|
La cabale contre le Préfet de
police.
Le milieu
intellectuel de gauche sest déchaîné contre le Préfet Papon à la suite des
évènements du 17 au 19 octobre 1961. Voici quelques exemples que Benjamin Stora
présente dans son livre sur la guerre dAlgérie, " La gangrène et
loubli ".
" Dans Les
Porteurs de valises, Hervé Hamon et Patrick Rotman écrivent : " LInspection
générale de la police estime à cent quarante le nombre de tués, mais le FLN cite les
chiffres de deux cents morts et de quatre cents disparus. " Cest
ce dernier chiffre que lhistorien algérien Ali Haroun reprendra dans La 7ième
Wilaya. Le journal Libération de lépoque écrit sans être démenti que
quarante autopsies ont été pratiquées à la morgue et une au moins à lhôpital
Boucicaut, laquelle constatait "plaie au cuir chevelu, émasculation, deux balles
dans le ventre " ce qui veut dire matraqué, châtré, achevé. Le 8 novembre, Le
Monde, qui a jusqualors commenté assez prudemment les événements, annonce
sobrement : " Une soixantaine dinformations judiciaires ont été
ouvertes par le parquet de la Seine depuis le 1er octobre pour rechercher les
causes de la mort de Nord-Africains repêchés dans la Seine ou retrouvés dans les
fourrés des bois de banlieue. "
Dans les Ratonnades
doctobre, un meurtre collectif à Paris en 1961, Michel Levine a recueilli des
témoignages dispersés. Quelques Algériens survivants : Mohamed Badache, que deux
policiers ont étranglé avec un lacet, dans un fossé. Mohamed Trachi, assommé et jeté
dans la Seine au pont de Suresnes. Slimane Alla, dont le frère, arrêté, nest
jamais réapparu depuis. Ahcène Boulanouar, battu, violé et jeté dans la Seine face au
jardin Notre-Dame. Bachir Aidouni, seul rescapé dune autre tentative de noyade.
Ramdane Berkani, assommé à coups de crosse. Medjouli Lalou, violemment matraqué sur
tout le corps, menacé de mort, puis abandonné par les policiers au coin dune rue,
incapable de bouger. Akli Benadji et son ami Areski, tabassés à coups de barre de fer et
laissés dans les bois de Meudon. Ahmed Bouzidi, dont le neveu est retrouvé
noyé. "
Benjamin Stora écrit 5 pages du même
tonneau.
Il est vrai, comme la écrit le
Monde, que 60 informations judiciaires ont été ouvertes depuis le début du mois, cela
correspondait au nombre de cadavres entrés à lIML, mais létude des archives
prouve que pour 1 Algérien tué par des policiers, 9 étaient des victimes du FLN.
Les thèmes exploités par la presse
La nature raciste du couvre feu imposé aux
Algériens le 6 octobre.
Fin septembre et début octobre 1961,
la lutte FLN-MNA est à son paroxysme. Sur les trois jours des 2, 3 et 4 octobre, 24
cadavres sont entrés à lIML. Le 5 octobre, la Préfecture conseille vivement aux
Algériens de ne pas sortir entre 20 h 30 et 6 h 30. De plus les cafés fréquentés par
des Nord Africains sont fermés à 20 h 30. Ces injonctions forment un couvre feu
sélectif, qualifié de raciste par la presse. Ce couvre feu est effectivement sélectif
car il vise à protéger les victimes désignées du FLN, exclusivement des Algériens,
car le FLN se garde bien dattaquer des civils français. Ces meurtres restent
totalement ignorés des Français qui sont alors obnubilés par les attentats de
lOAS, très bruyants mais nettement moins meurtriers. Cinq mois plus tard, une bombe
OAS explose dans Boulogne Billancourt, et rend presque aveugle une petite Delphine bien
française. Cela provoque une émotion plus importante que la mort dune centaine
dAlgériens dans le bidonville de Nanterre ou celui de Colombes. Une importante
manifestation anti-OAS a lieu, et une charge de police intempestive à la station de
métro Charonne entraîne 8 décès.
Le nombre majoré de victimes et de cadavres jetés dans la Seine.
Les chiffres avancés à lépoque
sont augmentés parfois dans le rapport de 10 fois la réalité. A cela, plusieurs
raisons :
La première raison est que des
témoins ont vu beaucoup dAlgériens à terre quils ont, à tort, cru morts,
à cause de lutilisation de matraques étudiées pour assommer les
manifestants : les
bidules. Il y eut la même erreur en mai 1968, quand un reporter de Radio Luxembourg
déclarait, en direct, voir des dizaines de cadavres. Ensuite la désinformation a fait tache
d'huile, et les journalistes la reprirent sans chercher la vérité. Il est vrai
quen ce qui concerne les disparitions supposées, la police na pas fait
connaître immédiatement les noms des 1600 Algériens reconduits en Algérie.
La seconde raison est que des
personnalités officielles ont fait des déclarations absurdes, basées sur des
estimations personnelles. Par exemple, Constantin Melnik, alors conseiller du Premier
ministre et chargé des questions de police, a avancé dans ses mémoires le chiffre de
cent morts, puis a déclaré que cette estimation avait été faite par analogie avec les
événements dAlger. La comparaison était faussée, car Maurice Papon nétait
pas à Alger.
La manifestation de haine.
Ce matraquage des Algériens a été
choquant, mais aucune analyse de la situation na été faite pour en dégager les raisons (je
nécris pas les excuses). Les policiers se sentent totalement abandonnés
par les Français qui veulent oublier lAlgérie, et ne veulent plus en entendre
parler. Les policiers se font tuer sans que la presse ne manifeste la moindre
émotion. Ils pensent que les tueurs du FLN sont garantis de la plus parfaite impunité,
et que, arrêtés, ils ne seront emprisonnés que quelques mois. Ils accusent la
magistrature dêtre totalement laxiste car des Algériens arrêtés porteurs
darmes à feu sont condamnés à des peines légères. Ils accusent les avocats du
FLN de lui communiquer les adresses de policiers pour lui faciliter le travail :
menaces et assassinats.
Il faut préciser que ces accusations
ne sont pas sans fondement. Dès les accords signés, les prisons sont vidées sans
aucunes poursuites contre les tueurs de policiers. Ali Haroun raconte que les avocats du
collectif de défense du FLN rencontraient les dirigeants du FLN, et que des intellectuels
aidaient le FLN à se procurer des armes en assurant les transferts financiers.
Maurice Papon sest battu pour que
les policiers gardent lanonymat qui leur est assuré aujourd'hui : pour
leurs dépositions ils sont maintenant domiciliés dans leur commissariat.
Fin septembre et début octobre 1961,
la lutte FLN-MNA est à son paroxysme. Sur les trois jours des 2, 3 et 4 octobre, 24
cadavres sont entrés à lIML. Le 5 octobre, la Préfecture conseille vivement aux
Algériens de ne pas sortir entre 20 h 30 et 6 h 30. De plus les cafés fréquentés par
des Nord Africains sont fermés à 20 h 30. Ces injonctions forment un couvre feu
sélectif, qualifié de raciste par la presse. Ce couvre feu est effectivement sélectif
car il vise à protéger les victimes désignées du FLN, exclusivement des Algériens,
car le FLN se garde bien dattaquer des civils français. Ces meurtres restent
totalement ignorés des Français qui sont alors obnubilés par les attentats de
lOAS, très bruyants mais nettement moins meurtriers. Cinq mois plus tard, une bombe
OAS explose dans Boulogne Billancourt, et rend presque aveugle une petite Delphine bien
française. Cela provoque une émotion plus importante que la mort dune centaine
dAlgériens dans le bidonville de Nanterre ou celui de Colombes. Une importante
manifestation anti-OAS a lieu, et une charge de police intempestive à la station de
métro Charonne entraîne 8 décès.
Les raisons de
cette cabale :
La récupération par la gauche, de la réprobation de cette guerre.
Le sentiment que cette guerre a été
un immense gâchis est alors largement partagé par la population française, bien que des
étapes terribles restent à venir. En protestant avec virulence contre ces violences, la
gauche, mis à part le parti communiste, veut faire oublier son immense responsabilité
dans le développement de cette guerre. Elle y réussit car les Français ont la mémoire
courte. Ils ont déjà oublié les gouvernements qui ont renoncé à apporter des
solutions aux problèmes de lAlgérie, et qui se sont contentés dentraîner
la France plus profondément dans la guerre. Je pense ici aux gouvernements de Pierre
Mendès France, mais surtout à ceux dEdgar Faure et de Guy Mollet soutenu par son
acolyte François Mitterrand. On peut comparer cette attitude à celle du parti communiste
qui fit exécuter en 1941 de nombreux attentats contre larmée allemande, lorsque
Hitler envahit lURSS, pour faire oublier le pacte germano-soviétique, et son
attitude de 1939-1940.
La persistance de cette cabale
Ces accusations contre Maurice Papon
persistent. Elles ont été reprises sans analyse par de nombreux auteurs : Jean
Lacouture dans sa biographie du général De Gaulle, ou Pierre Montagnon et Pierre Miquel
dans leur livre sur la Guerre dAlgérie, tout simplement parce quelles leur
semblaient plausibles.
Cette cabale a beaucoup contribué à
assurer la crédibilité des accusations sur lattitude de Maurice Papon pendant
loccupation. Elle a été sciemment entretenue par ses accusateurs de tous
bords : par les Algériens pour masquer la férocité de leurs méthodes, par les
journalistes de gauche pour masquer la culpabilité de la gauche dans le développement de
cette guerre, par les réfugiés dAlgérie qui nont pas pardonné à Maurice
Papon sa lutte déterminée contre lOAS, et par la faction activiste de la
communauté juive qui la exploitée outrageusement. Noublions pas que le quart
des réfugiés dAlgérie étaient juifs.
La seule façon dy mettre fin
eut été douvrir les archives. Garder les archives secrètes trop longtemps est
contraire à la démocratie. Les USA ont déjà déclassifié tous les documents
afférents à la Guerre du Golf, ainsi tout citoyen américain peut savoir qui a pris les
décisions importantes.
Dans le cas du procès de Maurice Papon, avoir laissé persister
cette cabale et ne pas avoir présenté la vérité aux jurés a été un véritable déni
de justice.
Jean-Paul Brunet a été
très attaqué pour avoir osé stigmatiser cette cabale, et il consacre le
premier chapitre de son nouveau livre Charonne, Lumières sur une
tragédie, intitulé : "17 octobre 1961, La construction d'une légende"
à répondre à ses adversaires et notamment à Jean-Luc Einaudi.
Il y présente toutes les insanités de Jean Luc Einaudi, négationniste atypique
qui nie les crimes des Khmers rouges.
© Jacques Villette, Paris 2003
Depuis la rédaction de cette
note, la présentation du film d'Alain Tasma "Nuit
noire", par Canal + est un nouvel exemple de la persistance de cette
cabale
Accueil Plaidoyer
La procédure Bordeaux Lutte FLN-MNA Lui même
Bibliographie |