Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Analyse de la diffusion d'extraits du Procès par la chaîne Histoire

 Le désir que le procès de Maurice Papon soit diffusé a eu la même origine que pour la diffusion des procès de Klaus Barbie et Paul Touvier. Il s'agissait de maintenir une pression sur l'opinion française dans le but de soutenir la politique d'Israël.

 Cette diffusion n'a pas présenté la réalité du procès

Cette diffusion n'a montré que ce qui se passait dans la salle d'audience, et encore partiellement, puisque seul un sixième du procès a été diffusé. Les commentaires d'Anne Sinclair auraient dû présenter les parties du procès arbitrairement éliminées par les "historiens de la chaîne Histoire", et non être une sorte de résumé de l'émission comportant souvent des erreurs dues à son parti pris et au fait qu'elle n'a pas étudié l'époque. Cette diffusion n'a pas rendu compte de ce qui se passait à l'extérieur du palais de justice, en particulier des manifestations orchestrées par Serge Klarsfeld pour qui il s'agissait d'un combat de militant, plus que de rendre la justice. Cette diffusion n'a pas rendu compte de l'énorme pression exercée sur les témoins de la défense à l'extérieur du palais, mais aussi dans le palais, si ce n'est par les appels au silence du président. Les jurés rentraient chez eux tous les soirs et pouvaient suivre les commentaires très orientés contre M Papon présentés à la télévision. Les personnes qui ont assisté à des audiences ont expliqué que, au dessus des témoins, étaient suspendues des banderoles et des photos des enfants déportés, comme s'il était entendu, avant même la condamnation, que M Papon était coupable. On n'aperçoit ces banderoles que très occasionnellement, lorsque la caméra, en voulant montrer un document projeté, est dirigée trop vers le haut.

Cette diffusion a permis néanmoins d'améliorer la connaissance du procès acquise par la seule lecture des notes sténographiques du fait que les découpages n'ont pas été les mêmes que ceux effectués dans les notes sténographiques, où on avait pu constater également une véritable censure.

L'impression générale laissée par cette diffusion est que, alors que les parties civiles et le parquet ne cessaient d'expliquer que M Papon avait le droit de mentir, et que donc il mentait, c'était les avocats des parties civiles et le procureur général qui mentaient. Qu'un procureur général mente grossièrement dans une salle d'audience, comme le droit l'admet, est supportable pour des jurés qui ont été avertis par le président de la cour et que la défense est là pour contre dire, mais voir, dans son salon, un procureur général de la République, en grande tenue et arborant toutes ses décorations, mentir et insulter est assez insupportable.

Cette transmission a permis aussi de mesurer le déséquilibre entre l'accusation et la défense, et l'indigence de l'instruction. Monsieur Papon a pensé au début du procès que le Président Castagnède était décidé à refaire une véritable instruction, comme on l'a vu dans d'autres procès récents, mais l'ancienneté des faits, et le décès de nombreux témoins, a fait que le président était obligé de suivre pas à pas l'acte d'accusation et l'instruction. On a noté que les dépositions des rares vrais témoins, membres de l'administration comme Marguerite Bonnecaze, ou membres de la police comme Robert Lacoste et Pierre Saufrignon, ont été plus vite expédiées que celles de victimes réelles, mais non en mesure d'apporter des informations fiables sur la responsabilité de Maurice Papon. Cela était du à ce que ces témoignages n'entraient pas dans le moule d'un procès à caractère incantatoire et expiatoire.

Ce procès n'a pas présenté la réalité de l'époque

Une personne non avertie pourrait se demander s'il y avait vraiment des Allemands et, qui plus est, des SS en France à l'époque des faits tant on en a peu parlé. Hubert de Beaufort, dans son "Livre blanc" parle d'un néo négationnisme, mais le suivi de ces diffusions en a fait prendre la mesure. On a réinventé l'histoire de l'occupation Nazie. Un historien en vogue, Robert O. Paxton a parlé d'une France occupée par 40000 allemands, et Marc Olivier Baruch a expliqué que les fonctionnaires qui étaient resté en poste sous Vichy étaient tous des collaborationnistes.

Rappelons que Friedrich Dohse, le chef de la section IV du KDS de Bordeaux, la Gestapo, a expliqué après la guerre que ses chefs mettaient tant d'argent à sa disposition qu'il pensait que les SS imprimaient les billets de banque français. Comme dans tous les KDS, les Français qu'il payait étaient plus nombreux que  tous les Allemands du KDS. Le danger, pour Maurice Papon, venait plus de ces dénonciateurs que directement de la police allemande, et on n'a pas parlé de ces gens là au procès, mis à part Poinsot et Dehan.

Il aurait fallu, à chaque nouvelle rafle ou nouveau convoi, rappeler le contexte. Les historiens ont bien expliqué qu'au printemps 1942 les nazis ont changer d'objectif : ils voulaient dès lors  exterminer les juifs, alors qu'auparavant ils voulaient s'en débarrasser. Mais ils n'ont pas expliqué la concomitance de la rafle du 21 septembre 1942 avec l'exécution de 70 otages au prétexte qu'il y avait eu des attentats à Paris contre les forces d'occupation. Il est évident que cette exécution fut une "punition" infligée à Bordeaux pour le manque de coopération de la police pour les arrestations de juifs. Personne n'a expliqué pourquoi les Allemands ont eux mêmes arrêté les juifs, en novembre 1943 et pourquoi, en janvier 1944, ils ont exigé que ce soit la police française qui effectue la rafle. En fait, on sait que les SS avaient exigé que René Bousquet soit remplacé par Joseph Darnand qui  prit, alors, le titre de secrétaire général au maintien de l'ordre. L'ordre donné à la police d'opérer le rafle a été une mise à l'épreuve de la préfecture régionale et de la police de Bordeaux.

La défense a sauvé la diffusion

Certains ont ironisé sur l'échec supposé de Maître Varaut et sur la condamnation de Maurice Papon. Il faut penser que les 16 heures de plaidoirie de Maître Varaut ne représentèrent qu'une heure par année de diffamation. Beaucoup prenaient pour argent comptant les accusations contre Maurice Papon, et la condamnation à 10 ans, compte tenu du réquisitoire, fut un premier pas vers la réhabilitation. L'audition des plaidoiries a bien montré la nullité des accusateurs, en particulier de l'avocat général et du procureur général. Combien de personnes pourraient réécouter deux fois leur réquisitoire ? N'ont présenté un intérêt réel pour la compréhension de l'époque, que les dialogues entre le Président et Maurice Papon, et la plaidoirie de Maître Varaut qui fut une véritable leçon d'histoire. Bien sûr, les promoteurs de ce procès, vu sous son aspect conjuratoire et expiatoire, doivent être satisfaits de cette diffusion, mais pour la connaissance de l'histoire de l'époque, ce fut vraiment la défense qui lui a apporté un peu d'intérêt.

Nous présentons deux autres textes dans cette série :
Les commentaires des diffusions. Ce document sera complété ;
Une critique du débat télévisé imposé par le tribunal de grande instance de Paris.
Une analyse d'un documentaire, réalisé par Raphaël Lewandowski, portant sur les journalistes qui ont couvert le procès. Ce documentaire est intéressant sur le plan sociologique.