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Document
31 (extrait, La seconde guerre mondiale en Gironde par les textes)
1942,
13 février, Bordeaux. (photocopie, l'original a été saisi lors de
l'instruction du procès Papon)
Rapport n° 54 de Jean Chenard, délégué régional à la Police des
Questions juives, au directeur général de la Police des Questions juives.
Par lettre n° 23 du 31 janvier 1942, je vous ai indiqué que j'avais fait
le nécessaire pour prendre contact avec M. le comandant Hagen, chef de la
Sicherheitspolizei.
Il m'a convoqué chez lui hier, mais des raisons de service l'ayant obligé
à s'absenter de Bordeaux, je n'ai rencontré que son adjoint, le lieutenant
Holf et un capitaine.
……………
Cinq sujets furent abordés, mais le cinquième est plus dédié à notre
sujet :
5) – Nous reprîmes alors le sujet exposé dans la lettre n° 13 que
nous vous avons adressée le 10 janvier.
Le commandant Hagen est toujours décidé à procéder dans un proche
avenir à l'internement de tous les
juifs d'origine étrangère (surtout d'origines allemande, autrichienne, tchèques,
polonaise) résidant dans les Basses-Pyrénées, les Landes et la Gironde.
Ces juifs sont au nombre de 300 à 400.
Les autorités allemandes ordonneront que les arrestations soient faites au
même moment dans notre région, mais dans l'ordre suivant : Basses-Pyrénées,
les Landes et la Gironde. Elles donneront au dernier moment les adresses des
juifs touchés par cette mesure, et les instructions utiles.
Elles désirent :
a) que les arrestations soient opérées par la police française ;
b) que les juifs ainsi arrêtés soient rassemblés dans la région
bordelaise pendant un jour ou deux, avant d'être transportés vers Paris ;
c) que leur surveillance au cours de ce transport soit assurée par
la police française ;
d) que le transport lui-même soit assuré par les autorités françaises.
En conséquence, les services du commandant Hagen désirent, au plus tôt
:
a) que les autorités françaises compétentes étudient, dès à présent,
le coordination nécessaire en vue des arrestations simultanées à
effectuer dans la zone occupée des 3 départements formant notre région,
de façon que tout soit prévu et prêt au jour où les autorités allemandes
donneront l'ordre d'agir ;
b) savoir si nous pourrons disposer des moyens de transport nécessaires
pour le rassemblement à Bordeaux des juifs arrêtés, et leur acheminement
ensuite vers Paris ;
c) savoir si nous pourrons effectuer les arrestations et assurer la
surveillance des convois, ainsi que les autorités allemandes le désirent ;
d) savoir si nous pouvons disposer à Bordeaux d'un camp où ces
juifs auraient à être rassemblés pendant 24 ou 48 heures. Le commandant Hagen désire un
autre camp que celui de Mérignac, afin d'éviter tout contact avec les détenus,
en bonne partie communistes, qui s'y trouvent déjà.
Le délégué régional
Note de l'archiviste : Les parties de texte
soulignées le sont certainement, dans le texte initial, par le préfet régional
Pierre-Alype.
Notes du webmaster : On voit bien que Hagen, qui
avait déjà exigé la création du camp de Mérignac Beaudésert, avait
fait étudier les déportations quatre mois avant que Maurice Papon arrive à
Bordeaux, et qu'il s'était adressé à la Police des questions juives et non à
l'administration.
Cette note qui était au dossier du procès de Maurice Papon
n'a pas été présentée au jury, mais Maître Lévy y a fait allusion (page
606 et 607 du Tome I des notes sténos du procès) pour accuser Maurice Papon
d'avoir été prévenu des arrestations en avance.
Une lecture partielle en a été faite par
le Président de la cour d'assises (page 677 du tome I des notes sténo).
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