Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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(mise à jour du 23 novembre 2002)
Analyse chronologique et politique de l'affaire

Nous allons étudier différents aspects de cette affaire Papon en exposant son déroulement. Nous distinguons différentes phases, malgré le caractère toujours réducteur de cette méthode :

 1981 - Le soutien de la candidature de François Mitterrand.

    L’affaire " Papon " est, au départ, un simple coup électoral visant à soutenir la candidature de François Mitterrand. Ce n'est pas par hasard que le Canard enchaîné lance la première accusation contre Maurice Papon le 6 mai 1981, entre les deux tours des élections présidentielles où François Mitterrand a été élu. Cette accusation vise d'abord, en Maurice Papon, le ministre du budget du Président Giscard d’Estaing. Elle est du même tonneau que l'"affaire des diamants" montée à la même époque contre Giscard d'Estaing, et celle des "billets d'avion" montée de nos jours contre Jacques Chirac.

    La candidature de François Mitterrand est soutenue par le Canard enchaîné et par l’intelligentsia juive. Pour comprendre la raison du soutien juif, il faut se remémorer le septennat de Valéry Giscard d’Estaing. En 1974, le guide politique des anciens Français israélites de gauche est Pierre Mendès France, et non François Mitterrand, car ils se souviennent du passé pétainiste de ce dernier. Les Juifs réfugiés d'Afrique du Nord soutiennent Valéry Giscard d'Estaing qui a marqué une certaine sympathie pour l’"Algérie française" et qui est considéré comme anti-gaulliste, alors que de Gaulle est considéré comme anti-israélien depuis la guerre des six jours (1967). Les études faites après les élections de 1974 ont montré que, dans sa majorité, l'électorat juif a voté Valéry Giscard d'Estaing, et a peut être fait la différence de 1 % qui a porté VGE au pouvoir. François Mitterrand en a pris conscience et, lui qui ignorait totalement le monde juif quand il était à Vichy1, s’en est beaucoup rapproché. Il a effectué plus de 10 voyages en Israël pendant le septennat de Valéry Giscard d’Estaing. Ce dernier est alors rejeté par la communauté juive, du fait de ses tentatives de rapprochement du monde arabe. Il s'agit donc d'orienter l'électorat juif. Bernard Violet, dans son livre le " Le dossier Papon ", montre bien que cette première accusation médiatique a été un coup électoral soutenu par Roland Dumas, alors avocat du Canard enchaîné.

    Maurice Papon demande en juin 81 au CAR, Comité d'action de la Résistance, une fédération d’associations d’anciens résistants, de désigner un jury de personnalités reconnues pour étudier son cas. Ce jury comprend Marie Madeleine Fourcade, Jean Pierre-Bloch, Daniel Mayer, le révérend père Riquet et Charles Verny. En décembre, ce jury rend un avis qui déclare que Maurice Papon a bien été résistant, mais qu'il aurait dû démissionner en juin 1942 de l'Administration de Vichy.

    L’affaire des diamants est simple car elle ne met plus en cause les hommes au pouvoir. La police démontre que les documents signés par Sa Majesté Bokassa étaient des faux antidatés. Par contre, l’accusation de complicité avec les nazis est si énorme qu'il n'est pas possible d'expliquer à tous ces malheureux juifs qui ont cru l'accusation justifiée, que c'était juste pour faire élire François Mitterrand. Les suites judiciaires s'avèrent inévitables.

 La première instruction.(Les sionistes maintiennent la pression sur François Mitterrand.)

Les premières plaintes de 1981.

    Un procès de Maurice Papon remettrait en cause le comportement des fonctionnaires qui, en 1940, sont restés à leur poste, quitte à subir Vichy en s'efforçant d'en atténuer les tares. Il stigmatiserait surtout le comportement de ceux qui se sont portés volontaires pour servir Vichy ou l’Allemagne, comme les deux chefs de la coalition au pouvoir. François Mitterrand a sollicité un poste à Vichy et y a servi jusqu’au printemps 1943. Georges Marchais a été travailleur volontaire en Allemagne. Les amis de François Mitterrand, instigateurs de l'attaque, sont conscients du tort qu’un tel procès porterait au nouveau Président et se gardent bien de porter plainte. Qu'aurait-il répondu à la question tant posée au procès : Savait-on quel était le sort des juifs déportés ?

    Les 4 premières plaintes du 8 décembre 1981 et les 6 déposées entre le 27 mars et le 25 avril 1982, sont dues à des personnes ignorant le passé pétainiste de François Mitterrand, et peu au fait de la politique2. C’est généralement Michel Slitinsky3, véritable meneur des parties civiles et très politisé, qui fait du porte à porte pour rameuter les plaignants, mais lui ne porte pas plainte. Maurice Papon est inculpé, en janvier 1983, sur sa propre demande

Janvier 1985 : Rapport des experts

    Trois experts désignés par le juge d'instruction remettent leur rapport. Ils écartent la responsabilité de Maurice Papon et déclarent qu'il a évité la déportation d'environ 150 personnes.

Position de l’intelligentsia juive acquise à Israël

    L’intelligentsia juive voit dans l'instruction à l'encontre de Maurice Papon un moyen d'exercer une pression sur le Président de la République. Certes, il est acquis aux intérêts d'Israël, mais il caresse l'ambition de lier son nom à l'établissement de la paix au Proche Orient. Il pense que cette paix ne sera rendue possible que par la reconnaissance réciproque entre Israël et un état palestinien qu’il faut créer. Dès février 1982, il présente ses convictions devant la Knesset (Chambre des députés en Israël), alors que la droite la plus virulente, menée par Menahem Begin, est au pouvoir en Israël.

    La tension monte entre les états arabes et Israël qui envahit le Liban. François Mitterrand prend l’initiative, suivi par les USA, d'aider les Palestiniens à se réfugier en Tunisie.

    L’intelligentsia juive en France ne pousse pas son avantage contre François Mitterrand, car elle pense qu'elle risquerait d'y perdre s'il était mis en minorité. Serge Klarsfeld, membre influent de la communauté sioniste, est avocat, et il sait que les accusations contre Maurice Papon, telles qu'elles sont formulées alors, ne déboucheront pas4, car de nombreux responsables de Vichy, plus impliqués que celui-ci dans la déportation des juifs, sont vivants. Ainsi, de paisibles retraités comme René Bousquet, Secrétaire général de la police de Vichy, au rang de vice-ministre, Jean Leguay, son représentant en zone occupée, Jean-Pierre Ingrand, représentant en zone occupée du Ministre de l'Intérieur, et le préfet de région Maurice Sabatier qui a été le chef direct de Maurice Papon, ne sont alors pas inquiétés.

    Roland Dumas est devenu conseiller du Président. Robert Badinter, membre du FSJU, Fond social juif unifié, et Garde des Sceaux, ne pousse pas les feux.

    Fin 1985, l’instruction est pratiquement bouclée et la gauche au pouvoir ne veut pas de procès, mais personne n’ose décider de prononcer le non-lieu. L'intelligentsia juive sait que, si le procès a lieu, Maurice Papon sera acquitté, car les témoins de ce qui s'est passé à Bordeaux en 1942-44 sont vivants et viendront le défendre.

1986, Jacques Chirac, Premier ministre, relance l'affaire.

La première instruction est annulée le 11 février 1987.

    Alors que l’instruction en cours s'oriente vers le non-lieu, faute de charges, les avocats des parties civiles, Serge Klarsfeld et Gérard Boulanger exercent une très forte pression sur Albin Chalandon, alors Garde des Sceaux, pour que l'affaire soit relancée. Son directeur de cabinet, Jean-François Burgelin7 suit personnellement l'affaire. Le Procureur de la République de Bordeaux, sur ordre du gouvernement, au prétexte qu’il n’est pas possible de poursuivre Maurice Papon, simple exécutant, sans poursuivre son chef, requiert l'annulation de la procédure. La Cour de cassation, sous un prétexte discutable, annule, le 11 février 1987, tous les actes de procédure postérieurs au 5 janvier 1983, date à laquelle Maurice Sabatier, préfet régional en 1942, interrogé comme témoin, a revendiqué la responsabilité de ce qui s'était passé à Bordeaux. L’arrêt de la Cour interdit l'utilisation du rapport des experts de janvier 1985, qui avait été demandé dans le cadre de cette première instruction, et qui était très favorable à Maurice Papon.

    De nombreuses associations se constituent parties civiles fin 1987 et en 1988. Une deuxième instruction est reprise en impliquant alors Maurice Sabatier.

    A l’approche des nouvelles élections présidentielles, la parti sioniste ne veut pas nuire à la candidature du Président. En effet, Jacques Chirac, bien qu'il ait relancé l'affaire en faisant casser la première instruction, n'a toujours pas convaincu ce parti. Me Boulanger garde sous son coude les plaintes de parties civiles contre Maurice Papon5.

 1988 François Mitterrand est réélu.

     Le 13 juillet 1988, le Président de la République reçoit une délégation d'une association d'anciens Résistants " Résistance Vérité Souvenir " qui défend Maurice Papon. Elle est composée de Maurice Bourgès-Maunoury, Jacques Soustelle, Gaston Cusin, Jean Morin, Charles Verny, Laï Kamara et Nicolas Pilliet ( les 2 derniers cités sont délégués généraux de l'association). La délégation proteste contre la longueur de l’instruction, et fait remarquer que, si la nouvelle instruction est aussi longue que la première, de nombreux témoins seront décédés avant le procès (ce qui s'est produit). Le Président leur accorde de bonnes paroles et promet d'en parler au Garde des Sceaux. On sait maintenant, par ses déclarations à la télévision, que François Mitterrand a tout fait pour éviter que Maurice Papon, puis René Bousquet, soient jugés.

    Le conseiller Braud reprend l’instruction et travaille rapidement. Au procès, une bonne part des actes d’instruction présentés seront ceux établis par lui.

1989 Yasser Arafat en France : Les sionistes contre François Mitterrand.

    Réélu, le Président reprend ses efforts pour résoudre le problème du Proche Orient. Il pense que cela nécessite la reconnaissance de Yasser Arafat comme interlocuteur de la communauté internationale, dès lors que lui-même reconnaît à Israël le droit d'exister. L'accueil à Paris, le 2 mai 1989, de Yasser Arafat est très mal perçu par la communauté juive. François Mitterrand devient un ennemi. Cette communauté se souvient alors des liens du Président avec René Bousquet, ancien secrétaire général de la police sous Vichy, qu'il continuait à recevoir à l'Élysée pendant que Maurice Papon était mis en examen. L'attaque de René Bousquet permet de révéler le passé pétainiste du Président. Maurice Papon peut souffler un peu. En mai 1990, c'est un véritable déluge de plaintes contre Maurice Papon et René Bousquet.

1991 Maurice Papon écrit au Président de la République et lui demande d’intervenir pour qu'il soit relaxé faute de charges, ou jugé rapidement.

1993 En mars, la droite gagne les élections législatives

Edouard Balladur est Premier ministre.

    René Bousquet est assassiné le 8 juin.

    Les attaques du parti sioniste sont violentes, et ce n'est pas la droite qui va protéger François Mitterrand. Il est malade et sait que sa fin approche. Il choisit alors la transparence et entreprend de mettre de l'ordre dans sa vie privée et dans sa vie publique. Il reconnaît sa fille Mazarine et avalise le livre de Pierre Péan qui relate sa jeunesse de droite et son passé à Vichy. Il reconnaît devant les téléspectateurs qu'il s’est opposé à la tenue du procès de René Bousquet, qui aurait ravivé les divisions des Français.

1995 Jacques Chirac, Président de la République, exige un procès.

    Lui qui avait la réputation d'être pro-arabe entreprend immédiatement de se rapprocher de la communauté juive qui a pris un ascendant considérable aux USA avec les actions du Congrès Juif Mondial (www.wjc.org.il) et en France. Il est prêt à utiliser l'affaire Papon pour se rapprocher de cette communauté et par la même occasion pour affaiblir la gauche. Jacques Toubon, Garde des Sceaux, doit donc veiller à ce que le procès ait lieu.

    On sait que le procès n'a pas atteint Lionel Jospin qui s'est très rapidement démarqué de l'ancien Président et de ses partisans : Mitterrand ? Connais pas !

1996 Maurice Papon est renvoyé devant la Cour d'assises

    Le décès de François Mitterrand, le 8 janvier, lève le dernier obstacle à un procès. Le 18 septembre, La Cour d'Appel de Bordeaux rend l’arrêt de renvoi de Maurice Papon devant la Cour d’assises. L'acte d'accusation mentionne également René Bousquet, Norbert Techoueyre et Jean Legay, tous décédés.

    Il reste qu'il ne parait pas possible de poursuivre Maurice Papon pour complicité d'un crime dont il ignorait l'existence6. La cour de Cassation résout le problème, en janvier 1997, en émettant un arrêt qui définit le concept de complicité matérielle de crime contre l'humanité. Cet arrêt devra être appelé l'arrêt Papon, car M Maurice Papon en sera l'unique justiciable. 

La nouvelle gauche au pouvoir s'en lave les mains

1997 Le procès

    Suite à la dissolution de la Chambre des députés, la nouvelle majorité élue, qui ne se sent pas concernée et ne veut pas se mettre à dos la communauté sioniste, n'intervient pas et se contente d'organiser le procès de Maurice Papon. Elle ne tient pas compte des nombreuses mises en garde provenant parfois de la communauté juive non sioniste, comme celle émise par Madame Weil. Commencé le 8 octobre 1997, le procès se tient dans une ambiance médiatique incompatible avec une vraie justice. Le 2 avril 1998, Maurice Papon est condamné à 10 ans de réclusion criminelle. Il se pourvoit en cassation.

1999 Maurice Papon est en prison.

    Maurice Papon refuse alors de coopérer avec la justice de son pays. Son procès lui a permis de prendre la mesure de cette justice orientée par les influences politiques. A 89 ans, il rentre une deuxième fois en résistance. Il se réfugie en Suisse et ne se rend pas au tribunal pour le procès en cassation, ce qui rend son pourvoi caduc. Il est arrêté par la police suisse et livré à la police française. Il est maintenant interné à la Santé où il se dit prisonnier politique.

    Maurice Papon plaide contre son procès auprès de la Cour Européenne de Justice qui s'est engagée à en étudier la validité avec diligence, et il espère que son procès sera annulé avant la fin de l'année 2001.        HAUT DE PAGE

Notes :

1 : Le livre de Pierre Péan sur la jeunesse de François Mitterrand, "Une jeunesse française",  ignore totalement des expressions comme : loi antisémite ou train de déportation. Il est vrai qu'il n'était pas politiquement porteur de s'occuper des juifs sous Vichy. Le numéro spécial du Crapouillot de juin 1981, très documenté, précise le numéro d'ordre de sa francisque : 2202. Ironie du sort, ce numéro prouve qu'elle lui a été attribuée alors qu'il était déjà à Alger.

2 : Les premiers plaignants furent trois membres de la famille Matisson et Esther Fogiel. Maurice-David Matisson, dans son livre  Psychanalyse de la collaboration, Le syndrome de Bordeaux, présente la carrière de Maurice Papon. Il remarque que Maurice Papon eut une importante promotion au poste de Secrétaire général du protectorat du Maroc, en 1954, alors que François Mitterrand était ministre de l'Intérieur. Il note alors que ce dernier ne pouvait pas savoir, en 1954, que Maurice Papon avait prêté serment au Maréchal au cours d'une cérémonie qui s'était tenue dans la cour de la Préfecture de Bordeaux en 1942, car ce fait n'avait été "révélé" qu'en 1961 par le journal Combat. M. D. Matisson ignore donc que François Mitterrand a signé le serment : "Je fais don de ma personne au Maréchal, comme lui-même a fait don de la sienne à la France...", pour obtenir sa francisque. L'analyse de l'emploi du temps de Maurice Papon, faite pendant le procès, a prouvé que celui ci n'était pas présent à Bordeaux le jour de cette cérémonie. Ensuite, il refusa de signer le serment.

3 : Michel Slitinsky, historien bordelais qui a étudié la Résistance communiste, et publié de nombreux livres contre Maurice Papon, fut le meneur des parties civiles, alors que le procès a démontré que Maurice Papon était personnellement intervenu en 1943 pour faire libérer sa sœur Alice. Voir à ce sujet les documents Alice1 et Alice2.

4 : En 1988, Serge Klarsfeld, décoré de la Légion d'Honneur par François Mitterrand, déclare que Maurice Papon mourra inculpé : il n'envisage pas le procès.

5 : Parties civiles dont Gérard Boulanger a gardé les plaintes sous le coude : A. Mouyal, M.C. Etcheberry, S. Torrès et R. Jacob.

6 : François Mitterrand, qui travaillait dans le gouvernement de Vichy au plus fort des déportations juives, a toujours soutenu qu'il n'avait jamais imaginé le véritable sort réservé aux déportés juifs.

7 : Arnaud Montebourg, député P.S. a écrit pour d'autres raisons, dans son livre La machine à trahir, page 243, que ce Burgelin, maintenant Procureur général à la Cour de Cassation, était un "valet de pied, les chaussures dans la boue du carriérisme", .

© Jacques Villette, Paris 2001

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