Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Nuit noire

         Film réalisé par Alain Tasma sur les évènements du 17 octobre 1961 à Paris. Thierry Fortineau joue le rôle de Maurice Papon, Préfet de Police ; Jean-Michel Portal, Clotilde Courau, Florence Thomassin .. et d'autres acteurs sont très bons.      Ce film, est de bonne qualité cinématographique ; le scénario de Patrick Rotman est aussi bon que ce type de sujet le permet, et il se dégage du film une grande émotion.       

         Il montre bien que le FLN n'hésitait pas à abattre ceux qui ne lui obéissaient pas, qui ne payaient pas de cotisation ou qui refusaient de participer aux manifestations organisées par le FLN, ce qui rapproche plus de la vérité historique que ce que l'on peut lire ou entendre généralement. Les auteurs du scénario ont vraisemblablement lu le livre de Maurice Papon, "Les chevaux du pouvoir" et celui de Jean Paul Brunet "Police contre FLN". Gérard Monate[1], policier syndicaliste à l'époque, que l'on ne peut accuser de vouloir défendre Monsieur Papon, a expliqué dans ses mémoires que ce début d'un contre terrorisme était le fait d'une minorité de policiers, mais que les policiers, qui n'étaient pas formés moralement pour supporter des pertes importantes, partageaient tous un  sentiment d'abandon par le pouvoir.

         Le film montre aussi que les policiers devaient supporter des menaces à domicile sur leur famille. Ils avaient l'impression que le FLN pouvait les assassiner sans risque, puisque les tueurs du FLN avaient la certitude d'être libérés après la signature des accords de paix ─ ce qui a eu lieu en effet ─ et que, eux-mêmes, risquaient d'être poursuivis en cas d'utilisation prématurée de leur arme. Le film ne montre pas qu'un sentiment très répandu dans la police était que les magistrats étaient très laxistes dans la répression contre les tueurs de policiers (20 policiers assassinés[2] à Paris cette année là, dont plusieurs à leur domicile), et que certains avocats, qui avaient accès aux dossiers d'instruction, communiquaient au FLN les adresses personnelles des policiers, et se rendaient ainsi complices des tueurs du FLN.      

         Mais l'avis de Maurice Papon, qui a regardé la transmission par Canal +, est que ce film présente bien l'ambiance générale de l'époque et plus précisément celle qui régnait dans la police.

         Nous avons relevé de nombreux mensonges historiques qui visent à faire supporter par la police la responsabilité du drame, mais ce qui a été le plus choquant dans la diffusion du film par Canal + a été les 2 pages textuelles de présentation du contexte historique présentées avant le film lui-même, et les deux pages textuelles de conclusion présentées après le film.

         Nous avons demandé, sans succès jusqu'à maintenant, à plusieurs instances d'imposer le remplacement de ces pages, en conformité avec la réalité historique, de la façon suivante :

 AVANT LE FILM :

 Première page :

 Automne 61. Le général de Gaulle et le FLN tentent de mettre fin à un conflit sanglant
 qui, en sept ans, a fait des centaines de milliers de victime.

 A remplacer par:

En janvier 1961, les Algériens, consultés par référendum, ont voté pour l'indépendance;

Les Français ont voté massivement pour l'établissement d'un gouvernement algérien.

L'indépendance de l'Algérie est donc  certaine.

Deuxième page :

Depuis quelque mois, la guerre d'Algérie a franchi la Méditerranée.

Dans les rues de Paris les commandos du FLN et les forces de Police se livrent un combat quotidien.

 A remplacer par :

Les extrémistes de tous  bords réagissent :

En avril, des généraux ont tenté un putsch en Algérie et, en septembre,
l'OAS a tenté d'assassiner le général de Gaulle.

Pour être seul au pouvoir dans l'Algérie indépendante, le FLN a entrepris d'éliminer tous ses concurrents Algériens, et la police parisienne s'y oppose. 
A l'automne 61, le FLN attaque la police parisienne pour déstabiliser le Général.

APRES LE FILM :

Première page :

Les informations judiciaires ouvertes aboutirent toutes à des non-lieux

Il n'y eu jamais de commission d'enquête.

A remplacer par :

La paix signée, de par  la loi d'amnistie, tous les  Algériens détenus furent  libérés  et les instructions judiciaires liées au conflit furent définitivement closes.

Deuxième page :

On ne saura jamais combien d'Algériens sont morts le 17 octobre et les jours suivants.

Les estimations varient entre 50 et 200 victimes.

 A remplacer par :

On ne saura jamais combien d'Algériens sont morts le 17 octobre et les jours suivants.

Les estimations faites depuis l'ouverture des archives varient entre 25 à 40[3].

Les luttes fratricides entre Algériens ont provoqué, en France,  le décès de prés de 4000 Algériens pendant la Guerre d'Algérie[4].

Actions à entreprendre :    

         Les nations ont la police qu'elles se donnent, et une bonne police est nécessaire à une vraie démocratie. Le premier contact des immigrés avec l'Etat est avec la police, et celui des jeunes issus de l'immigration, après l'école, est malheureusement aussi, le plus souvent, avec la police. L'acceptation de l'autorité de l'Etat est une condition de l'intégration, et elle est facilitée par une police courtoise et efficace. Cette intégration des immigrés a tout à gagner dans l'amélioration de notre police. Les critiques qui visent à la dévaloriser, qui visent à entraver le recrutement de bons éléments, sont contraires à cette amélioration. Nous ne comprenons pas comment un mensonge sur l'histoire de la guerre d'Algérie serait susceptible de favoriser l'intégration de qui que ce soit.

        Nous demandons à nos lecteurs de faire pression sur ceux qui ont le pouvoir d'exiger ces modifications qui s'imposent, et en particulier sur le FASILD qui a subventionné le film.

 "Le Fonds d'action et de soutien pour l'intégration et la lutte contre les discriminations est un établissement public à caractère administratif qui a pour mission de favoriser sur l'ensemble du territoire l'intégration des populations immigrées ou supposées telles ainsi que la lutte contre les discriminations dont elles peuvent être victimes"

 Note sociologique

         Nous constatons un suivisme servile des sites qui présentent le film. On trouve pratiquement toujours l'expression : "les évènements qui ont été longtemps occultés". En fait il a eu peu d'évènements qui furent autant médiatisés que ceux d'octobre 61. Ils ont donné lieu à une cabale forcenée contre Maurice Papon, constamment reprise par certains journaux, en particulier à propos de son procès, ce qui a contribué à le faire juger coupable par l'opinion publique avant même ce procès.

         Les accusations de faire disparaître les corps des victimes de la police sont récurrentes dans une certaine presse. Pendant les évènements de mai 1968, qui furent sans commune mesure avec ceux d'octobre 1961 puisque aucun policier n'a été tué et que les seuls policiers blessés l'ont été dans le feu de l'action, les accusations de meurtres d'étudiants furent faites en direct sur certains postes de radio périphériques, et certains journaux firent alors état de 24 disparus. Il n'y eut pas un seul tué du fait de la police à Paris, et les 24 disparus furent retrouvés dans la journée. (Ref : En mai, fais ce qu'il te plait, Maurice Grimaud).

            Certains auteurs se sont hasardés à faire une comparaison entre la police de 1961 et celle de 1968. Ils oublient que Monsieur Papon a été Préfet de Police près de 9 neuf ans, et que la police de mai 1968, soit 18 mois après son départ, était celle qu'il avait formée.                  

Notes

[1] - Curieusement, plus tard, alors que Monsieur Papon devint trésorier du RPR, Gérard Monate accepta la place risquée de directeur de sociétés d'étude qui n'étaient que des moyens illégaux de financement du PS. Il fut condamné dans l'affaire Urba-Gracco, affaire qui donna aussi bien du souci à Henri Emmanuelli.

[2] - Les FPA, harkis auxiliaires de la police, s'attirèrent la haine du FLN et eurent des pertes, en proportion, beaucoup plus importantes. Biens entraînés, ils infligèrent en retour des pertes très importantes au FLN. La guerre finie, une bonne partie de ces harkis furent incorporés dans la police parisienne après une solide formation

[3] - Ces chiffres sont ceux estimés par le conseiller d'Etat Dieudonné Mandelkern dans son rapport remis en conclusion de l'étude des archives faite à la demande Lionel Jospin.

[4]  - Ce fut la réponse de Louis Joxe, ministre d'Etat chargé des Affaires algériennes, en réponse à une question au gouvernement.