon présente le statut de Secrétaire général  de l'Administration qui était celui d'un haut fonctionnaire. Il n'y avait pas de hiérarchie entre les secrétaires généraux mais le Secrétaire Général à l'administration n'avait pas la gestion du personnel qui était assurée par le directeur du personnel rattaché directement au ministre secrétaire d'Etat à l'Intérieur.

         Il veut faire croire que, du fait que ce secrétariat général avait en charge l'Algérie, que Maurice Papon aurait eu une responsabilité dans la rédaction des décrets afférant à l'application  des lois antisémites en Algérie.

6/40  Marc-Olivier Baruch, Michel Zaoui.

         Marc-Olivier Baruch est assez clair dans l'ensemble mais on relève des erreurs dans sa déposition. Sur l'accord dit "Oberg Bousquet", il prétend que les allemands s'étaient engagés à ne plus exécuter d'otages, alors que l'engagement d'Oberg était seulement que les allemands n'utiliseraient plus comme otages des personnes arrêtées par la police française. Il est vrai qu'Oberg n'a pas tenu ses engagements.

         Il reconnaît que l'administration a fait traîner les choses.

         Il explique que les fonctionnaires avaient le choix et qu'ils pouvaient démissionner. Pour illustrer ses propos il prend un mauvais exemple avec François Bloch-Lainé, à qui l'on avait proposé de créer un office de statistiques, en lui précisant qu'il s'agissait de travailler pour les Allemands. En fait la majorité des fonctionnaires qui travaillaient pour Vichy, comme François Mitterrand,  le faisaient en croyant travailler pour la France. Un exemple souvent cité est celui de Paul Paillole qui travailla dans le service de renseignement de l'armée de l'Armistice jusqu'à l'invasion du sud en Novembre 1942, et dont la résistance n'a jamais été contestée (Cf. les mémoires d'Henri Frenay).

         Marc-Olivier Baruch défend son étude, mais convient que certains cartons d'archives lui sont restés fermés, en particulier ceux qui concernaient la collaboration des polices, la résistance judiciaire, et les informations religieuses. Cela limite l'intérêt de sa déposition dans le procès de Maurice Papon.

         Michel Zaoui essaie de démontrer que Papon et Sabatier formait un tandem, et que les décisions de Sabatier étaient aussi toujours celles de Papon. Or on sait que si Papon était très lié à Sabatier en 1940, Sabatier, pour ce qui n'était pas d'ordre administratif mais d'ordre policier, devait tenir compte de l'Indentant de police. On sait aussi que, lorsque Maurice Papon entre dans une résistance plus active, il n'en avertit pas Sabatier qui, de toute évidence, n'aurait pas eu les nerfs assez solides pour jouer le double jeu. Michel Zaoui en déduit que les 1600 déportés l'on été du fait de la Préfecture avec l'accord de Papon. Maurice Papon proteste de façon véhémente, et on le comprend. Depuis le procès, le livre de Maurice Papon : "La vérité n'intéressait personne" a bien éclairci cette question, et montre la prise de distance entre Maurice Papon et son Préfet qui chercha à le faire nommer ailleurs en janvier 1944. Sabatier pensait que le comportement de ses deux adjoints : Jean Chapel et Maurice Papon mettait sa sécurité en danger par leurs initiatives.

7/40 Analyse de rôle de bureau des questions juives.

          L'idée de base des parties civiles et du parquet est de faire croire que le Service des questions juives de la Préfecture avait une autorité dans l'aryanisation des biens juifs et dans les déportations. Pour présenter le rôle réel de ce service il faut d'abord décrire l'organisation des secrétariats généraux du ministère de l'Intérieur de Vichy. Les questions juives étaient de la responsabilité exclusive du Commissariat Général aux Question Juives, le C.G.Q.J. dont les archives ont été étudiées par Joseph Billig. Ce commissariat, dans l'esprit du régime de Vichy, était sensé ne pas être permanent, et ses dirigeants étaient des personnes politiques, souvent antisémites, et les exécutants étaient pratiquement tous des contractuels. Dans ces conditions, il avait été décidé que toutes les décisions à caractère civil de ce C.G.Q.J. devaient être enregistrées par le Préfet pour leur donner une valeur juridique, et le rôle du service des questions juives de la préfecture était d'assurer toutes les taches administratives d'enregistrement des décisions du C.G.Q.J. C'est la raison du très faible niveau hiérarchique des membres de ce service : il était dirigé par Pierre Garat qui avait 23 ans et était composé de dactylos souvent très jeunes. Ainsi, Marguerite Bonnecaze (voir l'émission 17/40) et Madeleine Gorge, témoignèrent au procès que Pierre Garat recevait surtout des administrateurs provisoires d'entreprises juives, alors que la préfecture n'avait aucun pouvoir sur eux. Ainsi, les avocats et le parquet ont relevé une multitude de documents issus de ce service, portant la signature de Maurice Papon, et ils reprochent à Maurice Papon de ne pas les reconnaître. Le rôle de Maurice Papon était de vérifier le respect de la procédure, ce qui a permis les restitutions, mais il n'avait aucun pouvoir de décision sur l'aryanisation elle-même.

         Rappelons qu'il en était de même pour les affaires de police : les agents de la police antijuive, la PQJ, qui intégrèrent  la SEC qui fut un service du CGQJ, n'avaient pas la qualification d'officier de police judiciaire et ils ne faisaient que des rapports qu'ils transmettaient à la police régulière sous les ordres de l'Intendant de police, pour qu'un officier de police judiciaire dresse un procès verbal de l'infraction, et que cette police procède à l'arrestation du délinquant juif.

         Dans ces conditions, on conçoit qu'un moyen de défendre les juifs étaient de faire traîner les choses : "pas de zèle !" ou en faisant la "grève du zèle", c'est-à-dire en utilisant tous les décrets qui avaient pour objet d'éviter des ventes fictives, c'est-à-dire faites au profit d'amis des juifs. Un autre moyen était de rayer des juifs du fichier que le service des questions juives devait tenir à jour sous l'autorité de la SEC.

         Coté de l'intendance de Police, c'était la même technique. Gagner du temps, et si possible prévenir les personnes visées, ce qui n'était pas toujours possible si des collaborationnistes étaient au courant de l'affaire.

         L'étude des archives du C.G.Q.J. porte sur son organisation, sur les lois et décrets, sur l'aryanisation et sur les affaires de police. Une part très importante de ces archives porte sur les notes adressées au Secrétaire général aux questions juives. par des délégués régionaux en protestation contre l'attitude des services des questions juives des préfectures qui faisaient traîner les choses, et contre la police qui se contentait souvent d'ouvrir des enquêtes qui n'aboutissaient pas et qui, de plus, prévenait les intéressés. Cela était vrai pour plusieurs préfectures, Marseille, Rouen, mais celle de Bordeaux est souvent citée comme le plus "résistante".

8/40 Le procureur général Henri Desclaux

          Le procureur utilise une affaire Haddad, juif tunisien qui a demandé, par une lettre justificative de sa demande, l'autorisation de retourner en Tunisie. Sa demande a été transmise par Maurice Papon aux autorités allemandes qui l'ont refusé. Maurice Papon a averti M Haddad de ce refus. Le procureur reproche à Maurice Papon d'avoir transmis la demande aux autorités allemande sans y joindre un plaidoyer en faveur de Monsieur Haddad.

         Arno Klarsfeld reprend exactement le même cas Haddad qu'il réexpose longuement et reproche à Maurice Papon de ne pas avoir répondu à Monsieur Haddad, alors qu'il a lu la lettre qui a été envoyée en réponse, en ironisant sur la courtoisie de cette lettre.

         Mais le plus significatif de ce réquisitoire est l'affaire des Juifs hongrois requalifiés en polonais pour permettre leur déportation dans le convoi de juillet 42. Plus loin,  lors de l'étude de ces arrestations, on pourra démontrer qu'aucun Hongrois ne figurait sur les listes des personnes arrêtées remises par l'intendance de police. On sait par ailleurs que la police allemande, souvent sur la demande de la SEC, opérait elle-même des arrestations.

9/40 Léon Librach

          Cette affaire a été exploitée de façon outrageuse. Il est vrai que Maurice Papon s'est fait avoir. Quand il arrive à Bordeaux, les choses ont été organisées par l'équipe du préfet Pierre-Alype, collaborationniste notoire qui fut condamné après le guerre, et par Herbert Hagen, l'Allemand le plus antisémite qui soit venu en France et qui a imposé le port de l'étoile jaune. La demande des Allemands a été transmise à Poinsot, commissaire de Police particulièrement collaborationniste, qui fut exécuté après la guerre. La fonctionnaire allemand a transmis une demande de transfert à Drancy qui précise que Léon Librach est français, mais cette demande est transmise via Poinsot qui la répercute, sans cette précision, sur la division 2 de la préfecture qui s'occupe des étrangers. Maurice Papon, croyant que Librach était étranger, et le circuit d'expulsion ayant été déjà mis en place à son arrivé, ne se méfit pas, et signe les ordres de transfert sans vérifier. Il était en poste depuis 2 ou 3 jours. Comment aurait-il pu imaginer une telle collusion ?

         La présentation très partisane de cette affaire est suivie d'un long témoignage du cousin de Léon Librach, qui est émouvante, mais qui n'apporte rien sur la responsabilité de Maurice Papon. Sa déposition apporte, par contre, une démonstration de l'indigence de l'épuration : son jeune frère a été arrêté à Paris par un commissaire farouchement antisémite qui n'a pratiquement pas été inquiété après la guerre.

10/40  La rafle du 16 juillet et le convoi du 18 juillet 42 (1)

         L'analyse des documents précurseurs de la rafle du 16 juillet, qui a fait l'objet des 31 et 32ème audience, par le président et Maurice Papon aurait due faire l'objet d'une mise en parallèle avec ce qui s'est passé dans d'autre préfectures régionales comme Angers, Rouen, Dijon ou Poitiers. C'est aussi là que la force de la contrainte allemande n'a pas été assez évoquée.

11/40  La rafle de juillet et le convoi (2) ; témoignages

         (De l'indigence de l'instruction)

         Georges Gheldmann raconte comment sa mère a été arrêtée, mais la question importante de cette déposition est que sa mère était Hongroise, et qu'elle a été déportée en étant qualifiée de Polonaise, et que les parties civiles prétendent que Maurice Papon a une responsabilité dans cette qualification. Pire, elles prétendent que cela aurait été intentionnel.

         Après un rabâchage infini par le Président,  Maître Varaut démolit en une courte démonstration l'accusation : la note par laquelle le commissaire Thechoueyres faisait part des arrestations au Préfet régional, note lue par le Président, était en fait accompagnée des listes mises en annexe, et ces annexes ne comportaient aucun Hongrois. Le Président reproche à la défense de présenter si tardivement ces notes, alors que c'est le juge d'instruction qui aurait dû les présenter s'il avait instruit correctement le procès, c'est-à-dire en présentant les pièces à charge, mais aussi celles à décharge : il a mis la note au dossier, mais pas les annexes. De plus la défense présente une note qui démontre la responsabilité de la Délégation régionale du C.G.Q.J dans ces arrestations.

13/40  Pierre et Nicole Grunberg, Esther Fogiel

         (De l'instrumentalisation des victimes : enfants à l'époque, elles étaient toutes bien persuadées que Maurice Papon était responsable avant même la tenue du procès.)

         Cet épisode est la contraction de deux audiences, et il est particulièrement significatif de l'instrumentalisation des victimes dans le but de faire condamner Maurice Papon. Les dépositions de Pierre et Nicole Grunberg ont montré leurs souffrances, mais elles démontrent aussi comment ces deux parties civiles sont absolument convaincues que Maurice Papon est responsable de leurs malheurs, ce qui démontre leur conditionnement par les avocats des parties civiles. Par contre elles ignorent encore qu'elles ont été déclarées pupilles de la nation. L'intervention de Jakubovick est significative de la désinformation portée par ce procès : il utilise l'information que leur mère a été déclarée "morte pour la France"  pour présenter un pathos sur l'indifférence de la France au sort des juifs, alors que c'était la conséquence d'une loi qui permettait de conférer aux orphelins juifs français de déportés les avantages du statut de "Pupille de la nation", statut que n'ont jamais obtenu les orphelins des bombardements alliés sur les villes françaises, et qui leur a permis de recevoir une bonne instruction.

         La déposition d'Esther Fogiel  est aussi une exploitation indigne que les avocats des parties civiles ont fait de sa souffrance, car cette déposition ne donnait aucun indice de la culpabilité de Maurice Papon.

         Cet épisode du procès est significatif de ce que la présomption d'innocence d'un inculpé tant qu'il n'est pas reconnu coupable est une fumisterie. Maurice Papon présente une démonstration rigoureuse que les juifs Hongrois ajoutés au convoi du 18 juillet, avec la qualité de Polonais, n'ont pas été arrêtés dans le cadre de la rafle car ils ne figurent ni sur les listes du Bureau des question juives, ni sur celles établies sous la responsabilité du commissaire Thechoueyres. Il émet l'hypothèse qu'ils ont été arrêtés par la Feldgendarmerie avec l'aide de la SEC, et le président conteste cette hypothèse. Le livre de Joseph Billig sur le C.G.Q.J. démontre que Maurice Papon a raison.  

14/40 et 15/40 Le convoi du 26/08/42. Interrogatoires par le Président et par le procureur général.

          Le président donne la liste des avis de transfert à Mérignac de nombreux juifs arrêtés à la ligne de démarcation. Cette liste est particulièrement impressionnante, et la Préfecture se préoccupe du sort des enfants. Une note est envoyée au Chef du KDS, et des entretiens téléphoniques sont tenus : le Préfet régional avec Paris, Chapel avec Leguay et Papon obtient le commandant Sauts, chef de cabinet de Leguay. Il fine, Maurice Papon reçoit une communication téléphonique du commandant Sauts qui lui fait part de la décision du gouvernement qu'il y a lieu d'obéir aux allemands. (C'est cette note manuscrite que Michel Slitinsky a utilisée pour faire un faux : il a tronqué la note pour la publier en 1983, de façon à faire croire que c'était Maurice Papon qui avait donné lui-même cet ordre.)

         En un très long interrogatoire, Le Président essaie de faire dire à Maurice Papon qui a demandé aux familles qui hébergeaient les enfants des personnes déportées en juillet de les ramener à Bordeaux pour que l'on puisse, sur la demande des allemands, les envoyer rejoindre les parents qui ont été déportés. On sait maintenant qu'en fait ces parents étaient déjà morts, mais à l'époque les Français et les SS de Bordeaux l'ignoraient. On sait que, pour dissimuler le crime, Eichmann avait imaginé le subterfuge de faire croire que les juifs étaient envoyés dans des camps de travail dans l'Est. L'interrogatoire du Président est très orienté (il a pris dès facto le rôle de procureur, en plus efficace que le procureur ne le sera dans la séance suivante). Il veut, par la répétition des mêmes questions faire croire que Maurice Papon a donné des ordre en ce sens, mais Maurice Papon est ferme : ce n'est pas la Préfecture qui a demandé la restitution des enfants par les familles d'accueil, la préfecture a seulement transmis la requête du gouvernement au Grand rabbin Cohen et à Madame Ferreyra. En fait, les réactions des familles furent très diversifiées. Le président présente des factures de transport des enfants envoyées à la Préfecture, mais cela ne prouve pas que la préfecture a donné un ordre, cela prouve que la préfecture a laissé le choix.

         On sait que le Rabbin lui-même, dans son journal, a mentionné que l'on lui avait fait valoir que certaines familles déportées auraient peut-être été désireuses de revoir leurs enfants Il a rendu des enfants, alors que lui-même ne l'aurait pas fait pour ses propres enfants, à cause des pressions de son entourage, et il a conseillé de garder les enfants à ceux qui le pouvaient.

         Dans une organisation importante, une facture n'est payée par la comptabilité que si elle peut être opposable à une commande spécifique, ou au moins générique. Dans le cas cité, le Président lui-même constate que des factures portent des marques qui prouvent que ces factures n'ont été payées qu'après avoir effectué un long parcours dans les services, ce qui pourrait prouver que personne ne trouvait un ordre générateur de cette facture. Il est plus vraisemblable que c'est l'entourage du rabbin qui a demandé le restitution des enfants, et que les transporteurs sollicités ont envoyé des factures à la préfecture ne sachant pas où les envoyer ailleurs.

17/40 Marguerite Bonnecaze ; Troisième convoi du 21/09/42

          Venir témoigner ainsi  fut certainement, pour Marguerite Bonnecaze, un acte de courage, et ce fut une déposition des plus intéressantes. Le Président ne lui a pas fait prêter serment, mais sa déposition fut certainement l'une des plus crédibles de ce procès. Elle avait 23 ans à l'époque des faits, et un niveau culturel élevé, licenciée en droit, ce qui lui a permis de comprendre ce qui se passait autour d'elle. Elle travaillait comme rédactrice auxiliaire dans un bureau qui était l'antichambre du bureau de Pierre Garat, ce qui lui permettait de savoir qui Pierre Garat recevait. Son témoignage éclaire sur le rôle réel du service des questions juives de la Préfecture, que le Président a été incapable de mettre en évidence. Elle expliqua que, en dehors de la tenue du fichier des juifs qui se faisait sous le contrôle de la SEC, le principal rôle de ce service était d'assurer le suivis des décisions des administrateurs provisoires qui étaient, rappelons le, nommés par la délégation régionale du C.G.Q.J.. Ce travail d'enregistrement, que Maurice Papon se vante qu'il fut bien exécuté, et qui permit les restitutions après la guerre, perdit de son importance en septembre 1943, et elle fut mutée dans un autre service. A ce sujet, le Président explique que la délégation régionale du C.G.Q.J. a repris le travail, mais cela prouve, une fois de plus l'indigence de l'instruction, car les études portant sur l'aryanisation, et en particulier celle de Martine Soëte sur les administrateurs provisoires, montrent que ces administrateurs, sentant le vent tourner, démissionnaient, ce qui fit que l'aryanisation fut pratiquement suspendue à mi 43, et cela faisait qu'il n'y avait plus de travail dans le service de Pierre Garat.

         (De la censure du procès pour dissimuler la vérité aux Français)

         L'examen du convoi du convoi du 21 septembre commence par la lecture du seul document significatif de ce convoi, exécuté en l'absence de Maurice Papon, faite par le Président. Cette lecture nous permet de relever la censure de cette lecture dans les notes sténographiques du procès, tome 2, page 12, en particulier la censure du dernier paragraphe du brouillon établi par Pierre Garat :

         "La précipitation apportée à cette mesure, ajoutée au fait que les précédents transferts n'avaient été effectués que pour un minimum de 200 juifs, me donne à penser qu'il y a lieu d'établir un rapprochement avec les incidents survenus à Paris ces derniers jours."

         Rappelons que ces évènements en question étaient une série d'attentats contre les troupes d'Occupation qui ont entraîné l'exécution d'un total de 116 otages, dont 70 à Bordeaux le jour même de ce convoi. Cette censure est dissimulée, car il n'y a aucune indication de son existence et elle n'est pas anodine car elle a pour objet d'occulter ce qu'était vraiment  l'occupation, et que Madame Bonnecaze a rappelé dans sa déposition, c'est-à-dire le contraire de ce que Paxton ou les avocats des parties civiles ont soutenu durant le procès. Encore que Pierre Garat ne pouvait savoir la fureur d'Eichmann provoquée par le mauvais rendement de la déportation des juifs de Bordeaux, comme Raul Hilberg l'expose dans son étude.

         Maître Lévy, auquel le Président a donné la parole pour qu'il pose des questions, se livre à un long et fastidieux rabâche du refrain : Maurice Papon, du fait que le service des question juives était sous son autorité, a été responsable de la déportation des juifs, même lorsqu'il était absent.

18/40 Rafles du 19/10/42, 4° Convoi du 26/10/42

         Maurice Papon était absent du 17 au 25 octobre. L'objectif est de faire croire qu'il aurait eu une responsabilité du fait que Pierre Garat aurait opéré du fait de consignes permanentes reçues de Maurice Papon. Or, il est évident que cette rafle a été organisée par les Allemands qui accusaient, à l'époque, l'intendance de police de provoquer des fuites, et de prévenir les intéressés (ce qui était vrai). La préfecture est avertie le jour même pour une opération immédiate. Les policiers sont convoqués à 20 heures, et c'est alors seulement que les listes dressées par les allemands leur sont communiquées, assorties de menaces en cas de nouvelles fuites. Les parties civiles cherchent à démontrer que c'est Pierre Garat qui a apporté les listes, et certains témoignages tendent à prouver que cela est vrai. Alors la question est alors d'évaluer la marge de manœuvre de Pierre Garat, car il est établit que lors de la remise des listes, les commissaires Bonhomme et Thechoueyres étaient présents et n'ont rien dit. Est-ce que les policiers seraient entrés en action si un jeune homme, dont les policiers ignoraient la qualité, était venu seul ?

19/40  Témoignage de Michel Bergès

         Son exposé présente l'avantage d'être focalisé sur Bordeaux, contrairement aux exposés des autres historiens, et d'être appuyé sur de nombreuses sources documentaires. Il décrit le comportement des deux équipes successives de la Préfecture, celle de Pierre-Alype et celle de Sabatier. Il décrit bien le KDS et l'ambiance qui pouvait régner à Bordeaux entre un Préfet régional qui voulait reprendre en main l'administration de la préfecture régionale, surtout en ce qui concerne les service nés de l'Occupation, et Luther, chef du KDS qui voulait montrer que, sur les problèmes de police, c'était lui qui commandait.

         Il rappelle l'importance oubliée d'Adrien Marquet, qui peu de temps avant avait été, en tant que maire, chef de la police de Bordeaux et que Pierre-Alype aurait bien voulu virer. Mais c'est Adrien Marquet qui a eu le dessus.

         Pierre-Alype avait délégué le contrôle de la police à son directeur de cabinet Reige.

         Michel Bergès présente les étapes de l'exclusion des juifs et de la déportation à Bordeaux : la consignation au domicile en février 42 ; le port de l'étoile jaune ; l'autocontrainte avec l'U.G.I.F. ; et enfin la déportation elle-même.

20/40 Interrogatoires de Michel Bergès     

         Etonnant ! Pour prouver l'importance du KDS : 120 allemands, il mentionne un document du procès Dehan qui était issu des informations reçus des agents du deuxième bureau de Vichy qui espionnaient le KDS, et il cite le nom du commandant Paillole. On sait que Paul Paillole, membre éminent du service de renseignement de l'armée de Vichy aida beaucoup Henri Frenay si l'on en croit ses mémoires : La nuit finira. Ce genre d'information contredit les idées largement répandues dans l'exposé de Marc-Olivier Baruch.

21/40 Déposition et interrogatoires de Michel Slitinsky

         Cette déposition donne une idée du caractère incantatoire de ce procès. Après une description très détaillée de ses exploits dans la résistance Michel Slitinsky n'aurait même pas parlé de la rafle pour laquelle il est partie civile, et c'est le Président qui doit lui poser des questions sur le sujet.

         Il fait ensuite un très long exposé sur ses recherches et sur ses livres. Le problème est que la défense relève que, dans son denier livre, un montage est présenté comme un document authentique. Maître Vuillemin relève que cette constatation laisse un doute sur d'autres documents, présentés par les parties civiles, qui ne sont que des photocopies tirées de ce même livre. Les avocats des parties civiles font remarquer que la défense a souvent présenté des pièces qui étaient aussi des photocopies non certifiées conformes, mais ils n'ont jamais trouvé un seul faux parmi elles. Le plus curieux dans cette affaire est la position du Président de la Cour qui, du fait que les deux pièces utilisées étaient des pièces authentiques, en déduisit que le montage de Michel Slitinsky était quasi authentique : où va la justice de France ?

22 et 23/40 Cinquième convoi du 25/11/43 : l'affaire SCHINAZI

         L'étude de ce convoi et de la déportation du Docteur Sabatino Schinazi est significative de ce procès sous tous ses aspects.

         Les SS ordonne à la police d'opérer, sous leur contrôle, un transfert de 86 juifs du camp de Mérignac à Drancy. La préfecture n'apprend que vers 14 H la veille du départ qui a eu lieu le matin. Au cours de ce transfert, il y eu 4 évasions lors d'un ralentissement du train et une en gare d'Austerlitz. Le fait ainsi décrit, on se demanderait ce qui pouvait être reproché à Maurice Papon, mais, dans ce convoi, fut transféré le Docteur Schinazi qui n'était pas juif. Il avait été arrêté avant la rafle du mois de juillet par des gendarmes agissant sur ordre des Allemands, et on est sûr qu'il était détenu depuis le 10 juillet 1942 dans le camp de Mérignac. Les témoignages de l'épouse du Docteur et celui de sa fille divergent sur l'année mais concordent sur la date du 10 juin. Le support de l'accusation contre Maurice Papon aurait été la négligence du service des questions juives placé sous sa responsabilité, car tous les documents prouvent que la SEC et les services allemands avaient admis qu'il n'était pas juif.

         Le Président laisse les fils de docteur Schinazi raconter longuement ce qu'ils ont vécu, mais surtout se répandre à n'en plus finir sur leur conviction que Maurice Papon est responsable de la mort de leur père. L'aîné raconte que sa mère a toujours été renvoyée par les services de Maurice Papon, et Daniel, qui avait 10 ans à l'époque évoque longuement le camp de Mérignac et porte sa création à la charge de Maurice Papon. Le Président laisse faire, puis bâcle rapidement la lecture des documents de la procédure Dehan pour laquelle l'épouse du Docteur explique qu'elle était persécutée par Dehan et qu'elle avait essayé d'avoir recours à la préfecture.

         Or, on apprend que lors de son arrestation, son fils avait déjà été arrêté pour son action dans la Résistance en octobre 1941 et qu'il était alors à Mérignac à l'arrivée de son père. On sait aussi que la Docteur n'est pas décédé à Auschwitz mais à Dachau. Le témoignage de sa fille, déposé en 1947 pour le procès Dehan, précise qu'il a été transféré à Drancy puis à Compiègne. Il est donc évident que le docteur Schinazi a été pris comme otage pour le fait que son fils Samuel était dans la Résistance. Il n'est pas mort parce qu'il était juif mais comme un otage ordinaire.  

         Cette méthode odieuse a été largement utilisée par les Allemands pendant la dernière guerre. C'est avec cette méthode qu'ils ont obligé tant de jeunes Alsaciens à accepter leur mobilisation dans l'armée allemande. On connaît de nombreux exemples où les allemands ont présenté le marché : si un jeune acceptait de s'engager dans l'armée allemande, le père était épargné, et inversement, si le fils entrait en Résistance, le père était assujetti à la directive "Nach und nebell". De très nombreux jeunes qui rechignaient à se rendre au STO ont été conduits à la gendarmerie ou à la gare par les parents qui ne voulaient pas avoir d'ennuis.

24/40  Cinquième convoi, du 30/12/1943

         Le président, à la lecture des documents afférents à ce convoi, ne cesse de demander à Maurice Papon pourquoi l'Intendant de police n'a pas prévenu le Préfet régional. Il est évident que la raison en est très simple : l'Intendant de police, lui-même, n'a pas été averti.

         A cette époque, il y avait un durcissement de l'imperium SS, ce que l'on sait par un rapport, et les SS ne tenaient plus compte des accords avec Bousquet qu'ils suspectaient de ne plus vouloir collaborer. Ils ne voulaient plus que la préfecture intervienne dans leur affaires, et ils considéraient l'intendance de police comme une partie de la préfecture. Rappelons que  Heidrich n'avait admis l'existence des intendants de police que du bout des lèvres et qu'il les considérait que des relais administratifs, sans pouvoir de décision. Dans cette affaire, les SS ont donné leurs ordres directement aux policiers, en les accompagnant de menaces dont les comptes-rendus des policiers, qui tentent de minimiser leur responsabilité pour les 5 évasions, donnent une idée.

25/40 Michel Cohen et Marie Madeleine Pinhas

         On ne voit pas l'intérêt de la si longue déposition de Michel Cohen sur son père. Le fait que ce dernier était un saint homme n'a jamais été nié par personne. Michel Cohen a publié un livre après le procès dans lequel il rend hommage à sa soeur de l'avoir aider à rassembler les souvenirs de famille - il n'était pas à Bordeaux lors de l'arrestation de son père - ce qui prouve qu'il a exposé, sous serment, les souvenirs de sa soeur. Pour justifier son père qui avait incité ses coreligionnaires à s'inscrire sur les listes de juifs, il cite, dans son livre, la lettre pastorale du Grand rabbin de France qui incitait tous les juifs à se faire inscrire sur ces listes.

26/40 La rafle du 10 janvier 1944. Interrogatoire du Président Castagnède.

         Ce très long interrogatoire tourne au harcèlement. Le président veut faire dire à Maurice Papon pourquoi une rafle de 500 Français était considéré par la préfecture comme un coup de force des Allemands particulièrement choquant. On se rend compte que c'est pour cette rafle qu'il aurait fallu qu'un véritable historien expliqua les changements intervenus dans les rapports entre Vichy et la SS. Bousquet vient d'être démis de ses fonctions et a été remplacé, sur ordre de la SS, par Darnand. En fait Darnand s'est engagé à faire collaborer les forces de police françaises au maintien de l'ordre tel que les Allemands le conçoivent, et cet ordre donné à la police de Bordeaux a été une mise à l'épreuve. Le témoignage de l'Intendant de police Duchon après la guerre précise que le SS Meyer lui a dit que Darnand était d'accord pour ces arrestations.

         Le Président veut établir que les listes utilisées pour les arrestations ont été fournies par le service de la préfecture. La très longue discussion sur les listes ne tient absolument pas compte de la liste que les Allemands ont trouvée dans la Synagogue et que le grand Rabbin Cohen cite dans ses mémoires.

27/40  Le convoi du 12 janvier 1944 ; Robert Lacoste ; Pierre Saufrignon.

         Les dépositions de Robert Lacoste et de Pierre Saufrignon furent de vrais témoignages révélateurs des évènements de Bordeaux pendant la guerre. Ces deux témoignages démontrent que la police était sous la contrainte allemande, contrainte accentuée par la complicité de certains français, peu nombreux mais imposés par les SS, comme le Commissaire Poinsot et Lucien Dehan qui fut membre de la SEC, et même un temps délégué régional provisoire. Poinsot fit arrêter Pierre Saufrignon qu'il accusa de saper la réputation de la police française auprès des Allemands et Lucien Dehan prêta main forte dans les rafles à son ami Meyer, qui était un SS particulièrement antisémite.

28/40  Convoi du 12 janvier, les avocats insultent Maurice Papon ; Solange Torrès ; René Jacob.

         Cette diffusion est à elle seule un condensé du procès : on y retrouve tous les ingrédients.

         L'étude des pièces démontre que Maurice Papon n'a eu aucune action dans la rafle qui a précédé le convoi et le convoi lui-même, mais les interrogatoires par les avocats qui se succèdent constituent un véritable harcèlement avec utilisation d'insultes, tout cela sous le regard indifférent du président. Ce harcèlement nous a soulevé le cœur.

         La déposition de Solange Torrès est un exemple de l'exploitation de la souffrance des victimes. Rappelons que le document le plus significatif de la vérité sur ce qui s'est passé à Bordeaux, et qui innocente la Préfecture, est justement le compte rendu d'une confrontation d'André Torrès avec Dehan, qui a eu lieu, le 24 septembre 1947, devant le juge d'instruction du procès de Dehan.

         La très longue déposition de René Jacob n'apporte aucune information sur la culpabilité de Maurice Papon, mais elle est significative de la campagne de diffamation menée par les avocats promoteurs de ce procès : Monsieur René Jacob ne savait rien de l'action de Maurice Papon pendant la guerre, mais il est absolument convaincu que Maurice Papon est responsable de la déportation des  juifs partis de Bordeaux.

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