Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Les "Harkis de Paris"

     Les Algériens qui émigraient en France étaient ceux des régions les plus pauvres. Ils étaient le plus souvent illettrés, et ne parlaient pas le Français. Ils étaient souvent victimes d'une exploitation honteuse d'entrepreneurs ou de logeurs sans scrupule. Avant la guerre 39-45, les premiers qui entreprirent de les aider, tout en les exploitant dans un but politique, furent les syndicats. Les premières actions de Messali Hadj furent dans le cadre de la section algérienne de la CGT. Rapidement, son action se détacha de la CGT, qui était colonialiste ─ comme tout le monde à l'époque, et surtout comme l'URSS ─ et il intégra l'Etoile d'Afrique du Nord, qui était spécifiquement algérienne, et en devint Président. Après la guerre 39-45 les syndicats soutinrent les immigrants afin qu'ils ne deviennent pas des "jaunes" utilisés par le patronat.

     Dès sa création par scission du MTLD, le mouvement de Messali Hadj, le FLN reprit l'action des syndicats pour exploiter les travailleurs algériens et les obliger à payer l'impôt patriotique, qui était très lourd, et que beaucoup rechignaient à payer, soit parce qu'ils n'étaient pas politisés, soit parce qu'il étaient, surtout les plus anciens, restés fidèles à  Messali Hadj, dans le MNA.

     Avant l'arrivée de Maurice Papon, la Préfecture de Police avait déjà créé un  service d'assistance technique aux Français Musulmans d'Algérie, SAT-FMA, qui avait pour but d'aider les travailleurs algériens dans leurs démarches administratives, pour trouver du travail, et pour d'autres besoins, et cela pour éviter qu'ils ne tombent sous la coupe du FLN ou de toutes sortes d'exploiteurs. Rapidement, le FLN se rendit compte que cette nouvelle méthode mettait en danger son emprise sur la population algérienne de la Seine : cela permettait de pénétrer le milieu algérien et d'obtenir des renseignements que la police n'aurait jamais obtenus autrement. Les fonctionnaires du SAT-FMA, qui étaient souvent des jeunes originaires d'Algérie, parlant l'arabe ou le berbère, furent alors la cible du FLN et furent victimes d'assassinats. Le capitaine Montaner, qui commandait le bureau de Nanterre du SAT-FMA, démontra le besoin d'une police active spécifique, orientée pour agir contre le FLN qui était très violent, et qui avait détruit le MNA par de nombreux assassinats. L'idée, soutenue par Maurice Papon qui voulait utiliser les méthodes de la guerre psychologique, reçut l'aval du Premier ministre Michel Debré.

   Le capitaine Montaner reçut la mission de créer cette force de police auxiliaire, la FPA. Il recruta dans le quartier d'Alger où il avait été officier SAS, des volontaires arabes et kabyles. Après un entraînement sévère au fort de Noisy, près de 150 PFA bien encadrés, furent implantés en deux postes, dans le 13ième et le 18ième arrondissement. Par la suite, la force approcha les 400 hommes. Cette force se révéla très efficace, parce qu'elle collait aux populations immigrées d'Algérie, obtenait des renseignements et intervenait sans délai. Le FLN tenta de détruire la FPA par des attaques répétées de leurs postes, et cela déclencha de véritables batailles rangées en plein Paris. On peut dire que l'entrée en action de la FPA fut un véritable tournant1 dans ce qu'on appela "la bataille de Paris". Des abus de certains policiers FPA,  qui furent sanctionnés par leur chef qui les expulsa de la FPA, furent exploités de façon outrageuse, sans tenir compte de la façon dont le FLN traitait les FPA : un PFA qui tombait aux mains du FLN ne survivait pas.

     L'ouverture des archives permet une étude détaillée de l'action de la FPA. Elle porta des coups très durs au FLN, par l'arrestation de nombreux collecteurs de fonds et de nombreux responsables, et par la récupération de nombreuses armes sur le FLN : 700 pistolets ou revolvers, 90 pistolets mitrailleurs, 29 fusils de guerres et même 2 fusils mitrailleurs, sans compter près de 20 000 cartouches de tous calibres. On peut dire qu'à la fin d' l'été 1961, la FPA avait gagné la prééminence sur le FLN dans Paris. C'est la raison pour laquelle le FLN voulut, en octobre 1961, se présenter sous une image "pacifique", alors que près de 4000 Algériens avaient été assassinés en France depuis 1954.

     Mais la FPA a subi de très lourdes pertes : 27 membres sont tombés au combat et 19 ont purement été assassinés, ce qui représente un taux de pertes qui dépasse les 10%.

     La FPA fut dissoute le 30 juin 1962.

     Le Chef d'Escadrons Pierre de BUXEUIL DE ROUJOUX, ancien Commandant en second de la FPA, Officier de Renseignements, nous a communiqué un texte dont nous présentons un extrait :

 « Printemps 1962

   Il devient chaque jour plus évident que le sort de l'ALGERIE est scellé....

   Les conséquences humaines déchirantes entraînées par ce choix sont particulièrement dramatiques....

 A Paris, une force auxiliaire de police auxiliaire (la FPA) composée d'engagés volontaires de confession musulmane ainsi que de quelques Kabyles catholiques a été approuvée par Michel Debré....

 Ancien IGAME à Constantine, Monsieur Maurice Papon connaît bien l'ALGERIE. C'est aussi un homme de cœur et un chef dans toute l'acceptation du terme. Il est donc, pour lui, hors de question que des personnels qui lui ont été confiés ne soient pas garantis, quels que soient les évènements, ainsi que leurs familles, tant sur le plan physique que sur le plan professionnel.

   A cette époque, tous les chefs militaires n'ont pas ce scrupule. Les ordres de l'Etat Major sont en effet de limiter au maximum, voire d'empêcher, la venue en France des soldats de confession musulmane ayant servi dans l'armée française. Dans une circulaire aux Chefs de corps, le général de BREBISSON soulignera que : " dans le but d'empêcher la création d'une importante communauté musulmane violemment hostile au gouvernement algérien, il importe de limiter par tous les moyens l'entrée ou le retour en France de ceux qui souhaitent sa protection…"

 Pour Maurice Papon, le problème est au contraire de confirmer les personnels musulmans de la Préfecture de Police et leurs familles dans la nationalité française et dans leur statut. Dans ce but, il est prêt à mettre tout le poids de son autorité dans la balance.

 Il rencontre à ce sujet Monsieur Roger Frey, ministre de l'Intérieur, pour lui préciser que le sort de ses policiers musulmans n'est pas un problème politique mais un impératif humain, et il obtient gain de cause. Tous les policiers auxiliaires musulmans de la P.P. et les membres de leur famille reçoivent des papiers identiques à ceux des métropolitains. Tous les policiers auxiliaires qui le demandent se voient offrir la possibilité d'être intégrés comme gardiens de la paix de la Préfecture de Police. Quand on connaît un tant soit peu les arcanes et les subtilités de l'Administration, ce résultat est un véritable miracle et une performance exceptionnelle. Des locaux sont mis à la disposition des familles et leur transfert en France est organisé tant bien que mal et avec d'énormes difficultés.

 Les volontaires deviendront gardiens de la Paix à part entière et feront carrière à La Préfecture de Police et y atteindront la retraite. Certains deviendront Commissaires divisionnaires, Commissaires de police, Commandants de gardiens de la Paix.

 Dans une période chaotique où tout était propice à la plus grande lâcheté, parmi les hauts fonctionnaires de l'Etat et les militaires de Haut rang concernés par le problème des harkis, Maurice Papon a été un des rares à sauver personnellement les siens, leur famille, et quelques 300 musulmans d'Algérie, amis des harkis, d'un affreux destin, et par la même l'Honneur de la Préfecture de Police. »

   Le lieutenant-colonel Raymond Montaner, ancien Commandant de la F.P.A., nous a fait parvenir une étude sur le sujet que nous traitons par ailleurs, et il la conclut en présentant son "devoir de mémoire" :

    « Au soir de ma vie, souvent lorsque l'amertume et la colère laissent en définitive la place au chagrin, j'aime aller au cimetière de THIAIS2...Telle est ma repentance qui durera jusqu'à mon dernier souffle. »

Cette stèle est dans le zone musulmane du carré militaire. Certains policiers cités sont enterrés à coté, mais d'autres ont été enterrés en Algérie. Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

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Notes : 1 - Voir sur INTERNET  l'article de Rémy Valat     Sur l'entrée en action de la FPA   
            2 - Exactement 20 membres de la FPA reposent dans le carré militaire du cimetière de THIAIS.