Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
Accueil  L'affaire   Qui est-il  Le Jury d'honneur Les raisons  Bordeaux   Le procès  Documents  Bibliographie  


Le dossier Papon. (Flammarion, 1997)

De Bernard Violet.

Note sur l'auteur.

Journaliste d'investigation indépendant, il écrit sur les sujets d'actualité ou à polémique, susceptibles d'attirer une clientèle. Il a une bonne connaissance de l'histoire contemporaine.

Présentation générale du livre

Avec les annexes, le sommaire et les index : 290 Pages

Rappelons que ce livre a été publié avant le procès. Ce livre présente les thèses de l'accusation sans aucune analyse en ce qui concerne la conduite présumée de M. Papon sous l'occupation et en octobre 1961. Les analyses parues depuis le procès, et les livres publiés depuis que les archives de la Préfecture de Police de Paris sont accessibles aux chercheurs lui font perdre de son intérêt sur ces points là.

L'auteur a pris la peine d'effectuer des recherches sur des périodes de la vie de M. Papon qui ne sont pas connues et qui n'ont été évoquées que rapidement durant le procès : sa jeunesse, Préfet de Corse, Préfet de Constantine, Secrétaire général du protectorat du Maroc, IGAME du Constantinois. L'auteur a utilisé le livre de M. Papon "Les chevaux du pouvoir" et les journaux locaux aux différentes époques.

On y apprend à quel point la brillante carrière de Maurice Papon a été due à l'estime que lui portaient les hommes politiques très impliqués dans la résistance, qui l'ont connu à Bordeaux au moment de la Libération : Gaston Cusin, Jacques Soustelle, Maurice Bourgès-Maunoury et René Mayer. Une partie trop importante est dédiée à l'affaire Ben Barka sur la quelle l'auteur a rédigé un livre.

Ce livre très inégal reste intéressant sur les périodes de la vie de Maurice Papon qui n'ont pas été évoquées au procès.

 

Présentation par chapitre

Prologue : " Le coup électoral "

L'auteur a enquêté sur l'affirmation que la publication dans le Canard enchaîné, entre les deux tours des élections présidentielles de 1981, de l'article sur la culpabilité de M. Papon avait été un "coup électoral", et a interviewé Michel Slitinsky et Michel Bergès sur ce sujet. Leurs témoignages concordent sur le fait qu'en 1981, Nicolas Brimo, à l'époque journaliste au Canard enchaîné, soutenait que F. Mitterrand lui-même avait donné son accord pour cette publication. Nicolas Brimo a ensuite démenti cette affirmation devant l'auteur.

L'auteur penche vers la véracité de l'affirmation : "coup électoral". ( Note 1)

Chapitre 1 : Une enfance studieuse, 1910-1939.

Ce chapitre a certainement demandé un travail de documentation. L'auteur présente la jeunesse de M. Papon et donne des informations intéressantes sur l'époque.

M. Papon a une jeunesse orientée vers le "Radical socialisme". Il est officier d'infanterie et sert en Syrie en 1940. Démobilisé en France, il hésite entre y rester et rejoindre De Gaulle. Il décide de rester en France et réintègre l'équipe de Maurice Sabatier avec qui il a déjà travaillé.

Admis par concours au poste de rédacteur de l'administration centrale en 1935, il est nommé Sous Préfet en 1941.

Chapitre 2 : Le secrétaire général de la Gironde, 1942-1944 (16 pages + 17 pages d'annexes).

L'auteur indique dans une note que ce chapitre est essentiellement basé sur la documentation réunie par Michel Slitinsky et Serge Klarsfeld. Effectivement, on retrouve ici tout ce qui est dans le dossier d'accusation de M. Papon, sans aucune analyse .

Chapitre 3 : Le protégé du commissaire de la République, 1944-1948 ( 10 pages).

Ce court chapitre présente le problème de la participation de M. Papon à la résistance et du bien fondé de la confiance que lui a accordé Gaston Cusin, premier commissaire de la République à la libération. Basé sur la documentation connue dans la Gironde, ce livre ignore certains documents révélés pendant ou même après le procès, mais il est néanmoins assez intéressant. On y apprend que Gaston Cusin connaissait M. Papon dès avant la guerre, et comment la promotion de M. Papon fut contestée à la libération par des membres du CDL, Comité de Libération. Gaston Cusin défendit ses décisions en les argumentant en détail.

Chapitre 4 : L'œuvre française en Algérie, 1949-1952 (14 pages).

Maurice Papon est nommé Préfet de Constantine alors que Marcel-Edmond Naegelen est Gouverneur général en Algérie. Des hommes de bonne volonté travaillent à moderniser l'Algérie alors que le gouvernement la néglige, que des mouvements de rébellion commencent à se développer et que les extrémistes de droite cherchent déjà à bloquer la situation. Alors que Messali Hadg déclare à son procès devant le tribunal militaire d'ALGER en 1951 : "Que désire le parti populaire algérien ? L'égalité absolue, le respect de nos traditions, de notre langue, de notre religion. Nous ne voulons pas de séparation mais une émancipation avec la France dans le cadre de la souveraineté française ; si les Français nous l'accordent, nous mourrons pour eux…", Maurice Papon fait sanctionner un fonctionnaire qui a truqué les élections. M. Papon est nommé préfet de première classe et muté à Paris.

Chapitre 5 : L'œuvre française au Maroc, 1954-1956 (26 pages).

Arès avoir été Secrétaire général de la Préfecture de Police, il est nommé Préfet hors classe. Il est ensuite nommé Secrétaire général du protectorat au Maroc, poste très important, alors que Pierre Mendès France est Président du Conseil et que F. Mitterrand est ministre de l'intérieur. Sous les ordres de successivement Francis Lacoste et Grandval, M. Papon est déjà là en butte aux extrémistes de droite qui assassinent les hommes de bonne volonté.

Chapitre 6 : La guerre sans nom, 1956-1957 (16 pages)

De retour à Paris, M.Papon se lance dans la politique locale à Gretz-Armainvilliers où il a ses racines. Il est nommé Conseiller technique au cabinet du Secrétaire d'Etat chargé des affaires algériennes, alors que Guy Mollet est Président du conseil et que F. Mitterrand est Ministre d'Etat et Garde des Sceaux. Il est ensuite nommé IGAME, Inspecteur général de l'administration en mission extraordinaire, de la région de Constantine, sur la demande des représentants du Constantinois ( Note 2). M. Papon travaille alors sous les ordres de Robert Lacoste nommé ministre délégué en Algérie, et entreprend une réorganisation de l'administration dans le Constantinois avec la création de cinq préfectures. Il travaille à la pacification en luttant contre le trafic d'armes, et à la coordination des forces de polices et des forces armées ; il croit, suivant son expression, à l'"Algérie nouvelle" où les musulmans auraient une place réelle et veille à confier des responsabilités à des personnalités algériennes. En mai 1957 Maurice Papon préside l'installation solennelle de l'assemblé régionale de l'Est algérien. "Une révolution se fait dans ce pays", mais qui ne sera valable que "si elle se fait en même temps dans les mœurs et dans les esprits". Mais le cycle terreur-répression se développe (voir la bataille d'Alger). Ce cycle s'étend même à Paris et cela provoque le rappel de M. Papon à Paris comme Préfet de Police.

Chapitre 7 : Le préfet de police de Paris, 1958 (15 pages).

Qui se souvient des circonstances de la nomination de Maurice Papon comme Préfet de police ? Le FLN, battu à Alger, entreprend une série d'attentats à Paris contre la Police, ce qui provoque la colère des policiers, et une manifestation le 13 mars, qui inspire la crainte du gouvernement. Les policiers sont allés jusqu'à envahir le Palais Bourbon et chahuter les députés. Le ministre de l'intérieur Maurice Bourgès-Maunoury propose que Maurice Papon, qu'il a connu à Bordeaux, remplace le préfet André Lahillonne. Maurice Papon prend ses fonctions le 16 mars. C'est une petite avant première du rappel du général De Gaulle qui sera provoqué par la manifestation du 13 mai à Alger. Pendant ces années Maurice Papon lutte avec efficacité contre le terrorisme qui est essentiellement tourné contre les Algériens. Pierre Pflimlin, éphémère Président du conseil propose à Maurice Papon le poste de Ministre délégué en Algérie, mais celui-ci refuse. Le général De Gaulle, nouvel arrivé aux pouvoir, le confirme à son poste de Préfet de Police.

Chapitre 8 : Les ratonnades d'octobre, 1961 (16 pages)

Ce chapitre expose les faits tels qu'ils ont été perçus à l'époque, en se basant sur l'analyse des journaux. Son analyse est complète et montre comment des policiers, exaspérés par les attentats dont ils sont les cibles, se laissent aller à des actions dues à la haine ordinaire. L'auteur expose les réactions des acteurs politiques et des journalistes à l'époque. (Note 3)

Chapitre 9 : Métro Charonne, 1962 (15 pages)

Ce chapitre montre comment l'incompréhension peut mener à un drame qui aurait dû être évité. A la suite de nombreux attentats perpétrés par l'OAS, des syndicats projettent une manifestation contre celle-ci. Maurice Papon contacte les syndicats pour convenir d'un parcours afin d'éviter les heurts avec la Police (Note 4). Malheureusement, le Général De Gaulle juge cette manifestation intempestive car le gouvernement est en négociation avec le FLN, et il la fait interdire. Une charge de policiers décidée, semble-t-il, au niveau d'une compagnie d'intervention provoque le drame : Des manifestants qui se retrouvent coincés dans une bouche de métro fermée, meurent étouffés et piétinés. Des policiers, là aussi par haine, ont lancé sur eux des projectiles lourds comme des bicyclettes et des grilles qui protègent les pieds des arbres.

Chapitre 10 : L'affaire Ben Barka, 1965 (16 pages).

L'auteur, qui a écrit un livre sur ce sujet, entraîne le lecteur dans tous les méandres de cette affaire qui n'est pas liée directement à Maurice Papon. Ce chapitre donne l'impression d'être un important "Copier Coller" d'un autre livre. Un résumé de deux pages aurait dû suffire.

Chapitre 11 : Des morts mystérieuses, 1965 ( 10 pages).

Comme le chapitre précédent, ce chapitre qui expose une affaire mystérieuse qui expliquerait ce qu'est devenu le corps de Ben Barka, ne semble pas à sa place dans ce livre.

Chapitre 12 : La politique, 1967-1980 (10 pages).

En 1966 Maurice Papon est remplacé par Maurice Grimaud, et est nommé à la tête de Sud Aviation. Il se lance dans la politique et est élu député aux élections qui suivent mai 1968, porté par la vague de droite. En 1971, il est élu maire de Saint-Amand-Montrond, et le restera jusqu'en 1983 Ce chapitre relate les impressions que Maurice Papon a laissées à ses collaborateurs de l'époque.

Chapitre 13 : Mai, 1981 (9 pages).

Ce chapitre présente les premières attaques contre Maurice Papon. Elles soulèvent de nombreuses protestations des personnalités qui avaient des responsabilités dans ces années là et qui connaissaient le contexte de l'époque. Les accusations sont distillées pour faire durer le scandale.

Chapitre 14 : Un jury pour l'honneur (17 pages).

Maurice Papon a demandé qu'un jury composé de personnalités connues pour leur haute valeur morale, se prononce sur son cas. Ce jury interroge les témoins des événements, qui étaient à la préfecture de Bordeaux ou dans la résistance, et qui étaient encore presque tous vivants. La conclusion de ce jury est que Maurice Papon était bien un résistant et non un collaborateur. L'auteur diverge un peu du sujet en consacrant quelques pages à certains témoins que l'on pourrait qualifier de folkloriques, mais la majorité furent de vrais résistants. Ce jugement moral est contesté par les parties civiles, et la justice suit son cours.

Chapitre 15 : Le procès (17 pages)

Ce chapitre décrit la suite d'instructions successives qui ont fini par aboutir au renvoi devant une cour d'assises. La première, entreprise contre Maurice Papon alors que le préfet Maurice Sabatier était toujours vivant et revendiquait la responsabilité de ses décisions, est annulée. La seconde instruction contre le préfet et son secrétaire général est également annulée au décès du préfet. La nouvelle instruction est reprise plusieurs fois du fait que les parties civiles se sont présentées successivement. L'auteur présente des témoins particuliers pour ou contre M. Papon. Il s'étend sur le cas Michel Bergès qui était contre Papon au début de l'affaire, mais qui est devenu partisan du non-lieu à mesure qu'il étudiait le contexte. L'auteur analyse les raisons de la longueur de l'instruction : les protagonistes s'accusaient réciproquement de ralentir l'instruction. (Note 5)

Note 1 : Depuis la parution de ce livre, Michel Slitinsky a témoigné devant le tribunal qu'il avait eu à l'époque un contact avec Roland Dumas, très proche de F. Mitterrand et avocat du Canard enchaîné, avant la publication de cet article. Le "coup électoral" n'est plus une thèse mais un fait avéré. Roland Dumas a transmis au Jury d'honneur la copie de tous les documents qui avaient été transmis au Canar enchaîné. 

Note 2 : René Mayer qui était Député de Constantine. René Mayer, membre du Consistoire en 1940, refusa de participer à l'Union Générale des Juifs de France sous Vichy, participa à la résistance et fut membre du CNR.

Note 3 :

L'ouverture des archives aux chercheurs a permis de savoir que, en région parisienne, le nombre d'Algériens tués par la police resta inférieur au dixième du nombre de ceux tués par le FLN. En octobre, où 91 cadavres d'Algériens furent examinés à l'Institut médico-légal, le nombre de tués avant le 17 fut supérieur à celui des tués pendant et après la manifestation jusqu'à la fin du mois. Les mois suivants, le nombre de tués par mois devint très faible.

Au référendum du 8 janvier, les Français s'étaient prononcés à 75% des suffrages exprimés pour l'autodétermination de l'Algérie, et les Algériens se prononcèrent pour l'indépendance. On aurait pu croire que la guerre était virtuellement terminée puisque les Algériens demandaient l'indépendance et les Français étaient d'accord. En fait, ce référendum fut le signal de deux guerres civiles parallèles, une guerre entre algériens due au caractère totalitaire du FLN qui revendiquait déjà tous les pouvoirs dans la future Algérie, et une guerre entre Français faite par ceux qui n'acceptaient pas l'idée que l'Algérie devienne indépendante.

La guerre que se sont faite les Algériens ne fut pas bien perçue par les Français : Que des Algériens soient tués dans le bidonville de Nanterre, cela ne les intéressait pas. (voir : Police contre FLN de Jean Paul Brunet, aux éditions Flammarion). Les archives montrent que près de 300 Algériens furent assassinés par le FLN en région parisienne en 1961. Une estimation portant sur toute la France porte sur près de 600 pour cette année. La Police de Paris, dans sa lutte courageuse pour rester maîtresse du terrain, perdit exactement 20 morts. Les noms sont inscrits sur le monument aux "Victimes du devoir" qui est dans la cour de la Préfecture de Police de Paris. Tous les Parisiens peuvent aller le vérifier sur l'Île de la Cité. La Force de police auxiliaire FPA, dite des harkis de Paris et contre  laquelle le FLN porta sa vindicte perdit 35 hommes.

En ce qui concerne la guerre civile française, on estime que l'OAS assassina près de 300 personnes en France et 3000 en Algérie.

Tout cela finit par une formidable épuration ethnique, comme on dirait maintenant. Près d'un million de Français furent chassés de chez eux sans espoir de retour, et les Algériens eurent à subir l'hégémonie d'un parti totalitaire qui mena leur pays à la ruine.

Note 4 : Maurice Papon savait qu'il y avait des sympathisants de l'OAS dans la police, comme dans tous les corps constitués de personnes qui avaient participé à la guerre en Algérie.

Note 5 : Il est certain que François Mitterrand fit le nécessaire pour que le procès n'ait pas lieu de son vivant, comme il s'en est justifié à la télévision. Qu'aurait il répondu à la question que beaucoup de parties civiles posaient : savait-on en 1942 et 1943 le sinistre destin des juifs déportés ? Resté à Vichy jusqu'en juin 1943, il a toujours soutenu qu'il n'apprit leur sort qu'en visitant Dachau en 1945 (Verbatim 1 de Jacques Attali, confidence du vendredi 2 août 1985). En 1989, François Mitterrand se dit scandalisé de la longueur de l'instruction à une délégation d'hommes politiques et d'anciens résistants qui sont venu solliciter son intervention. Il leur déclare qu'il ne peut rien faire du fait de la séparation des pouvoirs. ( Voir le livre de Hubert de Beaufort). En fait, son entourage intervint pour que l'instruction continue.