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Les raisons de laffaire
Un procès venu d'ailleurs
Le rôle des juifs
sous la quatrième république n'est plus reconnu.
Des juifs fragilisés par la Shoah ont été utilisés
par une faction activiste.
La communauté juive française cherche à
sidentifier.
Lélectorat juif est un levier important.
Maurice Papon était une cible de choix.
Conclusion
Notes
Introduction
Les grandes tragédies de lhistoire ont donné lieu à des
diatribes sans fin dues à lutilisation de lhistoire à des fins politiques.
La dernière guerre mondiale et la décolonisation qui suivit, ont donné lieu à un
enchevêtrement de drames : la guerre elle-même, laffrontement des idéologies
nazie et communiste, la Shoah et, pour la France, la guerre civile entre pétainistes et
gaullistes. La guerre froide et celle dAlgérie, puis la guerre civile provoquée
par lOAS ont ravivé les rancurs. Cela a suscité un tel enchevêtrement de
passions et dobjectifs inavoués quil est impossible à quiconque de
comprendre toutes les vraies raisons qui poussent certains à les utiliser. Nous ne
prétendons même pas comprendre toutes celles qui ont seulement suscité laffaire
Papon, mais nous tentons de dégager les principales. De nombreux livres ont été écrits
sur la mémoire que les Français veulent bien avoir du régime de Vichy, et de
lépuration qui suivit. La polémique sur les relations de François Mitterrand avec
René Bousquet1 en est un exemple. Le livre de Henry Rousso, " le
Syndrome de Vichy ", porte sur ces sujets.
Laffaire sest étalée sur un temps si long que
ses raisons ont évolué à mesure de lévolution des alliances objectives entre les
acteurs qui ont suscité laffaire ou simplement exploitée, comme lanalyse chronologique et politique de l'affaire le démontre. Toutefois, on peut discerner la raison capitale de
l'affaire : le besoin, pour la communauté juive sioniste, de faire condamner une haute
personnalité française pour crime contre l'humanité pour en retirer des avantages
moraux et financiers.
Un procès venu d'ailleurs
Le temps passant, il devient plus aisé de repérer les raisons profondes de l'Affaire Papon car des analyses sociologiques pertinentes deviennent accessibles. L'étude de Peter Novick sur "L'Holocauste dans la vie américaine" montre l'exploitation systématique de l'Holocauste par les instances sionistes aux USA pour soutenir Israël, et celle de Norman G Finkelstein les débordements de ces même instances vers de véritables
chantages financiers. Le World Jewish Congress ne cache pas son lien très étroit avec la droite israélienne - il suffit de visiter son site sur INTERNET pour s'en convaincre - et le soutien qu'il apporte aux associations françaises sionistes comme le CRIF. L'Anti-Defamation League (ADL) , très sioniste, ne cache pas son soutien à la Beate Klarsfeld Foundation. Une enquête menée par un journaliste de la revue Executive Intelligence Review a révélé le canal financier entre l'ADL et les Klarsfeld. Arno Klarsfeld a écrit que le CRIF finançait les avocats
parisiens des parties civiles et que le président du CRIF décidait les orientations stratégiques concernant l'action contre Maurice Papon. L'affaire Papon a eu de multiples raisons, mais celle qui a été décisive fut la volonté d'instances sionistes américaines de faire admettre une participation de la France dans l'extermination des Juifs. Pour cela il fallait qu'une personnalité française notable soit condamnée pour complicité de crime contre l'Humanité.
Le rôle des juifs sous la quatrième République n'est plus reconnu.
A la libération, les Français eurent mauvaise conscience vis à
vis des juifs lorsquils apprirent leur sort. De nombreux hommes
politiques de confession israélite, ou seulement de culture israélite, avaient été des
80 qui avaient refusé de voter les pouvoirs spéciaux au Maréchal Pétain, et parmi les
premiers à entrer en Résistance. A la Libération, les Français leur réaffirmèrent
leur confiance en confiant la direction de la France à ceux dentre eux qui avaient
survécu. Trois dentre eux furent Présidents du Conseil, Léon Blum, René Mayer et
Pierre Mendés France, et bien dautres furent ministres. Les juifs furent rapidement
et généreusement indemnisés lorsque cela était possible. La France soutint
létat dIsraël, sur le plan juridique en votant pour la création de cet
État à lONU et, sur le plan matériel, en facilitant le transit sur son territoire
des juifs et des armes vers Israël, puis en en faisant une puissance nucléaire. Cette vérité est maintenant niée.
Des juifs fragilisés par la Shoah sont utilisés
par une faction activiste.
La Shoah avait, comparativement, soulevé moins de polémiques
jusquà ces vingt dernières années, car elle avait touché peu de Français. Sur
les 76000 déportés juifs, moins de 3000 en sont revenus. Ils étaient trop peu nombreux,
et avaient tellement souffert quils nont pu en parler suffisamment pour en
exorciser le souvenir. Arrivés au soir de leur vie, dégagés des impératifs quotidiens
du travail ou de la vie familiale, ils éprouvent tardivement le besoin de sen
libérer. Cela explique la prolifération de livres parus dans les années 1985 à 1995
sur la vie et la mort des juifs sous loccupation. Ceux qui nont pas vécu ces
drames, mais dont des parents ont été victimes, en ont pris conscience et sont devenus
les proies faciles de ceux qui voulaient exploiter leur ressentiment. Bon nombre de
parties civiles du procès de Maurice Papon étaient dans ce cas : elles
navaient jamais entendu parler de Maurice Papon lorsque les avocats sont allés les
inciter à porter plainte contre lui.
Cette exploitation de la souffrance des juifs a commencé aux USA, et a
été stigmatisée par Normam Finkelstein. Elle a été
reprise en France par les instigateurs du procès de Maurice Papon et a pour objectif d'obtenir des avantages moraux pour la défense
d'Israël dont la politique éloigne les démocrates et les pacifistes, et des avantages
financiers considérables pour les instances associatives de la communauté juive.
La communauté juive cherche à sidentifier.
La France a hérité de la Guerre dAlgérie de deux
minorités, phénomène quelle avait oublié, une minorité musulmane et une
minorité juive. Les Français israélites de vieille souche étaient intégrés dans
léventail des partis français, Georges Mandel était à droite, et Léon Blum à
gauche. Les rapatriés dAlgérie cherchent plus à sidentifier en tant que
communauté quà sintégrer dans la communauté française, et ils se sentent
parfois plus près dIsraël que de la France. Ils sont des Juifs français, alors
que les anciens étaient des Français israélites. Une des raisons du procès de Maurice Papon,
mais tout autre Français en vue aurait fait laffaire, a été de trouver un point
de ralliement de cette communauté, et de faire une démonstration de puissance.
Lélectorat juif est un levier important.
Une faction a trouvé dans la communauté juive un levier très
important pour peser sur le milieu politique, en exploitant le ressentiment des juifs dû
à la persécution des nazis. Cette communauté constitue un électorat suffisamment
important pour emporter la décision, par exemple, lors dune élection
présidentielle. Cest là le point de départ de lattaque contre Maurice
Papon : il était ministre du Budget de Valéry Giscard dEstaing qui avait
perdu son aura auprès de cette communauté en 1981, alors quelle lavait
soutenu en 1974. Cette contrainte exercée sur le milieu politique est souvent niée, mais
elle est réelle et importante. A moins de deux ans de lélection présidentielle,
cétait à celui qui se montrerait le plus attentif aux intérêts juifs.
Maurice Papon était une cible de choix.
La communauté juive a oublié dans le général de Gaulle celui qui
prit position contre les lois antisémites de Vichy, et ne voit maintenant en lui que
celui qui a désapprouvé avec fermeté la guerre de conquête entreprise par Israël en
1967.
Arrivé à la position de ministre, et symbole du gaullisme car il
avait été le grand Préfet du général de Gaulle à une époque particulièrement
difficile, Maurice Papon était une cible idéale pour la faction juive sioniste. La
cabale entretenue contre lui sur les évènements d'octobre 1961 par des journaux de
gauche l'avait fragilisé. Ceux qui étaient jeunes à la fin de la guerre
dAlgérie, y ont été très sensibles.
La venue à Paris de Yasser Arafat a détourné la
vindicte de la communauté sioniste contre François Mitterrand. Elle a alors redécouvert
René Bousquet, mais le meurtre de celui-ci en 1993 l'a obligé à reprendre l'attaque contre
Maurice Papon.
Conclusion
Les amis de Maurice Papon, et lui-même, ont montré une grande
naïveté dans sa défense.
Maurice Papon a connu des Français israélites dune très grande
qualité morale2. Il sattendait sans doute à une étude objective de son
cas par les instances juives, alors que celles-ci étaient bien décidées à le sacrifier
comme victime emblématique et expiatoire. Il sest donc défendu sans jamais
utiliser les méthodes utilisées contre lui.
Les amis de Maurice Papon, souvent d'anciens résistants qui avaient
pris ce parti à cause de la persécution des juifs, habitués à recevoir tous les
honneurs, nont pas vu le temps passer. Ils pensaient quils pouvaient avoir une
influence sur le milieu politique3. Ils ont sollicité laide de François
Mitterrand en 1988, alors que celui-ci ne pensait quà sa propre sauvegarde.
Maurice Papon a cru lui aussi que François Mitterrand, le défendrait4.
En 1991, il lui écrivit pour lui demander
dintervenir pour quun non-lieu soit prononcé faute de charges, ou bien pour
quil soit jugé. Mais il ne sera jugé que 6 ans plus tard, lorsque tous les vrais
témoins auront disparu.
Les accusateurs de Maurice Papon ont oublié le passé, et n'ont
considéré que les intérêts politiques d'Israël et de certaines associations juives.
Pour arriver à leur fin, ils ont exploité la souffrance des juifs. Le procès de Maurice
Papon a été un procès politique. Maurice Papon l'a compris au cours du procès et en a
tiré les conclusions.
Notes :
1 - Les juifs reprochent à René Bousquet davoir échangé la déportation
des juifs étrangers de la zone non occupée dans lespoir dépargner des
citoyens français de confession israélite, qu'ils soient en zone occupée ou non
occupée, alors qu'il était secrétaire général de la police en 1942. Il a passé trois ans en prison à la libération, après un exil forcé en Allemagne d'un an. Il a
comparu devant une Haute cour de justice composée de 15 députés dont deux étaient de
lUDSR, parti de François Mitterrand. Il a été condamné le 23 juin 1949 à 5 ans
dindignité nationale dont il a été immédiatement relevé, ce qui était un quasi
acquittement. Le Conseil dÉtat lui a rendu sa Légion dhonneur en février
1957, quand François Mitterrand était garde des Sceaux. Elle lui avait été décernée
à l'age de 21 ans, pour sa conduite très courageuse lors de l'inondation de Mautauban en
mars 1930.
2 - Maurice Papon, dans son livre " Les chevaux du
pouvoir ", relate que ses conversations avec Jules Moch, qui fut deux fois son
ministre, dépassaient le cadre du travail et de la subordination. Elles étaient du
ressort de lamitié. Jules Moch, dans ses mémoires " Une si longue
vie " explique quil avait une grande confiance en Maurice Papon.
René Mayer, qui fut Président du Conseil, estimait aussi Maurice Papon.
3 - Les jeunes Français ne voient pas toujours ce quil y avait
dhéroïque a résister à des Allemands qui sont devenus si pacifistes, et qui
étaient si peu nombreux en France, à en croire les témoins de laccusation
publique au procès. Juste avant le décès de Jacques Chaban Delmas, combien de Français
de moins de 40 ans auraient été capable de rappeler ce quil lui avait valu sa
notoriété après la guerre ?
4 - Maurice Papon et François Mitterrand ne se sont jamais rencontrés pendant la
guerre ; rien ne pouvait les rapprocher. Pendant que le premier restait à son poste
à Bordeaux, refusant tout avancement, le deuxième réussissait, en 14 mois, à
se faire présenter au
Maréchal Pétain, au général Giraud et au général de Gaulle .
Cependant, sous la quatrième république, ils partagèrent peut être
la même illusion, celle que lon pourrait changer le cours de la guerre
dAlgérie en effectuant des réformes et en modernisant lAlgérie. François
Mitterrand, ministre de lIntérieur de Pierre Mendés France, pensait quil
fallait moderniser lAlgérie pour quelle reste française. Maurice
Papon,
préfet de Constantine, tenta de mettre en uvre cette politique. Plus tard, préfet
de la région de lEst algérien, et chargé de sa réorganisation, il accueillit
François Mitterrand, devenu Garde des Sceaux, venu pour inaugurer la Cour dAppel de
Constantine. Plus tard encore, Maurice Papon, devenu préfet de police de la Seine,
informa immédiatement Danielle Mitterrand du sort de son époux lors de lattentat
de lObservatoire.
Lorsque Maurice Papon, Préfet de police de la Seine, entraîné par
son ministre Jules Moch, prit le parti du général de Gaulle en mai 1958, François
Mitterrand fut déçu.
© Jacques Villette, Paris 2001
Dans cette partie : Analyse
chronologique Chronologie détaillée
Audience du Président Lettre au Président
Les anomalies du procès L'arnaque
au génocide
Géné : Accueil Sa défense
Bordeaux
Qui est-il ? Bibliographie |