Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Critique du débat télévisé

          Ce débat était imposé par l'arrêt du tribunal qui autorisait la diffusion d'extraits du procès, pour permettre à la défense de s'exprimer sur la sélection des extraits du procès effectuée par la chaîne Histoire.

            Jacques Legros a conduit le débat, assisté de Jean-Pierre Berthet.
           
Didier Sapaut, directeur de la chaîne Histoire, est venu expliquer pourquoi la défense n'était pas représentée et a lu la lettre de Maître Vuillemin qui avait décliné l'invitation1. Ce débat a été tenu le jour de la 28ème émission, c'est-à-dire avant la transmission des plaidoiries et des réquisitoires. Comment aurait-on pu relever les partis pris d'émissions que personne n'avait encore vues ?

            Ont Participé : Alain Lévy, Jean Pierre Azéma, Gérard Boulanger, Jean-Claude Lescure, Jean-Marie Matisson, Michel Zaoui, Henri Desclaux, Arno Klarsfeld et Michel Slitinsky.

            On comprend, dès la présentation du plateau, combien la présence d'un avocat de la défense eut été incongrue : elle eut simplement cautionné une réunion  de neuf anciens conjurés d'une complot judiciaire.

            Nous allons analyser l'organisation du débat, le découpage de la chaîne Histoire, puis des aspects connus de ce procès, toujours niés par les accusateurs de Maurice Papon, mais confirmés par les responsables de cette machination.

           La chaîne Histoire a accordé un total 8 heures de diffusion aux plaidoiries des avocats des parties civiles  et aux réquisitoires de Marc Robert et Henri Desclaux, et rien à Maître Vuillemin ; comment aurait-il pu accepter de participer ? On a du mal à imaginer ce que Maître Villemin aurait pu faire seul contre 9 représentants de l'accusation. Déjà on a vu que Jacques Legros et Jean Pierre Berthet étaient incapables de maîtriser les participants qui se coupaient constamment la parole. On se demande si Maître Vuillemin aurait seulement pu parler ; on a la certitude qu'il n'aurait certainement pas pu défendre un point de vue. Le manque de contradiction fut, peut être, la cause de ce que les participants se soient laissés aller à convenir de faits qu'ils ont toujours niés pendant le procès.   

(voir le petit extrait de l'émission : comment ce procès.)

         De l'Histoire ou de la Télévision ? 

            A la question posée à Jean-Pierre Lescure : avez-vous fait de l'histoire ou de la télévision ? Jean Pierre Lescure répond : "nous avons fait de l'histoire qui soit regardable à la télévision". Puis il a précisé que l'équipe d'historiens a privilégié les scènes animées et supprimé les longues lectures de documents qui eussent été fastidieuses. En fait, les pseudo historiens n'ont pas fait de l'histoire mais de la télévision. Ils ont donné une place privilégiée à la déposition de Jean-Luc Einaudi, déposition qui faisait penser à un discours du "Dictateur" de Charlie Chaplin, alors que les études effectuées sur le sujet depuis l'ouverture des archives  de la Préfecture de Police en démontrent le caractère "croquignolesque". Ils ont privilégié la déposition de Juliette Benzazon et son algarade avec Maurice Papon lorsque celui-ci lui demanda comment elle avait acquit la conviction qu'il était responsable de ses malheurs, et qui refuse de répondre à la question (émission 30/40) ; par contre, ils ont totalement occulté les lectures des témoignages de témoins très importants, mais décédés lors du procès, tels que ceux de M Roger-Samuel Bloch, de M Guy Jousselin de Saint-Hilaire et M Gaston Cusin. Ils ont privilégié la déposition de Michel Slitinsky, mais ils ont occulté la lecture des documents qui ont permis à Maurice Papon de sauver sa soeur Alice de la déportation, documents autrement plus significatifs des relations entre la préfecture et les SS, et des pouvoirs de Maurice Papon, que les pantalonnades de Michel Slitinsky.

          Le parti pris des "historiens de l'accusation"

            La présentation par Jean-Claude Lescure de la méthode utilisée par les historiens pour la sélection des scènes du procès donne un aperçu de l'objectif poursuivi : il ne s'agissait pas de donner une idée de ce que fut le procès, mais d'utiliser le procès pour présenter leur vue des évènements de Bordeaux. Lui et Jean-Pierre Azema n'ont pas été choqués par les grossières affirmations de Robert O. Paxton sur l'évaluation de la contrainte allemande sur l'administration française de l'époque. Pour Paxton, les Allemands n'étaient que 40000 en France !  Marc-Olivier Baruch cita, comme exemple du choix que les fonctionnaires pouvaient faire, l'exemple de François Bloch-Lainé à qui on proposait de travailler pour les Allemands, alors que le choix ne se présentait jamais sous cette forme. Paul Paillole, dont la Résistance n'a jamais été mise en cause, a travaillé dans les services de renseignement de l'Armée de l'Armistice jusqu'à l'invasion de la zone dite non occupée. François Mitterrand ne s'est pas engagé dans l'administration de Vichy pour travailler pour les Allemands. Les témoignages de ces historiens étaient visiblement orientés contre Monsieur Papon.

         Le caractère incantatoire et expiatoire de ce procès

            Le procureur général n'a cessé, pendant le procès, d'affirmer qu'il s'agissait du procès d'un homme et non de celui de Vichy, mais Jean-Marie Matisson a bien confirmé pendant ce débat que ce procès avait été celui de Vichy, et qu'il regrettait simplement  que Maurice Papon ait remplacé René Bousquet et Jean Leguay. Michel Slitinsky a rendu hommage au Canard enchaîné, et il a soutenu que le mérite de ce procès en revenait aux parties civiles. Il a précisé qu'il était allé à la pêche pour les récupérer. En fait il vantait son obstination.

         La nécessité pour les parties civiles de retarder le procès

            Les parties civiles n'ont cessé d'accuser Monsieur Papon d'avoir voulu retarder le procès. On sait que ce fut le contraire. Au cours de ce débat Gérard Boulanger a déclaré  : «Et tant que l'opinion publique n'était pas convaincue,…et je crois que c'est le grand mérite des parties civiles, tant celles qui étaient à Bordeaux mais aussi celles de toute la France,…a été de convaincre l'opinion que ce procès était nécessaire. Et quand l'opinion publique a basculé, après les politiques ont basculé … et quand les politiques ont basculé, la justice a basculé». Michel Zaoui a renchéri, approuvé par Henri Desclaux, et déclaré que : «si le procès avait eu lieu trop tôt, dans les années 84 ou 85, c'est-à-dire dans le délai normal d'un procès d'assises, je suis persuadé que Papon eut certainement été acquitté...., parce que l'opinion publique n'était alors pas préparée. Il fallait la déclaration de Chirac, il fallait un changement générationnel». On voit bien que tous ces comploteurs  étaient conscients qu'il fallait, pour que Maurice Papon soit condamné, retarder le procès.

         La pression politique.

            Henri Desclaux a expliqué qu'à la première instruction, lorsqu'il fut question d'utiliser le prétexte du privilège de procédure des préfets, à la suite de l'inculpation du préfet Sabatier, il n'a pas demandé l'annulation de toute la procédure : c'est la cour de Cassation qui a prononcé cette annulation sous la pression de la Chancellerie, laquelle était assaillie par les parties civiles. Ensuite, il a été muté à Brest, et dès la deuxième cohabitation, il a été ramené à Bordeaux comme procureur général. La pression du pouvoir politique ne se fait pas en donnant des ordres aux magistrats, mais en plaçant aux bons postes les magistrats dont les opinions sont parfaitement connus. Rappelons que lors de l'émission radio "Le téléphone sonne" qui a eut lieu après le procès, Gérard Boulanger a rendu hommage à Albin Chalandon et Jacques Toubon, respectivement Gardes des Sceaux lors de l'annulation de la première procédure et lors de la reformulation de la définition du crime contre l'Humanité par la Cour de Cassation (arrêt Papon). Il le  confirme d'ailleurs dans la postface de la publication de sa plaidoirie (page 198).       

         La préméditation de la déstabilisation du Président.

            Arno Klarsfeld a confirmé que tous les coups médiatiques étaient calculés par le CRIF, (dont Serge Klarsfeld est un membre du bureau). Son livre " La cour, les nains et le bouffon", était déjà explicite sur ce sujet.

          Les divisions des avocats des parties civiles

            Jean-Claude Lescure a fait remarquer qu'elles n'étaient que très peu visibles dans la salle d'audience, et Jean-Pierre Berthet a confirmé qu'elles furent surtout visibles à l'extérieur du palais. Jean-Marie Matisson a expliqué que, pour lui, les Klarsfeld ne faisaient pas partie des parties civiles. Alors que l'ensemble des parties civiles ont semblé convaincues qu'il aurait fallu demander 20 ans, Arno Klarsfeld a précisé : 
  « Il ne faut comparer Papon à Barbie. Barbie, lui, voulait la mort des enfant d'Izieux … Touvier voulait la mort … vous vouliez demander la perpétuité pour les trois. Papon ne voulait pas la mort …, et si le gouvernement lui avait demandé : «Maurice Papon, si les Allemands vous demandent les juifs, vous ne les donnez en aucun cas, et bien, en aucun cas, il ne les aurait donnés» »
   On mesure la distance entre les parties civiles, et on regrette que le Conseil d'Etat n'ait pas suivi les idées des Klarsfeld, et n'ait pas condamné l'Etat à payer toutes les indemnités aux parties civiles. On sait, par ailleurs, que les Allemands ont demandé les juifs à la Police, et que Maurice Papon s'efforçait de leur épargner la déportation chaque fois qu'il le pouvait.

         Nouvelles accusations

            Comme si le procès n'avait pas suffit, des participants au débat ont lancé de nouvelles accusations. Jean-Marie Matisson a expliqué que ce n'était pas 1650 juifs qui avaient été déportés de Bordeaux, mais plutôt 1900 juifs, car dans de nombreux convois les Allemands rajoutaient des juifs qu'ils avaient arrêtés eux-mêmes et qu'ils détenaient dans leurs locaux. On voit bien que les Allemands n'avaient nul besoin de la préfecture et de la police pour arrêter les juifs contrairement à ce que les parties civiles ont toujours soutenu.

            Arno Klarsfeld a fait remarquer que des arrestations ou convois n'avaient pas été examinés au cours du procès faute de parties civiles, et que le ministère public aurait dû poursuivre M Papon pour ces faits. Il a en particulier  expliqué que Maurice Papon avait signé un ordre d'arrestation de 4 juifs hongrois. Nous devons rappeler que le jury d'honneur porta toute son attention  justement sur cet ordre d'arrestation qui était le seul signé de M Papon, et qui était donc le pire cas. M Papon démontra alors que  les juifs concernés étaient déjà tous arrêtés lorsque cet ordre avait été signé, en utilisant simplement les documents que Roland Dumas, avocat du Canard enchaîné, avait transmis au jury d'honneur. Il ne s'agissait pas d'un ordre mais d'un document administratif. Le secrétaire général de la préfecture devait enregistrer les actions de la police, mais ne la commandait pas. Ainsi les parties civiles tentent toujours de faire croire que des faits ont été passés sous silence par négligence du ministère public, alors qu'en réalité ces faits ont été étudiés au cours de l'instruction, et, si le ministère public n'a pas poursuivi, ce fut parce que M Papon était inattaquable sur ces faits et que une attaque contre lui aurait tourné à son avantage.

          Conclusions

            Cette émission n'a pas tenu l'objectif assigné par le Tribunal de Grande Instance de Paris, par son ordonnance de référé rendue le 18 octobre 2004. Extrait :

"Donnons acte à la société Histoire de son engagement à rétablir l’équilibre entre les points de vue respectifs en donnant la possibilité à chacune des parties de s’exprimer à la suite de la diffusion des quatre-vingts heures du procès PAPON dans le cadre d’une quarante et unième émission de deux heures, dite de plateau, qui suivra immédiatement la diffusion des dernières images du procès réalisées par l’INA."

             L'émission n'a pas été enregistrée après les 80 heures de transmission, et le plateau, même si Maître Vuillemin avait été présent, aurait montré le même déséquilibre entre l'accusation et la défense que dans le procès lui même. Cette émission devrait être reprise avec uniquement ceux qui ont effectué le découpage d'une part et ceux qui le contestent d'autre part, à égalité de représentants.

  Transmission intégrale du procès sur INTERNET par l'I.N.A. 

          Depuis cette transmission par l'INA, nous pouvons affirmer que seul le maintien sur le serveur de l'I.N.A. de l'accès immédiat à la totalité du procès permettrait de rétablir l'équilibre qu'avait voulu le Tribunal de Grande Instance par son ordonnance du 18 octobre 2004. 

 Notes :
1 - Jean-Marc Varaut était déjà trop affaibli pour être présent.

Autres documents : Analyse de la diffusion  ;  Commentaires sur les émissions