Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Modifié en 2011 (note 1)

La cabale contre le Préfet de police.

    Le  milieu intellectuel de gauche s’est déchaîné contre le Préfet Papon à la suite des évènements du 17 au 19 octobre 1961. Voici quelques exemples que Benjamin Stora présente dans son livre sur la guerre d’Algérie, " La gangrène et l’oubli ".

    " Dans Les Porteurs de valises, Hervé Hamon et Patrick Rotman écrivent : " L’Inspection générale de la police estime à cent quarante le nombre de tués, mais le FLN cite les chiffres de deux cents morts et de quatre cents disparus. " C’est ce dernier chiffre que l’historien algérien Ali Haroun reprendra dans La 7ième Wilaya. Le journal Libération de l’époque écrit sans être démenti que quarante autopsies ont été pratiquées à la morgue et une au moins à l’hôpital Boucicaut, laquelle constatait "plaie au cuir chevelu, émasculation, deux balles dans le ventre " ce qui veut dire matraqué, châtré, achevé. Le 8 novembre, Le Monde, qui a jusqu’alors commenté assez prudemment les événements, annonce sobrement : " Une soixantaine d’informations judiciaires ont été ouvertes par le parquet de la Seine depuis le 1er octobre pour rechercher les causes de la mort de Nord-Africains repêchés dans la Seine ou retrouvés dans les fourrés des bois de banlieue. "

    Dans les Ratonnades d’octobre, un meurtre collectif à Paris en 1961, Michel Levine a recueilli des témoignages dispersés. Quelques Algériens survivants : Mohamed Badache, que deux policiers ont étranglé avec un lacet, dans un fossé. Mohamed Trachi, assommé et jeté dans la Seine au pont de Suresnes. Slimane Alla, dont le frère, arrêté, n’est jamais réapparu depuis. Ahcène Boulanouar, battu, violé1 et jeté dans la Seine face au jardin Notre-Dame. Bachir Aidouni, seul rescapé d’une autre tentative de noyade. Ramdane Berkani, assommé à coups de crosse. Medjouli Lalou, violemment matraqué sur tout le corps, menacé de mort, puis abandonné par les policiers au coin d’une rue, incapable de bouger. Akli Benadji et son ami Areski, tabassés à coups de barre de fer et laissés dans les bois de Meudon. Ahmed Bouzidi, dont le neveu est retrouvé noyé. "

Note 1 : Slim Boulanouar, fils de Ahcène, par E-mail, m'a écrit : «...est totalement faux : il a été battu puis jeté dans la Seine, rien de plus (bien que j'estime ceci largement suffisant).»

Benjamin Stora écrit 5 pages du même tonneau.

    Il est vrai, comme l’a écrit le Monde, que 60 informations judiciaires ont été ouvertes depuis le début du mois, cela correspondait au nombre de cadavres entrés à l’IML, mais l’étude des archives prouve que, du 1er  au 17 octobre, pour 1 Algérien tué par des policiers, 9 étaient des victimes du FLN.

    Les thèmes exploités par la presse

    La nature raciste du couvre feu imposé aux Algériens le 6 octobre.

    Fin septembre et début octobre 1961, la lutte FLN-MNA est à son paroxysme. Sur les trois jours des 2, 3 et 4 octobre, 24 cadavres sont entrés à l’IML. Le 5 octobre, la Préfecture conseille vivement aux Algériens de ne pas sortir entre 20 h 30 et 6 h 30. De plus les cafés fréquentés par des Nord Africains sont fermés à 20 h 30. Ces injonctions forment un couvre feu sélectif, qualifié de raciste par la presse. Ce couvre feu est effectivement sélectif car il vise à protéger les victimes désignées du FLN, exclusivement des Algériens, car le FLN se garde bien d’attaquer des civils français. Ces meurtres restent totalement ignorés des Français qui sont alors obnubilés par les attentats de l’OAS, très bruyants mais nettement moins meurtriers. Cinq mois plus tard, une bombe OAS explose dans Boulogne Billancourt, et rend presque aveugle une petite Delphine bien française. Cela provoque une émotion plus importante que la mort d’une centaine d’Algériens dans le bidonville de Nanterre ou celui de Colombes. Une importante manifestation anti-OAS a lieu, et une charge de police intempestive à la station de métro Charonne entraîne 8 décès.

    Le nombre majoré de victimes et de cadavres jetés dans la Seine.

    Les chiffres avancés à l’époque sont augmentés parfois dans le rapport de 10 fois la réalité. A cela, plusieurs raisons :

    La première raison est que des témoins ont vu beaucoup d’Algériens à terre qu’ils ont, à tort, cru morts, à cause de l’utilisation de matraques étudiées pour assommer les manifestants : les bidules. Il y eut la même erreur en mai 1968, quand un reporter de Radio Luxembourg déclarait, en direct, voir des dizaines de cadavres. Ensuite la désinformation a fait tache d'huile, et les journalistes la reprirent sans chercher la vérité. Il est vrai qu’en ce qui concerne les disparitions supposées, la police n’a pas fait connaître immédiatement les noms des 1600 Algériens reconduits en Algérie.

    La seconde raison est que des personnalités officielles ont fait des déclarations absurdes, basées sur des estimations personnelles. Par exemple, Constantin Melnik, alors conseiller du Premier ministre et chargé des questions de police, a avancé dans ses mémoires le chiffre de cent morts, puis a déclaré que cette estimation avait été faite par analogie avec les événements d’Alger. La comparaison était faussée, car Maurice Papon n’était pas à Alger.

    La manifestation de haine.

    Ce matraquage des Algériens a été choquant, mais aucune analyse de la situation n’a été faite pour en dégager les raisons (je n’écris pas les excuses). Les policiers se sentent totalement abandonnés par les Français qui veulent oublier l’Algérie, et ne veulent plus en entendre parler. Les policiers se font tuer sans que la presse ne manifeste la moindre émotion. Ils pensent que les tueurs du FLN sont garantis de la plus parfaite impunité, et que, arrêtés, ils ne seront emprisonnés que quelques mois. Ils accusent la magistrature d’être totalement laxiste car des Algériens arrêtés porteurs d’armes à feu sont condamnés à des peines légères. Ils accusent les avocats du FLN de lui communiquer les adresses de policiers pour lui faciliter le travail : menaces et assassinats.

    Il faut préciser que ces accusations ne sont pas sans fondement. Dès les accords signés, les prisons sont vidées sans aucunes poursuites contre les tueurs de policiers. Ali Haroun raconte que les avocats du collectif de défense du FLN rencontraient les dirigeants du FLN, et que des intellectuels aidaient le FLN à se procurer des armes en assurant les transferts financiers.

    Maurice Papon s’est battu pour que les policiers gardent l’anonymat qui leur est assuré aujourd'hui : pour leurs dépositions ils sont maintenant domiciliés dans leur commissariat.

    Fin septembre et début octobre 1961, la lutte FLN-MNA est à son paroxysme. Sur les trois jours des 2, 3 et 4 octobre, 24 cadavres sont entrés à l’IML. Le 5 octobre, la Préfecture conseille vivement aux Algériens de ne pas sortir entre 20 h 30 et 6 h 30. De plus les cafés fréquentés par des Nord Africains sont fermés à 20 h 30. Ces injonctions forment un couvre feu sélectif, qualifié de raciste par la presse. Ce couvre feu est effectivement sélectif car il vise à protéger les victimes désignées du FLN, exclusivement des Algériens, car le FLN se garde bien d’attaquer des civils français. Ces meurtres restent totalement ignorés des Français qui sont alors obnubilés par les attentats de l’OAS, très bruyants mais nettement moins meurtriers. Cinq mois plus tard, une bombe OAS explose dans Boulogne Billancourt, et rend presque aveugle une petite Delphine bien française. Cela provoque une émotion plus importante que la mort d’une centaine d’Algériens dans le bidonville de Nanterre ou celui de Colombes. Une importante manifestation anti-OAS a lieu, et une charge de police intempestive à la station de métro Charonne entraîne 8 décès.

         Les raisons de cette cabale :

    La récupération par la gauche, de la réprobation de cette guerre.

    Le sentiment que cette guerre a été un immense gâchis est alors largement partagé par la population française, bien que des étapes terribles restent à venir. En protestant avec virulence contre ces violences, la gauche, mis à part le parti communiste, veut faire oublier son immense responsabilité dans le développement de cette guerre. Elle y réussit car les Français ont la mémoire courte. Ils ont déjà oublié les gouvernements qui ont renoncé à apporter des solutions aux problèmes de l’Algérie, et qui se sont contentés d’entraîner la France plus profondément dans la guerre. Je pense ici aux gouvernements de Pierre Mendès France, mais surtout à ceux d’Edgar Faure et de Guy Mollet soutenu par son acolyte François Mitterrand. On peut comparer cette attitude à celle du parti communiste qui fit exécuter en 1941 de nombreux attentats contre l’armée allemande, lorsque Hitler envahit l’URSS, pour faire oublier le pacte germano-soviétique, et son attitude de 1939-1940.

    La persistance de cette cabale

    Ces accusations contre Maurice Papon persistent. Elles ont été reprises sans analyse par de nombreux auteurs : Jean Lacouture dans sa biographie du général De Gaulle, ou Pierre Montagnon et Pierre Miquel dans leur livre sur la Guerre d’Algérie, tout simplement parce qu’elles leur semblaient plausibles.

    Cette cabale a beaucoup contribué à assurer la crédibilité des accusations sur l’attitude de Maurice Papon pendant l’occupation. Elle a été sciemment entretenue par ses accusateurs de tous bords : par les Algériens pour masquer la férocité de leurs méthodes, par les journalistes de gauche pour masquer la culpabilité de la gauche dans le développement de cette guerre, par les réfugiés d’Algérie qui n’ont pas pardonné à Maurice Papon sa lutte déterminée contre l’OAS, et par la faction activiste de la communauté juive qui l’a exploitée outrageusement. N’oublions pas que le quart des réfugiés d’Algérie étaient juifs.

    La seule façon d’y mettre fin eut été d’ouvrir les archives. Garder les archives secrètes trop longtemps est contraire à la démocratie. Les USA ont déjà déclassifié tous les documents afférents à la Guerre du Golf, ainsi tout citoyen américain peut savoir qui a pris les décisions importantes.

    Dans le cas du procès de Maurice Papon, avoir laissé persister cette cabale et ne pas avoir présenté la vérité aux jurés a été un véritable déni de justice.

    Jean-Paul Brunet a été très attaqué pour avoir osé stigmatiser cette cabale, et  il consacre le premier chapitre de son nouveau livre Charonne, Lumières sur une tragédie, intitulé : "17 octobre 1961, La construction d'une légende" à répondre à ses adversaires et notamment à Jean-Luc Einaudi. Il y présente toutes les insanités de Jean Luc Einaudi, négationniste atypique qui nie les crimes des Khmers rouges.
© Jacques Villette, Paris 2003

Depuis la rédaction de cette note, la présentation du film d'Alain Tasma "Nuit noire", par Canal + est un nouvel exemple de la persistance de cette cabale

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