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Le
gardien de la République
Certains auteurs
soutiennent maintenant que Maurice Papon aurait conservé son poste de Préfet
de Police parce qu'il aurait favorisé l'opération Résurrection montée par
l'armée, qui avait pour objet d'imposer le retour
du général de Gaulle par la force, en mai 1958.
Maurice Papon n'a jamais envisagé de soutenir une action
factieuse militaire, même s'il souhaitait le retour du général de Gaulle.
Maurice Papon et Jean Verdier, Préfet de Police et Directeur de la Sûreté
Nationale, hommes liges du ministre de l'Intérieur Jules Moch, connaissaient bien le plan
Résurrection1, mais ils étaient tous les deux bien décidés à
s'opposer à un renversement de la République par la force. Toux ceux qui ont lu les mémoires
de Maurice Papon (Les chevaux du pouvoir, le Préfet de Police du
général de Gaulle ouvre ses dossiers), et d'autres
documents présentés sur ce site, savent que Maurice Papon tenait en piètre
estime les méthodes utilisées par l'armée d'Algérie (vers la fin de son
deuxième séjour
à Constantine, il était devenu "persona non grata" pour l'Armée2),
et qu'il exécrait les Français extrémistes qui faisaient tout pour creuser le
fossé entre les communautés.
La lecture des mémoires des membres du cercle restreint
des partisans inconditionnels de de Gaulle : Debré, Foccart, Jacques
Baumel etc.., permet de constater
que Maurice Papon n'en faisait pas partie, et la lecture des "Chevaux du
pouvoir" prouve que toutes ces personnes étaient sous surveillance
discrète de la police. On ne trouve trace de Maurice Papon, avant le retour du Général au pouvoir,
que dans le cercle restreint de ceux qui furent présents à Bordeaux à la Libération
: Gaston Cusin, Jacques Soustelle et surtout Maurice Bourgès-Maunoury et ses
amis radicaux ou socialistes, comme René Mayer qui a soutenu sa carrière, ou
Jules Moch qui le fit chevalier de la Légion d'Honneur pour sa conduite pendant
la guerre.
Dans leurs écrits, Maurice Papon et Jules Moch ont toujours témoigné
d'une estime réciproque : Maurice Papon n'a jamais envisagé une quelconque indélicatesse
vis-à-vis de Jules Moch. Dans ses mémoires, Une si longue vie,
Jules Moch relate tout ce qu'il a entrepris avec Maurice Papon et Jean
Verdier pour faire échec à l'opération Résurrection,
en particulier le blocage des aérodromes de la région parisienne (seuls trois
restèrent ouverts : Orly, Le Bourget et Toussus-le-Noble, mais on avait disposé
le long des pistes tout ce qui était nécessaire pour les interdire). Il relate
aussi ce qu'il était prêt à entreprendre pour ramener la Corse dans le giron
de la République, si le gouvernement trop mou ne s'y était opposé. Tout ce
qu'a écrit Jules Moch montre sa détermination, mais aussi combien était
gangrenée la volonté de nombreux fonctionnaires, civils et militaires, de
soutenir la Quatrième République complètement disqualifiée3.
C'est parce que les deux hommes liges de Jules Moch : Maurice Papon
et Jean Verdier, ont fait preuve d'une grande détermination pour le
maintien de la légalité républicaine, que le général de Gaulle
les a gardés tous les deux à leur poste, car il savait que l'armée ne
deviendrait pas plus sûre de par son arrivée au pouvoir4 ; on sait qu'ils
furent tout aussi déterminés trois ans plus tard lors du putsch d'avril 19615.
Quand le général de Gaulle constitua son gouvernement le 1er juin 1958,
il y incorpora de nombreux hommes politiques socialistes : Guy Mollet, Max
Lejeune et Eugène Thomas etc... Il garda même Jules Moch, pour qui il a
toujours manifesté beaucoup d'estime, pour représenter la France à l'O.N.U. et pour traiter les problèmes du désarmement. Le Préfet de la Seine,
Emile Pelletier, qui avait montré une ambition politique, fut nommé
ministre de l'Intérieur à la place de Jules Moch, mais fut remplacé dès
janvier suivant.
Notes :
1 – Dans ses mémoires, Maurice Papon constate qu'il avait plus de
renseignements sur l'opération Résurrection par Jean Verdier que par sa propre
police. Il est vrai que les généraux impliqués étaient en majorité en
province : Toulouse et Lyon.
2 - Une semaine après sa prise de fonction
de Préfet de police, Maurice Papon retourna à Alger pour y être décoré de
la Croix
de la Valeur militaire par Robert Lacoste. Le général Salan s'était opposé à
ce que Maurice Papon reçoive cette décoration militaire. Plus tard, quand
Pierre Pflimlin fut nommé président du Conseil, il pressentit Maurice Papon
pour la fonction de ministre délégué en Algérie, mais celui-ci refusa, écrivit-il
dans ses mémoires, à cause de son opposition aux idées de Salan. Pourquoi
Salan aurait-il tenu Maurice Papon au courant de ses projets ?
3 - Jules Moch,
dans "Une
si longue vie", Robert Laffont 1976, page 520 :
"La police n'est
plus le corps d'élite de 1947 : elle a manifesté devant le palais Bourbon
(note : ce qui a provoqué la nomination de Maurice Papon au poste de Préfet de
Police), sous l'influence de l'ex commissaire Dides, devenu député d'extrême
droite sans avenir. La Garde mobile réagit un peu comme l'Armée. La
gendarmerie n'est pas combative. La police de Sûreté, en province, semble plus
sûre que celle de Paris. Les C.R.S. tiennent le coup, m'affirme-t-on.
Le corps préfectoral n'a
plus l'homogénéité dans l'obéissance et le dévouement que j'ai connu
jadis."
4 – Jules Moch, page 519, pour
sa prise de service le 15 mai 1958 :
"A Paris, le Préfet
de Police, Papon, en poste depuis deux mois, que j'ai connu en Corse, est
souriant, mais apte à prendre le vent. Il dispose de 40 C.R.S., mettant en
ligne 5139 gardiens; (…) Nous en avons 14500 (policiers). (…)
Je passe à la province.
Le Directeur de la Sûreté Nationale, le préfet Jean Verdier, énergique et de
toute confiance, dispose de 11 C.R.S. ─ soit 1450 hommes ─ , (…)
Donc 26000 hommes au total."
5 - Michel Debré, dans le tome III de ses mémoires "Trois républiques
pour une France, Gouverner", Albin Michel, page 221 :
"De
1959 à 1962, un de mes soucis permanent, qu'il s'agisse de la rébellion et de
sa volonté d'éliminer toutes les oppositions notamment celle du Mouvement
national algérien (créé par Messali Hadj) et de décourager l'opinion ; qu'il
s'agisse de l'O.A.S. dont l'objectif était de provoquer une crise
gouvernementale par tous les moyens et d'abord par l'assassinat du Général, je
dus faire face à des actes de terrorisme. Ni la rébellion ni l'armée secrète
n'arrivèrent à leur fin. Ces heureux résultats obtenus grâce à la vigilance
de la police et de la gendarmerie ont justifié les compliments que j'ai adressés
à Jean Verdier, Directeur de la Sûreté et à Maurice Papon, Préfet de Police
qui surent faire face à une véritable guerre dont les morts ne doivent pas être
oubliés."
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