Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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mis à jour janvier 2004  

Les raisons de l’affaire

Un procès venu d'ailleurs
Le rôle des juifs   sous la quatrième république n'est plus reconnu.
Des juifs fragilisés par la Shoah  ont été utilisés par une faction activiste.
La communauté juive française  cherche à s’identifier.
L’électorat juif est un levier important.
Maurice Papon était une cible  de choix.
Conclusion
Notes

    Introduction

    Les grandes tragédies de l’histoire ont donné lieu à des diatribes sans fin dues à l’utilisation de l’histoire à des fins politiques. La dernière guerre mondiale et la décolonisation qui suivit, ont donné lieu à un enchevêtrement de drames : la guerre elle-même, l’affrontement des idéologies nazie et communiste, la Shoah et, pour la France, la guerre civile entre pétainistes et gaullistes. La guerre froide et celle d’Algérie, puis la guerre civile provoquée par l’OAS ont ravivé les rancœurs. Cela a suscité un tel enchevêtrement de passions et d’objectifs inavoués qu’il est impossible à quiconque de comprendre toutes les vraies raisons qui poussent certains à les utiliser. Nous ne prétendons même pas comprendre toutes celles qui ont seulement suscité l’affaire Papon, mais nous tentons de dégager les principales. De nombreux livres ont été écrits sur la mémoire que les Français veulent bien avoir du régime de Vichy, et de l’épuration qui suivit. La polémique sur les relations de François Mitterrand avec René Bousquet1 en est un exemple. Le livre de Henry Rousso, " le Syndrome de Vichy ", porte sur ces sujets.
    L’affaire s’est étalée sur un temps si long que ses raisons ont évolué à mesure de l’évolution des alliances objectives entre les acteurs qui ont suscité l’affaire ou simplement exploitée, comme l’analyse chronologique et politique de l'affaire le démontre. Toutefois, on peut discerner la raison capitale de l'affaire : le besoin, pour la communauté juive sioniste, de faire condamner une haute personnalité française pour crime contre l'humanité pour en retirer des avantages moraux et financiers.

    Un procès venu d'ailleurs

    Le temps passant, il devient plus aisé de repérer les raisons profondes de l'Affaire Papon car des analyses sociologiques pertinentes deviennent accessibles. L'étude de Peter Novick sur "L'Holocauste dans la vie américaine" montre l'exploitation systématique de l'Holocauste par les instances sionistes aux USA pour soutenir Israël, et celle de Norman G Finkelstein les débordements de ces même instances vers de véritables chantages financiers. Le World Jewish Congress ne cache pas son lien très étroit avec la droite israélienne - il suffit de visiter son site sur INTERNET pour s'en convaincre - et le soutien qu'il apporte aux associations françaises sionistes comme le CRIF. L'Anti-Defamation League (ADL), très sioniste, ne cache pas son soutien à la Beate Klarsfeld Foundation. Une enquête menée par un journaliste de la revue Executive Intelligence Review a révélé le canal financier entre l'ADL et les Klarsfeld. Arno Klarsfeld a écrit que le CRIF finançait les avocats parisiens des parties civiles et que le président du CRIF décidait les orientations stratégiques concernant l'action contre Maurice Papon. L'affaire Papon a eu de multiples raisons, mais celle qui a été décisive fut la volonté d'instances sionistes américaines de faire admettre une participation de la France dans l'extermination des Juifs. Pour cela il fallait qu'une personnalité française notable soit condamnée pour complicité de crime contre l'Humanité.

    Le rôle des juifs sous la quatrième République n'est plus reconnu.

    A la libération, les Français eurent mauvaise conscience vis à vis des juifs lorsqu’ils apprirent leur sort. De nombreux hommes politiques de confession israélite, ou seulement de culture israélite, avaient été des 80 qui avaient refusé de voter les pouvoirs spéciaux au Maréchal Pétain, et parmi les premiers à entrer en Résistance. A la Libération, les Français leur réaffirmèrent leur confiance en confiant la direction de la France à ceux d’entre eux qui avaient survécu. Trois d’entre eux furent Présidents du Conseil, Léon Blum, René Mayer et Pierre Mendés France, et bien d’autres furent ministres. Les juifs furent rapidement et généreusement indemnisés lorsque cela était possible. La France soutint l’état d’Israël, sur le plan juridique en votant pour la création de cet État à l’ONU et, sur le plan matériel, en facilitant le transit sur son territoire des juifs et des armes vers Israël, puis en en faisant une puissance nucléaire. Cette vérité est maintenant niée.

    Des juifs fragilisés par la Shoah sont utilisés par une faction activiste.

    La Shoah avait, comparativement, soulevé moins de polémiques jusqu’à ces vingt dernières années, car elle avait touché peu de Français. Sur les 76000 déportés juifs, moins de 3000 en sont revenus. Ils étaient trop peu nombreux, et avaient tellement souffert qu’ils n’ont pu en parler suffisamment pour en exorciser le souvenir. Arrivés au soir de leur vie, dégagés des impératifs quotidiens du travail ou de la vie familiale, ils éprouvent tardivement le besoin de s’en libérer. Cela explique la prolifération de livres parus dans les années 1985 à 1995 sur la vie et la mort des juifs sous l’occupation. Ceux qui n’ont pas vécu ces drames, mais dont des parents ont été victimes, en ont pris conscience et sont devenus les proies faciles de ceux qui voulaient exploiter leur ressentiment. Bon nombre de parties civiles du procès de Maurice Papon étaient dans ce cas : elles n’avaient jamais entendu parler de Maurice Papon lorsque les avocats sont allés les inciter à porter plainte contre lui.
    Cette exploitation de la souffrance des juifs a commencé aux USA, et a été stigmatisée par Normam Finkelstein. Elle a été reprise en France par les instigateurs du procès de Maurice Papon et a pour objectif d'obtenir des avantages moraux pour la défense d'Israël dont la politique éloigne les démocrates et les pacifistes, et des avantages financiers considérables pour les instances associatives de la communauté juive.

    La communauté juive cherche à s’identifier.

    La France a hérité de la Guerre d’Algérie de deux minorités, phénomène qu’elle avait oublié, une minorité musulmane et une minorité juive. Les Français israélites de vieille souche étaient intégrés dans l’éventail des partis français, Georges Mandel était à droite, et Léon Blum à gauche. Les rapatriés d’Algérie cherchent plus à s’identifier en tant que communauté qu’à s’intégrer dans la communauté française, et ils se sentent parfois plus près d’Israël que de la France. Ils sont des Juifs français, alors que les anciens étaient des Français israélites. Une des raisons du procès de Maurice Papon, mais tout autre Français en vue aurait fait l’affaire, a été de trouver un point de ralliement de cette communauté, et de faire une démonstration de puissance.

    L’électorat juif est un levier important.

    Une faction a trouvé dans la communauté juive un levier très important pour peser sur le milieu politique, en exploitant le ressentiment des juifs dû à la persécution des nazis. Cette communauté constitue un électorat suffisamment important pour emporter la décision, par exemple, lors d’une élection présidentielle. C’est là le point de départ de l’attaque contre Maurice Papon : il était ministre du Budget de Valéry Giscard d’Estaing qui avait perdu son aura auprès de cette communauté en 1981, alors qu’elle l’avait soutenu en 1974. Cette contrainte exercée sur le milieu politique est souvent niée, mais elle est réelle et importante. A moins de deux ans de l’élection présidentielle, c’était à celui qui se montrerait le plus attentif aux intérêts juifs.

    Maurice Papon était une cible de choix.    

    La communauté juive a oublié dans le général de Gaulle celui qui prit position contre les lois antisémites de Vichy, et ne voit maintenant en lui que celui qui a désapprouvé avec fermeté la guerre de conquête entreprise par Israël en 1967.
    Arrivé à la position de ministre, et symbole du gaullisme car il avait été le grand Préfet du général de Gaulle à une époque particulièrement difficile, Maurice Papon était une cible idéale pour la faction juive sioniste. La cabale entretenue contre lui sur les évènements d'octobre 1961 par des journaux de gauche l'avait fragilisé. Ceux qui étaient jeunes à la fin de la guerre d’Algérie, y ont été très sensibles.
    La venue à Paris de Yasser Arafat a détourné la vindicte de la communauté sioniste contre François Mitterrand. Elle a alors redécouvert René Bousquet, mais le meurtre de celui-ci en 1993 l'a obligé à reprendre l'attaque contre Maurice Papon.

    Conclusion

    Les amis de Maurice Papon, et lui-même, ont montré une grande naïveté dans sa défense.
    Maurice Papon a connu des Français israélites d’une très grande qualité morale2. Il s’attendait sans doute à une étude objective de son cas par les instances juives, alors que celles-ci étaient bien décidées à le sacrifier comme victime emblématique et expiatoire. Il s’est donc défendu sans jamais utiliser les méthodes utilisées contre lui.
    Les amis de Maurice Papon, souvent d'anciens résistants qui avaient pris ce parti à cause de la persécution des juifs, habitués à recevoir tous les honneurs, n’ont pas vu le temps passer. Ils pensaient qu’ils pouvaient avoir une influence sur le milieu politique3. Ils ont sollicité l’aide de François Mitterrand en 1988, alors que celui-ci ne pensait qu’à sa propre sauvegarde.
    Maurice Papon a cru lui aussi que François Mitterrand, le défendrait4. En 1991, il lui écrivit pour lui demander d’intervenir pour qu’un non-lieu soit prononcé faute de charges, ou bien pour qu’il soit jugé. Mais il ne sera jugé que 6 ans plus tard, lorsque tous les vrais témoins auront disparu.
    Les accusateurs de Maurice Papon ont oublié le passé, et n'ont considéré que les intérêts politiques d'Israël et de certaines associations juives. Pour arriver à leur fin, ils ont exploité la souffrance des juifs. Le procès de Maurice Papon a été un procès politique. Maurice Papon l'a compris au cours du procès et en a tiré les conclusions.

    Notes :

1 - Les juifs reprochent à René Bousquet d’avoir échangé la déportation des juifs étrangers de la zone non occupée dans l’espoir d’épargner des citoyens français de confession israélite, qu'ils soient en zone occupée ou non occupée, alors qu'il était secrétaire général de la police en 1942. Il a passé trois ans en prison à la libération, après un exil forcé en Allemagne d'un an. Il a comparu devant une Haute cour de justice composée de 15 députés dont deux étaient de l’UDSR, parti de François Mitterrand. Il a été condamné le 23 juin 1949 à 5 ans d’indignité nationale dont il a été immédiatement relevé, ce qui était un quasi acquittement. Le Conseil d’État lui a rendu sa Légion d’honneur en février 1957, quand François Mitterrand était garde des Sceaux. Elle lui avait été décernée à l'age de 21 ans, pour sa conduite très courageuse lors de l'inondation de Mautauban en mars 1930.

2 - Maurice Papon, dans son livre " Les chevaux du pouvoir ", relate que ses conversations avec Jules Moch, qui fut deux fois son ministre, dépassaient le cadre du travail et de la subordination. Elles étaient du ressort de l’amitié. Jules Moch, dans ses mémoires " Une si longue vie " explique qu’il avait une grande confiance en Maurice Papon.
René Mayer, qui fut Président du Conseil, estimait aussi Maurice Papon.

3 - Les jeunes Français ne voient pas toujours ce qu’il y avait d’héroïque a résister à des Allemands qui sont devenus si pacifistes, et qui étaient si peu nombreux en France, à en croire les témoins de l’accusation publique au procès. Juste avant le décès de Jacques Chaban Delmas, combien de Français de moins de 40 ans auraient été capable de rappeler ce qu’il lui avait valu sa notoriété après la guerre ?

4 - Maurice Papon et François Mitterrand ne se sont jamais rencontrés pendant la guerre ; rien ne pouvait les rapprocher. Pendant que le premier restait à son poste à Bordeaux, refusant tout avancement, le deuxième réussissait, en 14 mois, à se faire présenter au Maréchal Pétain, au général Giraud et au général de Gaulle .
    Cependant, sous la quatrième république, ils partagèrent peut être la même illusion, celle que l’on pourrait changer le cours de la guerre d’Algérie en effectuant des réformes et en modernisant l’Algérie. François Mitterrand, ministre de l’Intérieur de Pierre Mendés France, pensait qu’il fallait moderniser l’Algérie pour qu’elle reste française. Maurice Papon, préfet de Constantine, tenta de mettre en œuvre cette politique. Plus tard, préfet de la région de l’Est algérien, et chargé de sa réorganisation, il accueillit François Mitterrand, devenu Garde des Sceaux, venu pour inaugurer la Cour d’Appel de Constantine. Plus tard encore, Maurice Papon, devenu préfet de police de la Seine, informa immédiatement Danielle Mitterrand du sort de son époux lors de l’attentat de l’Observatoire.
    Lorsque Maurice Papon, Préfet de police de la Seine, entraîné par son ministre Jules Moch, prit le parti du général de Gaulle en mai 1958, François Mitterrand fut déçu.

© Jacques Villette, Paris 2001

Dans cette partie :   Analyse chronologique   Chronologie détaillée    Audience du Président   Lettre au Président    Les anomalies du procès   L'arnaque au génocide

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