Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Paris, le 21 octobre 1991

   

Monsieur le Président de la République.

        Depuis dix ans je suis l'objet de l'accusation la plus abominable, celle de crime contre l'humanité.

Depuis dix ans, le chef de l'Etat laisse ce torrent de boue se déverser sur un ancien ministre de la République sans songer à lui faire accorder la garantie de justice à laquelle tout français a droit.

Depuis dix ans les gardes des Sceaux, spéculant probablement sur mon âge, laissent traîner cette affaire. Craintifs face aux groupes de pression divers qui, à travers moi, visent l'Etat et la Nation. Ils se sont refusés à donner, comme c'était leur devoir, les instructions que le parquet de Bordeaux attendait et attend toujours.

Recevant il y a trois ans plusieurs héros de la Résistance qui furent mes chefs, réunis pour me soutenir, vous vous étiez engagé vis-à-vis d'eux à demander au Garde des Sceaux qu'il prenne ses responsabilités. La conclusion s'impose aujourd'hui s'impose : les Chef de l'Etat n'a été ni écouté ni entendu

Ayant voué ma vie au service de l'Etat, j'aurais pu accepter ces avanies si le Président de la République m'avait exposé que tel était l'intérêt supérieur de la Nation. Au lieu de cela il m'a été fait dire par le précédent Garde des Sceaux que la crainte de la réaction de certains médias différait la décision que j'étais en droit d'attendre.

Tout le monde doit désormais savoir que je n'accepterai pas de mourir inculpé et d'être jeté en pâture à l'opinion pour en protéger d'autres1.

Une ultime fois, face au pays, je fais appel à vous qui êtes, en tant que président du Conseil Supérieur de la Magistrature, le garant des droits des citoyens. Comme le savent vos ministres et vos conseillers le dossier est vide. Il faut donc que le Garde des Sceaux invite le Parquet de Bordeaux à prendre des réquisitions de non lieu. Si le courage manque, je réclame d'être jugé par une Cour d'Assise, devant le peuple français, et de confondre devant lui, à la fois ceux qui ont adhérer et ceux qui, à travers moi, veulent salir l'Etat et la Nation.

La patience humaine la mieux trempée a ses limites, les miennes sont atteintes.

Devant cette situation sans précédent je me vois contraint de saisir la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour lui demander de statuer sur ce véritable déni de justice. Puis si l'appel que je vous adresse aujourd'hui devait, une fois encore, rester sans réponse, entouré de ceux qui depuis le début de cette conspiration me soutiennent sans relâche et dont les seules décoration sont celles de la Légion d'Honneur et de l'Ordre de la Libération, je me rendrai à Bordeaux pour y exiger mon jugement.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, aux assurances de ma haute considération.

 

 

 

Maurice Papon
Ancien Ministre
Préfet de Police Honoraire
Commandeur de la Légion d'Honneur

 

 

Monsieur François Mitterrand
Président de la République
Palais de l'Elysée
55, rue du Faubourg Saint Honoré 

75008  Paris

 

 

Reprise de "Fonctionnaire sous l'occupation, Présentation du dossier de Maurice Papon, par Jean-Marc Varaut" THESAURUS 1993 (Page 151)

Notes : 1 - Le Président de la République s'est peut être senti visé.        -Maurice Papon a toujours déclaré qu'il ignorait les activités de François Mitterrand sous le régime de Vichy et les liens qu'il avait conservés avec  René Bousquet sous la quatrième République.

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